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Photo : Julie Sebadelha

En Septembre 2019, comme beaucoup de parisien-nes, nous avons vu fleurir sur les murs de la plus belle ville du monde des messages assez particuliers. Alors que je marchais d’un point A à un point B, j’ai pu lire sur les murs des messages assez choquants, et qui généralement restent à l’abri du huis clos “familial”. Pour beaucoup de gens, la famille est un endroit merveilleux où l’on se réunit le dimanche pour partager un framboisier, où l’on part en vacances en Août ou Décembre pour les non-aoutistes, où les petits déjeuners sentent bon le café et la confiture, des exemples idylliques de cette famille parfaite pourraient être compilés dans une encyclopédie. Mais il y a des familles qui vivent dans la peur, le stress chronique répandu par un homme dans la plupart des cas, le patriarche. La femme devient un objet qu’il a complètement modelé dans un syndrome de Stockholm où elle a perdu toute estime d’elle-même. Les effluves sucrées de l’amour et la tendresse ne remplissent pas ces antres devenus les âtres de leur enfer. Et quand la femme ose se rebeller, tenter d’exister, de s’affirmer, elle est humiliée voire battue. Sa robe de mariée, son pacs, se teint des violences psychologiques, physiques, économiques, sexuelles qu’elle peut subir. Dans certains cas, ce stress chronique prend fin avec sa mort. Et finalement elle retrouve la paix, cette paix que ce monde semblait lui avoir promis lorsqu’elle a poussé son premier cri. Cette paix qui aurait dû l’accompagner de son vivant car semblerait que la caractéristique de toutes les femmes victimes de violences soit l’empathie. Est-ce donc ainsi que les personnes empathiques doivent finir ? Victimes d’agressions ?

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Photo : Julien Barret

Cette théorie s’est vite heurtée au système basé sur une hiérarchie patriarcale : la femme devait exister pour servir l’homme. Souvent les femmes apprennent à devenir de parfaites femmes d’intérieur sans penser qu’il est à présent aussi possible d’envisager pouvoir être ingénieure, astronaute, policière ou ministre. Les métiers restent encore genrés, ouvrière oui mais présidente, non. Bien sûr depuis ce temps où les Beaux-arts étaient interdits aux femmes nous avons acquis des droits, et nous devons lutter chaque jour pour les conserver. La loi française interdit à présent à l’homme de nous battre, nous n’avons plus besoin de son accord pour envoyer les enfants en vacances, nous pouvons aussi avorter, et devenir pompière. Mais il existe encore des inégalités, salariales bien sûre, mais aussi sécuritaires. Il nous est souvent difficile de nous promener dans l’espace urbain sans être constamment sollicitées de la part de certains hommes, que ce soit pour le mariage ou une nuit de passage. Les chiffres de la délinquance et la criminalité parlent pour nous, le nombre de meurtres de femmes dans le cadre des violences domestiques est largement majoritaire, celui des viols et harcèlements également.

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Photo : Elise Viniacourt

Les bases philosophiques du féminisme sont la lutte pour l’égalité et l’émancipation de la femme. Les figures du féminisme portent différents noms et ce depuis des siècles : Olympe de Gouge, Chloé Delaume, Simone Weil, Simone de Beauvoir, Marie-France Hirigoyen, toutes apportent leur pierre à l’architectonique de cet édifice afin de défier le temps et l’espace. Cette kyrielle d’étoiles accueille à présent Marguerite Stern. Contre probablement toutes ses attentes, quand elle a créé cette esthétique du militantisme, elle cherchait juste non pas la renommée mais la paix pour toutes ces femmes victimes de violences, la liberté pour toutes ces femmes opprimées. Mais lorsque nous créons quelque chose qui devient universel, il est normal de sortir de l’anonymat, et bien que l’histoire ait souvent invisibilisé les femmes, nous espérons que cela change et pouvoir étudier par exemple plus d’œuvres féminines en cours de littérature et de philosophie. Elle a consacrée sa vie au militantisme et du haut de ses 28 ans, elle a créé une méthodologie assez simple pour que tout le monde puisse faire circuler ses messages : du papier de format A4, un pinceau, de la peinture et un pot de colle avec son balais. Cette méthodologie s’inscrit dans l’air du temps, à la croisée du street art qui offre la possibilité de pouvoir fabriquer et voir de l’art à tout le monde, une volonté héritée de l’histoire de l’art où certains acteurs ont voulu démocratiser l’art et qu’il nous accompagne au quotidien.

