Qui es-tu ? Peux-tu te présenter en quelques lignes ?
Mes potes m’ont toujours appelé Gregos, c’est ce nom que j’ai choisi  pour signer mes créations. Je suis un artiste autodidacte issu du mouvement Graffiti des années 80 et 90.
Sans trop le vouloir et le savoir, je suis devenu précurseur du passe muraille en milieu urbain.
J’ai chopé un virus qui s’appelle « Street art », et depuis 2006 j’interviens dans les rues de Paris, en collant des répliques de mon visage (en plâtre polyester) tirant la langue, souriant, ou embrassant, que je peins selon mes humeurs et que j’installe principalement sur les murs de Paris, mais aussi quelques boites aux lettres ou parcmètres, principalement la nuit et seul.
Je n’ai pas pris le train en marche, je me suis fait percuter par celui-ci.
A quel moment as-tu connu (ou vu) tes premiers tags, graffes, pochoirs, collages ?
Fin des années 80. Je suis de la génération « Sydney », avec mes potes, on passait tout notre temps libre (même celui où l’on était censés être en cours) à se gaver de ses émissions, que l’on enregistrait afin de pouvoir apprendre et reproduire tout ce qui s’y déroulait, le smurf, la danse du combat, le graff, ce mouvement venu des US qui n’était pas très médiatisé, mais qui nous attirait tellement. Puis l’oreille collée sur Radio Nova, on s’essayait sur papier, quelques écritures, quelques lettrages graffs. Mais rien encore dans la rue.
Est-ce que cela t’a donné envie de faire la même chose ?
Absolument. Un jour à la télé, ils ont repassé ce film de 1979 « Les guerriers de la nuit » avec cette réplique « Warriors, la fête va commencer ! », ce film nous a rendu dingue. Puis il y a eu « Beat Street » en 84, « Colors » en 1988, je pense que c’est à ce moment-là que des groupes, bandes se sont formés en banlieue, c’est à ce moment l à qu’on a formé le nôtre, on voulait faire comme eux, marquer notre territoire, écrire sur celui des autres et « toyer » les autres sur le nôtre.
J’ai fait mes premiers tags en 1988, avec mes potes, puis les graffs dans la foulée, on a d’abord commencé à sévir sur Arnouville, Gonesse, Villiers le Bel, puis partout où l’on allait, dans le train de la ligne D quand on allait sur Paris, ou sur les voies ferrées quand on y allait à pied, ou en quand on en revenait (ayant loupé le dernier train). On avait souvent une bombe ou un marqueur dans notre poche, c’était à celui qui allait réaliser la plus jolie calligraphie, le plus beau « Flop », le plus rapidement, on graffait généralement en revenant de soirée, vers 4h du mat.
Nous avons eu différents noms de crew, mais le dernier sonnait fort déjà nos oreilles, et nous prenions vraiment plaisir à l’afficher, DCA, « Da Criminal Artists ».
Puis j’ai été appelé pour faire mon service militaire (qui était obligatoire), cela a coupé court cet art de rue.

