Les Ombres 
Hyppolite et Vincent Zabus (Phebus, 2013)
Rares sont les BD qui parlent de l’immigration sur un ton onirique. Et pourtant, celle-ci y arrive avec brio, rendant les émotions sincères et pudiques à la fois, sur la condition d’une famille qui tente le parcours universel des immigrés de tout temps et la recherche d’une meilleure terre. Touchant et déroutant, les textes associés à un graphisme de caractère aux tons aquarelles permettent de rendre avec poésie des émotions difficiles. En laissant de côté le pathos, ce récit critique également les dérives d’une société où l’homme est mécanisé, hypnotisé et exploité mais démonte aussi quelques rouages de ces schémas d’échec avec un humour bien placé. Un ouvrage volumineux de qualité avec couverture dure en papier épais, mais sans tomber dans le luxe inutile : le tout, pour un rapport qualité-prix très modeste (24 euros).

Psycho Investigateur
Benoît Dahan et Erwan Courbier (Editions Physalis, 2013)
Simon Radius est un psycho investigateur : grâce à une méthode hypnotique, il accède à l’inconscient des patients venant le trouver, puis voyage littéralement dans leurs souvenirs et leurs traumatismes. Appelé pour résoudre des enquêtes grâce à ce don particulier, qui permet de retrouver les coupables mémorisés par les victimes, Simon, sorte de sage innocent, n’en est pas moins tourmenté, jalousé et critiqué. Qu’importe, l’honnêteté et la justice lui tiennent à cœur, quitte à prendre des risques dans ce monde matériel et dans celui de l’esprit également. Une drôle de balade inventive, drôle, dynamique et profonde nous est proposée par ces deux auteurs complices. Ce ne sont pas les personnages caractériels qui manquent, ni l’humour, autour d’un récit dont le fil rouge est celui de la recherche affective. Le graphisme est en osmose avec le sujet, proposant des pages éclatées : le personnage de Simon plongeant visuellement dans les souvenirs est une belle trouvaille. Il s’agit là d’une BD rare et de caractère, traitant d’un sujet moderne dont le ton enjoué la rend abordable pour le grand nombre.

Babylone
Zezelj (Mosquito, 2013)
Voici une œuvre originale et de caractère. On peut vraiment parler d’une BD qui peut se lire et se parcourir comme un tableau de peintre, qui se comprend avant tout  en contemplant les cases. Zezelj propose une histoire muette, sans bulles, dans un décor de ville gigantesque qui se voue à un projet de construire une tour aux allures de Babel. Cette œuvre baroque est servie par un dessin puissant en noir et blanc, qui peut faire penser au pochoir par son jeu du noir et blanc, et par un découpage cinématographique prononcé, jouant avec les zooms, les masses, les plans serrés ou larges. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le livre pourrait plaire même aux personnes ne lisant pas de BD en général car l’essentiel est d’accepter de se plonger dans les images et de suivre le fil narratif qui propose un voyage parlant autant à l’intuition qu’à l’intellect. L’autre avantage est qu’il est difficile de se lasser : les nouvelles lectures exerçant de nouvelles façons de comprendre l’histoire. Les amateurs d’expériences graphiques et artistiques seront ravis.

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