Babs


A quel moment as-tu vu tes premiers tags et tes premiers graffs ?
En fait, je pense qu’ils faisaient partie du décor de ma banlieue bien avant que je les remarque réellement ; j’étais un môme qui avait le nez plongé dans les comics : Strange, Iron Man, etc. Dans le foot et les conneries… Un sale môme qui lançait des boules de neige sur les bus en hiver et qui volait des « Legos ». Tout m’est apparu lorsque mon cousin qui était en 6e est revenu des cours avec autre chose que Spider Man ou le Surfer d’argent : il griffonnait des lettres collées les unes aux autres, des mots en anglais que je ne comprenais pas comme break, Smurf, Zulu, Fresh, Freez… Hip-hop ça ne me parlait pas. Peu de temps après un week-end comme tant d’autres, je me lève et jette un œil par la fenêtre de mon 4e étage pour regarder qui est déjà dehors, et là je reste scotché sur le mur du terrain de foot que la municipalité venait de construire. Il avait hérité dans la nuit de couleurs, un graff « ZULU » c’est là que tout a commencé pour moi, j’étais fasciné par ça alors j’ai pris mon vélo et avec mon pote Sten, on a fait le tour de notre ville en pistant les signatures tout en étendant notre périmètre petit à petit aux villes limitrophes puis tout s’est enchainé… Les « Ardoines », tout le Val-de-Marne, Saint-Denis… Aulnay… J’avais 10 ans et mon pote Sten en avait 12 et bizarrement mon cousin est vite passé à autre chose.

Quand est-ce que tu as commencé à taguer puis à graffer ?
J’ai commencé durant la période où j’ai découvert le graffiti et, comme je n’avais aucun repère, j’ai fait mes classes dans les rues de ma ville et aux « Ardoines », à recopier les graffs qui me parlaient le plus. Je n’avais pas d’appareil alors j’allais pomper mes lettres à la source avec mon cahier jusqu’à ce que j’entende parler puis me procure mes Bibles Subway art et Spraycan art… Là, j’ai tué des feuilles de cahiers, mes cahiers de cours, les tables de mon collège… J’ai commencé à voler des « chromes » pour sapin dans le magasin Foirefouille juste à côté de chez moi quand j’avais 11 ans. Je taguais essentiellement dans ma ville et collais des steakers dans les bus. La même année, je fais mon premier graff aux « Ardoines » avec des grands de mon quartier ; ce jour-là, j’ai fait tout le travail de fond, esquisse, placement des couleurs, pour qu’au final, ils s’attribuent tout le taf en faisant le contour en mode mise à l’amende : « pousse-toi de là !»… Il faut rappeler le contexte : celui dont je me souviens le plus est Lester, c’était un genre de Mike Tyson massif et les autres étaient dans le même délire, donc je les ai regardé gentiment massacrer ce qui était mon premier graff un lettrage « AS » dont je n’ai pas la photo.
Babs

Quels ont été tes pseudos ?
A mes débuts, j’ai posé : Tyrone (Tyron) et Opcesy (Opc6) puis à partir de Babs (Baps, Babs, Babz, Babce) ; tous les autres pseudos ont été uniquement employés sur roulant et certains une fois ou deux comme Docile (Doceal, Docil, Docyl), d’autres par période comme Demy (Demee, Demea, Demi, D.mi), Remo (Remoe, Rem, Reim, Raymo, More), Cobra (Kobra), Cob (Kob), Ciel (Siel) jusqu’en 2001 à peu près et d’autres par la suite…

Où tu as commencé à peindre pour que les gens le voient ? En quelle année et dans quels endroits ?
En fait, je tagguais et graffais seul dans mon coin, c’est suite à ma rencontre et mon intégration au groupe 3HC que j’ai découvert le milieu graffiti de l’intérieur ;  ils avaient en moyenne tous 3 ou 4 ans de plus que moi et ils connaissaient des terrains et des graffeurs. J’ai donc suivi le mouvement : la PC et le terrain d’Ivry en 1991 je crois… Je m’y suis fait la main et j’y ai emmené de mon côté Suby, Bc 1 et quelques autres mecs de ma cité.

Qui as-tu croisé à cette époque ?
À cette époque, on ne croise pas grand monde Noek, Epson, Stone, qui ne nous prennent pas au sérieux. Pour les autres personnes dont les noms me rappellent quelque chose en même temps, je ne cherchais pas non plus à connaitre les gens. Fin 1992, je rentre DSP avec Suby et Bc 1 et là commence pour moi ma véritable histoire. Par la force des choses, on a fini par croiser des habitués comme Twons, Weis, Forme (KCA) ou Kirs (MKC) au terrain d’Ivry où je continue à peindre de temps en temps jusqu’à ce que je ne me consacre qu’aux métros et trains vers 1994.

