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TWORODE // 93DRI // D77 // DKA // DAT // TAP

Actif depuis le début des années 90, Tworode manie les lettrages 3D avec finesse et force… Un acteur incontournable de la scène francilienne qui peint avec passion et parle souvent avec cœur !

 

Où as-tu vu tes premiers tags et quand est-ce que tu as commencé ?

C’est en faisant du roller à Clichy que j’ai vu des tags de HOKER. En plus, il y avait le squat des DCM. Mon premier tag, je l’ai posé dans les toilettes et les tables du collège du côté de la porte de Clichy vers 1988. Pas loin, il y avait des blocs de BANDO, SHOE, ODACE, ALIEN VENUS, PAW. Mais aussi le terrain des TKC et DAP ! Au début, on était trois potes : le premier a arrêté rapidement et l’autre AND est devenu mon binôme : on est resté longtemps entre Clichy et  Saint-Ouen.

Lorsque tu taguais dans la rue, tu as certainement vécu des moments tendus avec la police ou des riverains. As-tu une histoire improbable à nous confier ?

J’étais avec AND rue Beliard dans le XVIIIe, début 90. Il était 2 ou 3 heures du matin, on tague pépère quand arrive derrière nous une voiture de « keuf ». On jette les bombes sous une voiture et l’on continue tranquillement comme si de rien n’était, sans les calculer. On avance, leur voiture passe devant nous sans s’arrêter : on hallucine ! On attend un peu puis on fait demi tour et l’on retourne au niveau de la voiture. On regarde, on cherche en vain… On a dû rester 20 minutes à chercher nos bombes : impossible de mettre la main dessus ! On n’a jamais capté s’ils s’étaient arrêtés pour les prendre ou quoi. On est resté comme des cons et personne dans la rue bien sûr…

Tu m’as aussi parlé d’une soirée qui avait mal tourné… Tu peux m’en dire plus ?

AND, JESE et moi sommes en soirée dans le XVIIe chez une copine. La soirée s’éternise et l’on se met à parler de tags avec elle. Elle nous dit : « Faites des tags si vous voulez, je vais changer le papier peint de ma chambre ! » On la questionne avant : « T’es sur ? cool ! »

On lui fait une dédicace tandis qu’elle part rejoindre d’autres personnes. On reste une heure facile et l’on se focalise sur sa chambre : on la « retourne de chez retourne ». On vide un 15 !

Elle revient 2 heures après et hallucine car la chambre est « fumée » de haut en bas. Elle est étonnée : « … Mais je pensais pas que… » On lui dit : « Euh, tu nous as dit qu’on pouvait se lâcher »… Elle s’écrie : « Mes parents vont me tuer ! ». Puis elle commence à enlever le papier sur un mètre : l’encre avait traversé. Jusqu’à 4 heures du matin, elle a arraché tout le papier : c’était fou, il y’en avait partout et v’la l’état de la chambre. Les connards.

Où as-tu graffé la première fois ?

Mon pote était parti en province. Le premier vrai graff, on l’a fait dans son bled en 1989 : j’avais déjà testé rapidement des graffs dans l’avenue de Clichy, mais sans trop de matos. On avait éclaté le bled ! Au début, je posais CONQUEST MAGIC puis rapidement EROD2 qui est resté depuis 1989 mais à l’envers. Mon pote est revenu sur Panam vers 1990 et là on a squatté des usines à Saint-Ouen et on avait un terrain vague juste derrière où on faisait nos graffs le week-end les uns à la suite des autres. À cette époque, on traînait dans le XVIIe et le XVIIIe et l’on y croisait surtout les DAP et les TKC, mais on était jeune.

As-tu peint des métros ou des trains ?

Des trains de marchandises à la campagne en 1989, des chromes sur Paris, mais mon truc a toujours été le tag dans la rue et les grosses fresques. À Saint-Ouen, il y avait l’ancienne usine Citroën où l’on a peint jusque 1995 !

Peux-tu nous parler de ton premier crew ?

Mon premier crew était composé de trois potes et ça n’a pas duré longtemps : 3D avec JESE et AND. Mais le premier vrai crew, c’était avec des gars d’Aubervilliers : les 93DRI. Week-end tag et peinture avec RIGHT, RIPOST, ALARM, COREKT et moi, mais il est inactif depuis plusieurs années.