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Photo : Camille Nivollet

La philosophie de son œuvre, outil de lutte contre la domination patriarcale, ouvre ses frontières à toute forme de domination et abolit la hiérarchie au profit du libre arbitre et de la conscience de chacun de pouvoir s’approprier cet outil de lutte contre l’oppression et non d’outil d’oppression. S’il n’y avait de mots pour définir les violences faites aux femmes, elle en a mis en créant ces affiches qu’elle sème  dans la ville. Aujourd’hui il faut à présent en créer pour qualifier ce que Marguerite vit. Le harcèlement des menaces de morts incessantes dont elle est à présent victime et si elle est victime, c’est qu’il y a des agresseurs. Ces agresseurs sont tapis dans la sphère de lutte féministe. A présent célèbre pour sa création, les mots qu’elle emploie pour qualifier un certain groupe de queer voulant réduire les femmes au sein même du féminisme à être des “personnes à vulve”, par opposition au fait qu’il ont des pénis, dénote d’une absence de compréhension de l’essence du féminisme : une lutte pour être considérée de façon holistique et non réduite à être une vulve (fait qu’exacerbe les viols par exemple) et relève un profond problème psychologique avec les caractéristiques sexuelles en se focalisant uniquement dessus.

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Photo : Pauline Makoveitchoux

Le féminisme œuvre pour que les infirmières dévouées, avocates de talent, peintres d’exception, scientifiques nobélisables, politiciennes aspirant à la présidence puissent  être reconnues et occuper les places leur revenant de droit, sans aucune action d’un mandarinat patriarcal, invisibilisant le talent au profit du pénis. Le combat du féminisme est là : que les femmes puissent être cheffe d’un service chirurgical, mais aussi déambuler dans la rue en mini jupe le soir, sans craindre pour leur sécurité, ou se marier sans avoir peur de finir enterrées, tuées par les mains de leurs bien-aimé.

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Photo : Edouard Caupeil

Je ne conteste nullement le droit universel et inaliénable de chacun-es à se battre afin que ses différences puissent être respectées et reconnues comme égales avec une norme devant la loi, que face à l’oppression chacun-es soit en droit de mener un combat pour son émancipation et que les queers comme n’importe quel autre groupe de personnes opprimées puissent vouloir s’insurger contre l’injustice dont ils sont victimes. Ce que je déplore ce sont les faits que certaines de ces victimes commentent et font d’elles des agresseurs à présent. Ils ont investis les sphères de luttes féministes, et veulent coloniser ces sphères. Ils se permettent de rebaptiser les femmes avec cette humiliante et patriarcale terminologie : “personnes à vulves” car ils en sont dépourvus. Ils se lancent dans une chasse aux sorcières avec des slogans tels que : “ les TERF au bûcher ” appelant au meurtre symbolique les féministes radicales, et qui n’en restent pas moins de vraies violences psychologiques pour ces femmes dont le courage est exemplaire. Marguerite Stern dans son extrême et téméraire sagesse s’en est insurgée, et depuis elle est la proie de choix de ces prédateurs ne lésinant pas sur les moyens de pressions : harcèlement ayant commencé sur le web et ce déferlement de menaces deviennent de plus en plus réels, collages devant son atelier, chez elle, intrusion dans son atelier et séquestration de celui-ci, puis transformé en lieu de dissociation où la perversité renvoi plus au Marquis de Sade qu’aux droits défendus par Olympe de Gouge. Marguerite Stern subit une incroyable pression venant de la part d’un groupe d’hommes ayant infiltré la sphère de lutte féministe. Je loue sa ténacité et capacité de résilience, mais cela doit impérativement et immédiatement cesser.