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Quel est selon toi le premier tagueur dans ta ville ?
Les premiers tags récurrents étaient ceux des NBC (Night Boys Crazy) Nose, Cose, Kao2
Ils avaient tout tué en flops, thrown-up Graff… Y en avait partout, y a eu aussi Seko et Rime (TKE) eux ont carrément fait des lettrages dans les rues c’était la période 1987-1989 je crois, en même temps ou juste après que je découvre les Ardoines.

Quelle est la composition de ton crew ?
3HC pour « Trois Hard Core » avec Edon (Sach), Brok, Sims, Ager, mon tour arrive après Emoy, Pins, Suby, Scien, klor, Berthé, Drone, Jase (Hambourg) puis Sueb, Tact, Lord, Alex (MAC), Rude et Zel.

Ce groupe existe-t-il toujours ?
Oui, et après 20 ans d’existence, je pense qu’il ne disparaîtra pas car la plupart de ses membres restent actifs même s’ils sont moins présents sur la scène public graffiti. Chacun suit sa propre évolution, certains se sont attaqués à d’autres supports comme la toile, la sculpture ou l’infographie. D’ailleurs pour fêter les 20 ans du groupe nous serons réunis à l’occasion d’une exposition du 7 au 30 juin 2012 et ce sera pour moi en quelque sorte un nouveau départ, celui des expos, celui d’une évolution vers laquelle jamais je n’aurais pensé un jour me diriger.

BabsAs-tu exposé en galerie ?
J’ai participé à quelques expos comme à la galerie du jour (Agnès B) avec Keag et Sore en 2009 et, depuis 2007 ponctuellement, à quelques ventes aux enchères Artcurial et Drouot. À cette époque, je ne m’y consacrais pas vraiment car j’étais toujours actif et je ne pensais pas trouver la manière d’aborder ce support, ce qui primait pour moi était l’illégal. Je n’avais jamais envisagé ni même imaginé arrêter l’illégal pour passer aux galeries, exposer ou vendre.

En vis-tu ?
Non je ne vis pas du graffiti et je pense que très peu en vivent…

Comment s’est organisée cette exposition ?
En fait cette expo est à l’initiative de Brok, le fondateur du groupe, qui avait l’opportunité d’exposer dans une salle de 600 m2. En cherchant le thème pour lui ça a été une évidence de profiter de l’espace pour fêter les 20 ans du groupe : il nous a tous contacté et voilà le projet était lancé !

Peux-tu nous présenter les autres personnes qui participent ?
Il y aura Berthet qui est aujourd’hui dessinateur et se consacre à la BD, Emoy aussi dans l’illustration, l’infographie 3D, le couple Scien et Klor graphiste, Alex (Mac) qu’on ne présente plus, Tact l’architecte, Rude, Sueb, Lord de la dernière génération de l’équipe, mais aussi l’old timer Drone, Suby créateur de la marque V for Vandal, Brok le fondateur du groupe et moi-même.

Babs

Pour toi, le passage de la “rue” à la toile s’est passé comment ?
Me dire que des personnes seraient intéressées par ce que je faisais, jusqu’à ce qu’on me fasse faire une toile pour Artcurial, je ne m’étais jamais posé cette question. Je n’envisageais rien et surtout pas cette évolution pour moi. Une fois le support apprivoisé, j’ai découvert une façon de l’aborder et une direction vers laquelle j’espère m’épanouir, approfondir et développer. Cette évolution et mon apparition en galerie sont passées par la compréhension, la façon d’aborder de nouvelles textures et de nouveaux supports, comprendre que je ne pourrais jamais transposer ce que je faisais sur ce que les initiés appellent « la vraie matière », qu’il me serait impossible de retranscrire sur ces supports sans vie l’ambiance, l’atmosphère l’adrénaline et la spontanéité qui caractérisent la peinture dite vandale, celle qui se passe et s’impose là où le graffiti a trouvé ses lettres de noblesse. Je parle la rue, de ses murs sales, ses stores, ses ruelles sombres, les tunnels des voies ferrées, des trains et des métros. Je n’aurais donc jamais la prétention de représenter le graffiti sur une toile, mais plus humblement de me représenter moi comme je l’ai toujours fait. Lorsque je peins une toile, je ne considère plus faire de graffiti, même si mes outils et ma façon de procéder sont similaires : je dirais que je donne naissance à de la création spontanée et instinctive comme celle que j’ai pu projeter sur du roulant : je fais du « Babs » et faire du « Babs » c’est n’avoir aucune règle aucune limite ni appartenances !

Photographies et dessins : Babs et Wasted  Talent

2 commentaires sur « Babs UV TPK 3HC »

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