Et les autres ?

Mes autres groupes sont les RIP, M18, P2A, ZKS, NST, FIVE, VMD, DBC, CKT, TJS, D77, MCZ, ACC, TIP, Visitorz, DKA, DAT et TAP.

As-tu connu des problèmes avec la justice ou la police ?

À l’époque, je faisais de l’athlétisme donc j’ai bien couru devant des maîtres-chiens, des « civils » ou des « keufs », mais rien de méchant à part quelques gardes à vues.

Quelle est la sensation la plus forte que tu as connue en taguant ?

C’est lors des soirées où l’on était plusieurs à défoncer la rue comme si on était tout seul : indescriptible cette sensation ! Surtout lorsque l’on découvre l’état de la rue après, violentée mais sans violence, juste avec de la couleur. La meute, la force du groupe, la jeunesse, l’adrénaline… Puis voir son blaze dans des quartiers où tu ne te souviens même pas être venu !

As-tu connu des soucis avec les flics ?

Je suis à Meudon avec les ADK (une dizaine en tout à peindre) dans un terrain dans la forêt : on graffe depuis 2 heures facile. Soudain, des CRS arrivent de partout avec flashballs, casques et équipement à la Robocop en hurlant : « On bouge pas ! Au sol, on bouge pas ! »… L’un des CRS s’écrie : « Merde ils graffent ! » Puis il s’adresse à deux bleus : « Ho c’est nul, y’a rien en fait. Nous on croyait qu’il y avait de l’action. »… Ils nous contrôlent puis disent aux Bleus que ce n’est pas pour eux et qu’ils peuvent s’occuper de nous. On reste avec les deux Bleus qui joignent la commissaire (je dis bien la !). Elle leur ordonne de nous arrêter ! On est 10 et ils sont obligés d’appeler un car, mais entre-temps, on papote avec les « keufs ». L’un d’eux nous dit : « Désolé les gars, c’est la chef… Nous, on s’en foutait en fait ! »

Le car arrive sur le parking, il ne redémarre pas. On est obligés de sortir le matos de nos voitures pour aider les « keufs » à démarrer : c’était fou ! On est mort de rire… Dans le car, on leur demande s’ils ont besoin d’aide et s’ils peuvent mettre la sirène comme dans les films. On n’a pas fini notre graff et l’on s’est fait gronder par LA capitaine qui nous a dit : « Et si on faisait ça sur votre maison, hein ! »… Les bombes ont été gardées par les flics puis au revoir. Journée de merde !

Tu apprécies les lettrages en 3D : peux-tu nous dire comment tu en es arrivé à cette maîtrise ?

En 1996, j’ai vu OEDIPE et VIDA à Montpellier faire des graffs sans contour. J’y avais pas pensé avant, je trouvais ça plus léger : j’ai testé et ça m’a plu. Je travaillais aussi le volume donc ça correspondait plus à mon style. Depuis, je peins souvent comme ça !

As-tu exposé en galerie et est-ce que tu vis du graffiti art ?

Je fais des toiles depuis 1991 et des expositions depuis 1993 avec une cinquantaine à mon actif dans des cafés, des théâtres et bien sûr des galeries… Je vis de la peinture entre décoration, exposition et ateliers avec les jeunes, sans oublier les performances !

 

Quels sont tes projets ?

Peindre jusqu’à la fin de mes jours, le plus possible et faire le plus de projets dans le plus de pays avec le plus possible d’artistes !

J’imagine qu’il t’arrive parfois de voir des graffs à la télévision. Tu m’avais parlé de ton boulot avec San pour des boîtes de production. As-tu eu d’autres plans du même genre ?

Un jour SEYB a été contacté par des potes qui bossaient au studio 107 pour une émission de télé. Après des dizaines de rendez-vous, on décroche un plan avec la production : on peint une façade de 12 mètres sur 25 durant un bon mois. Des mecs faisaient de l’escalade au-dessus, jetaient des voitures ou des camions, des trucs de fou quoi… Tous les soirs, pendant des années, je voyais mon graff sur la Une à 18 heures.
 

Interview : Tarek

Photographies : Tarek & Tworode