Où as-tu « posé » pour la première fois ? Avec qui ? Et pourquoi as-tu eu envie de t’exprimer dans la rue ?
Je suis rentré sur Paris en 2006, après un séjour de 2 ans aux USA et me suis installé dans le quartier de Pigalle dans le 18e, (quartier où j’allais souvent plus jeune, avec mon pote « Mano ») : j’ai collé mon 1er visage tirant la langue pas loin du « Folie’s Pigalle ». Je l’ai collé non pas pour faire du « Street Art » mais pour répondre à un groupe de jeunes musiciens qui discutaient un peu tard le soir. Cela m’est souvent arrivé de foutre le bordel en discutant quand j’avais leur age, et on le prenait mal si l’on venait nous le dire. J’ai voulu agir autrement avec eux, et j’ai collé ma gueule là où ils discutaient. Ce visage est toujours en place depuis 5 ans. Quelques semaines plus tard, j’en ai collé un 2e, puis un 3e, juste pour m’amuser. J’ai commencé à en coller plus souvent à partir de Mai 2007, on se demande pourquoi.
Mais c’était juste un visage blanc qui tirait la langue, un pied de nez a la société. Ensuite je me suis mis à les peindre, ce qui les a rendus plus visibles, et me permettait par la même occasion de colorer une parti d’un mur gris de Paris.
Ainsi sont nées « Les humeurs de Gregos », nourries par l’actualité, mes colères et mes joies.
Est-ce un passage obligé dans ta création artistique ?
La plupart du temps oui, je suis motivé par ce qui me travaille les tripes, alors je crée et ne termine qu’une fois que cette sensation ventrale est apaisée ou transformée en sensation de satisfaction artistique.
Que penses-tu du graffiti ? Des « streetarteurs » d’un jour ?
Le Graffiti et le Tag ont fait de moi ce que je suis artistiquement aujourd’hui, les origines de mon art, les éléments déclencheurs, même si je ne les pratique plus maintenant, quoique mon visage collé est une signature, tout comme l’est un tag. Personnellement je préfère un graff qui pète de couleurs, qu’un mur de béton gris.
Concernant les « Streetarteurs » d’un jour ? L’art est une liberté d’expression, qu’elle soit de courte ou de longue durée, petite ou grande, tout comme la notoriété, tout dépend de ce que l’artiste en fait ensuite, ou de ce que cela fait de lui.
Peux-tu nous raconter ton histoire à partir du moment où tu as commencé ? En quelle année et dans quels endroits ? Qui as-tu croisé à cette époque ?
J’ai donc commencé mon art de rue parisien en 2006, à Pigalle, Montmartre, Bastille, République, Nation, le Marais, Saint Michel, Châtelet, à travers Paris et ce n’est pas fini !
J’ai vraiment commencé à rencontrer des artistes de rue en 2009, j’ai été plutôt bien accepté dans ce milieu, sûrement car je ne reprenais aucun travail déjà réalisé.  Cela m’a permis de rencontrer bon nombre d’artistes aux différentes techniques, de tous âges, connus ou pas, en France et déjà l’étranger. Aussi j’en profite pour leur passer un Big Up : à Nowart, FKDL, Nel, Swen, Kayone, Ikar, Les Norules, Nemi, Lazoo, Jef Aerosol, Mr Chat, Popof, DaCruz, Doze, Toxic, Sane 2, Mimi The Clown, Nourou, les Nice Art, Kashink, Paul Santoreli, les VLP, Titi from Paris, les Mosko et Associés, Shaka et Nosbe, Monkey, Thomas Canto, Ender, EZP, Jana und JS, Tworode, Psyckoze, Artiste ouvrier, Véro, Raphael, Rodney White, Stan et tout ceux que j’ai oublié.
As-tu « posé » à l’étranger ? Avec qui ? Et pourquoi ?
A ce jour j’ai collé environ 220 visages sur Paris, 7 sur l’île de Maltes, 3 déjà Lyon, 1 à été posé pour moi sur Lilles, et un sur Marseille, mais 2011 s’annonce être plus créatrice, et quelques projets à l’étranger se profilent à l’horizon. Comme je l’ai déjà dit, j’ai chopé un virus, et partout ou j’irais, je collerais ma gueule sur les murs.
J’installe la plupart du temps seul, mis à part des collaborations avec les No rules Corp et Nowart, avec qui nous avons fait des installations mêlant nos deux art au travers d’une œuvre de rue, un personnage en 2D ayant un visage 3D.
As-tu exposé en galerie ? Et quand ? 
Je n’ai exposé que 3 fois collectivement, 1 fois à la galerie « Etienne de Causan » dans le 6e en juin 2010, et 2 fois à la Galerie « Ligne 13 » dans le 17e en Octobre et Décembre  2010. J’ai plus récemment participé à des ventes aux enchères pour Haïti chez Drouot, pour la Prévention routière, et prochainement pour SOS Racisme avec qui je suis très engagé.

Est-ce que tu vis de ton art ?
Non, mais cela me fait quelques petites rentrées d’argent de temps en temps, c’est pour cela que je suis toujours chauffeur de poids lourd en région parisienne et que je me tape des embouteillages à longueur de journée.
Peux-tu nous donner quelques anecdotes ou des événements bizarres qui te sont arrivés ?
Pour mon époque graffiti, le plus beau coup fut un graffiti sur le mur de l’entrée du nouveau gymnase de l’ASPP (Association Sportive de la Police de Paris) de ma ville la veille de l’inauguration. Rien n’était construit pour nous les jeunes, nous avions les boules et nous nous sommes manifestés à notre façon, le lendemain nous avons regardé leurs réactions face à ce graff, allongés sur l’herbe.
Puis récemment pour mes visages, aux Abbesses à Montmartre, j’étais en train de repeindre à la bombe un visage installé depuis un an, celui-ci était recouvert d’écriture et avait besoin d’un coup de neuf, il était 3 heures du mat, et un taxi qui attendait une cliente, m’a vu. Quand la cliente est arrivée, le taxi lui a dit que je faisais quelque chose sur le visage, la cliente s’est retournée et m’a dit que c’était dommage que j’abîme ce visage, j’ai du lui expliquer le pourquoi du comment pour ne pas passer pour un vandale, alors que j’en suis un.


Interview et photographies // Tarek

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Gregos Art //, un album sur Flickr.

Pour plus d’informations // http://gregosart.com/