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Photo : Compte podcasts M. S.

Je n’ai absolument rien contre des trans voulant prendre part aux luttes féministes, si elles se sentent femmes. Mais elles ne peuvent en aucun cas coloniser ces sphères de façon à nous humilier par des sobriquets et slogans tout à fait déplacés et qui sont plus dignes d’un militant d’extrême droite que d’une féministe. Le coeur du féminisme est la lutte contre les violences psychologiques, physiques, économiques, sexuelles qui sont infligées aux femmes. Je comprends qu’il puisse être difficile à un être né homme de comprendre intégralement les enjeux de nos luttes. Ils n’ont jamais été ces fillettes à qui l’ont tiraient les cheveux dans les larmes parfois pour les démêler, ou de ces garçons dans les cours d’écoles ne pouvant assumer leurs sentiments plus romantiques. Il est davantage recommandé aux fillettes d’être infirmière que chirurgien, ouvrière que PDG, maîtresse plutôt que conférencière, et si certaines femmes outrepassent ce conseil et œuvrent scolairement pour pourvoir à un poste plus haut placé, celui-là est plus volontiers offert à un homme. Une fois devenues adolescentes, les hommes nous sifflent dans la rue, et à l’âge nubile certains battent leur femme dans le silence total du huis clos familial, rendant les enfants médusés, spectateurs de ce film d’horreur. C’est cela le cœur de l’œuvre de Marguerite Stern, donner une voix à celles qui n’en ont plus, qui n’osent pas.

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Photo : Jacob Khrist

Je rappelle que selon les recherches de Muriel Salmona, chaque agresseur a d’abord été victime, mais choisir l’agression plutôt que la résilience fait d’eux à présent des agresseurs. L’agression est un moyen de dissociation, au même titre que la drogue, la prostitution, rester victime. Cela permet temporairement au cerveau d’atténuer la douleur du traumatisme initial quand un fait le lui remémore. Mais si cela apaise temporairement la mémoire traumatique, cela l’aggrave durablement en augmentant le nombre d’expériences traumatiques. J’invite les agresseurs de Marguerite Stern de prendre attache avec une cellule adaptée aux victimes et ce afin que cessent ces agressions contre les femmes en général et Marguerite Stern en particulier.

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Photo : Julien Barret

Marguerite a posé sur le monde un regard où ses larmes se sont diluées dans la peinture de ses messages. C’était si fort, si universel, si simple à reproduire que beaucoup se sont approprié cette technique. Femmes battues, violées, enfants ayant grandi dans des violences domestiques, enfants ayant grandi sans leur maman morte de la main de leur géniteur, enfants violés également. Mais aussi des infirmières, des doctoresses, des travailleurs étrangers, et des queers, ont saisi cette technique pour faire entendre leurs voix. Et c’est ce que veut Marguerite, un moyen d’expression démocratique contre l’oppression, sans dieu ni maître mais portant la pleine conscience de la nature politique de l’humanité et que celle-ci puisse vivre en toute sécurité sans être exploitée par des élites dominatrices. Et il est a chacun louable d’œuvrer pour leur droit à la dignité, il est réprimable qu’on puisse se servir des outils que Marguerite a créé pour blesser quelqu’un, de même qu’il est abjecte de se servir de ces outils et menacer son autrice allant jusqu’à l’inquiéter pour sa sécurité et sa vie. Le fruit des efforts intellectuels de Marguerite la fait de facto figurer dans le panthéon des féministes, et puisque son œuvre dépasse le cadre des luttes féministes pour être l’outil de diverses luttes, elle figure également dans notre panthéon universel.

