Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire du rap ?
Si mes souvenirs sont bons, j’ai dû écouter mon premier album de Rap Français vers 1995. C’était Prose Combat de Solaar, et c’est le freestyle en équipe « L’Nmiaccd’htck72kpdp » qui m’a rendu fou. La prod Boom Bap Jazz à souhait et Dan qui envoyait son couplet telle une mitraillette ont suffi à me faire cogiter. 
Plus tard à l’adolescence je suis parti m’acheter quelques classiques de Rap Français à la Fnac. En parallèle j’écoutais pas mal de fusion de la scène Californienne, genre Infectious Grooves, Faith No More… Cela m’a amené à une grande période vers le Rap Us et sa scène West, la G-Funk etc…
C’est quand je me suis penché sur New-York que l’envie d’écrire m’est venue. C’était le début des années 2000 et les prods collaient plus avec mon état d’esprit, froid et mélancolique. J’avais déjà essayé d’écrire sur des prods West mais la couleur de mes versets ne se mariait pas avec le reste. 
A l’époque je jouais de la guitare dans un groupe de Rap Metal/Hardcore tout en écrivant à coté sur des faces b de Mobb Deep, Group Home, Non Phixion… Mais les lignes ne dépassaient pas les murs de ma chambre. 
En 2006, j’ai commencé à m’essayer au beatmaking et, de fil en aiguilles, sont venus mes premiers morceaux. 2010 marquait la venue du premier album « Futur Atrophié ». S’en ai suivi le deuxième « Les Maux De L’ombre » en 2011. 
Donc pour synthétiser la chose : je dirais que c’est en premier lieu le fait d’avoir beaucoup écouté les autres groupes qui m’a donné l’envie de faire du rap. Mais aussi des choses comme le cinéma, les dialogues, les phrases fortes… L’envie de retranscrire les émotions par le texte, de raconter des moments de vie, d’archiver certains passages de nos vécus…

As-tu pratiqué le graffiti ? Peux-tu nous en parler ?
Oui quelques-uns l’auront compris à la lecture de mon blaze, je viens du graffiti. Comme le rap à été pour moi une claque sonore le graff en a été une visuelle. Je me souviens des années 90 des bords de rocades et voix ferrées du sud de la France, des chromes, des blocs de crews gigantesques. Tout ça me rendait fou, ça donnait une vraie décoration à tout ce béton. En 2000, avec un ami on s’était trouvé des fanzines de graff en papier journal à l’époque. On a commencé à s’essayer à la chose et très vite vers 2001 je me suis donné les cinq lettres s, c, a, r et le f. Plus tard vers 2002, je suis parti du sud pour Clermont-Ferrand où j’ai posé un temps avec quelques gars des crews locaux.
C’est à cette époque que j’ai changé le F par le E. D’une part le F fermait très mal mon lettrage et un grand nombre de gens croyaient que je l’avais choisi par rapport au film Scarface. Ce qui n’était pas le cas… 
Mais pour te dire, j’ai eu par moment de bons passages actifs, mais jamais à la hauteur de ce que je voulais.
Je traînais avec des gars qui eux remplissaient le coffre de leur vago et partaient tout le week end taper des trains en Italie. Ils avaient une sacrée motivation, et chez moi le son avait déjà pris le dessus.
Arrivé sur Paris en 2006, je me suis surtout adonné aux stickers dans les rues de la ville. Je peignais peu, à hauteur d’une ou deux fois par moi jusqu’à 2010. 
Je n’ai plus peint beaucoup depuis, je me consacre au son… 

Comment peux-tu définir ton rap ?
Comme je te disais avant, je raconte des passages de vie, des expériences. Des choses qui me sont personnelles mais qui au final parlent à une catégorie de gens qui évoluent tout comme moi dans cette société. 
« Futur Atrophié » c’est pour moi un album qui décrit en grande partie la vie de l’enfance à l’adolescence alors que « Les Maux De L’ombre » est plus un album de jeune adulte écrit avec un oeil plus mature. C’est un rap assez sombre, mélancolique et dense par le style d’écriture, le choix de certains mots et tournures de phrases mais aussi par l’orientation musicales des instrumentales.
Tout ça donne un résultat assez maussade mais qui je pense, n’est pas si négatif au final. Chacun peux le ressentir à l’écoute de mes titres, je rappe pour la dernière lueur que l’on peut espérer voir au fond du tunnel.


As-tu des projets à venir ? Lesquels ?
Je prépare actuellement mon troisième album « Espérance » ou d’ailleurs un clip « Le Nord De La Ville«  (réalisé par Simon Laveuve) est déjà sur disponible Youtube. J’ai fait l’an passé l’album « Les Byes Mystiques » en groupe avec mes amis Simon Laveuve et Violaine Wuornos. Le groupe s’appelle 6V6, je ne suis plus dans la formation mais je vous invite à partir en connexion avec eux via leurs clips qui sont de véritables voyages à part entière.
Dans mon rap j’aime bien rester classique, sample, hat, kick, snare et basse et des fois un peu de composition, mais étant grand amateur de cinema, j’aimerais partir un jour sur une composition de musique de film ou autre projet d’ambiance musicale en dehors du rap.  

Ce nouvel album marque-t-il une nouvelle étape pour toi ?
A chacun de mes albums vient s’ajouter son degré de maturité. Pour celui ci je pense qu’il est plus évident que sur le précèdent. « Le Nord De La Ville » est une bonne passerelle dans le sens où il reste dans le format des deux premiers albums mais il annonce aussi un côté plus « dur ». Sur « Espérance » les prods seront plus travaillées, et plus percutantes. Je vais peut être ajouter moins de contenu aux textes mais plus de force dans la manière de les rapper. J’essaye d’apporter plus de qualité et d’assurance au message final… 

Interview : Tarek
Les sites à voir :


Crédits photo et vidéo : http://www.streetsking.org/