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Photo : Samuel Lugassy

Je reste profondément émue par l’œuvre de Marguerite, lire l’insoutenable lourdeur des violences qui sont contées aux yeux de tous, des enfants violés aux femmes tuées. Elle a définitivement renversé l’image lisse de notre haussmannienne architecture. Elle a déchiré les murs de certaines de ces maisons pour révéler l’horreur qui s’y déroule en toute impunité, dans le silence le plus total. Certains tentent d’arracher ces mots collés, de faire disparaître cette insoutenable horreur, sont-ils agresseurs, complices ? Les messages ont pris de l’ampleur. De plus en plus de gens collent leur souvenirs traumatiques sur les murs, leurs larmes de victimes. Les murs parlent, et les agresseurs ainsi que leurs complices sont dérangés, ils veulent réduire la ville au silence. Que perdure dans le huis clos l’insoutenable cruauté de l’être. Ils ont commencé par arracher des collages, puis ont tenté d’impressionner Marguerite en la harcelant virtuellement, puis réellement. Je ne souhaite pas qu’une femme aussi forte et brillante que Marguerite Stern puisse être réduite au silence, qu’ils réussissent à tuer sa lumière. Ce ne sont pas uniquement les femmes qui ont besoin de cette lumière tous ces groupes de gens qui se sont emparé de sa méthodologie pour lutter, qu’il-les soient femmes, hommes, ou enfant-es, ouvrier-es ou cadres supérieur-es.

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Photo : Compte Twitter M. S.

Au contact de son œuvre le monde se transforme, son impact est tel qu’il modifie autant son aspect visuel que son essence. On prend conscience de l’importance de la sororité, de l’oppression que subissent les femmes, de la tristesse des chiffres des femmes tuées, des adolescentes violées, des enfants victimes d’inceste. Tous ces faits dont personne ne veut jamais parler car cela dérange, et dont personne ne veut s’occuper car finalement cette criminalité arrange le pouvoir qui se nourrit de notre incapacité à vivre ensemble en harmonie pour exister. Sans criminalité, pas besoin de cette police qui n’a finalement pour fonction ultime que de protéger les élites de la nation qu’elles dominent… Après avoir discuté avec un trans, et lui avoir proposé de coller contre les violences faites aux femmes, et non pas pour son Église, celle de l’acceptation des trans hommes dans la société, il m’a répondu que nous n’arriverons jamais à nous entendre. Il ne veut clairement pas coller pour défendre Jeanine contre les violences de Laurent, il veut coller pour défendre son droit à porter des bas résilles et utiliser le réseau féministe et le nombre de féministes pour que son combat acquiers du poids. J’avais pourtant proposé un compromis visant à les inclure dans la sphère féministe : « vous vous sentez femmes ?  » Alors prenez part à nos combats, nos combats ne consistent pas à changer de sexe mais lutter contre oppression que l’on subit : meurtres, traite des femmes, viols, excisions. Il m’est apparu qu’ils souhaitaient investir notre mouvement et nous les servons comme ils on appris à le vivre dans leur constructions sociales où depuis la naissance on leur dit que le masculin l’emporte sur le féminin, et que la femme est à leur service. Alors notre lutte contre les violences subies devient la victime de leur rapt, au profit de leur combat contre l’exclusion des trans hommes par la société, les violences que Jeanine subie sont invisibilisées par le désir de Laurent de porter des faux ongles et des chaussures à patins.

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Photo : Compte podcasts M. S.

Le sujet de cet article étant les violences subies par Marguerite de la part de certains des trans hommes, il ne concerne nullement les trans femmes qui sont les sœurs de Marguerite. Alors qui du système patriarcal ou des TERF ont besoin d’un transactivisme masculin,  comme un vers dans la pomme, contre sa domination ?

Merci à Art-Graffiti-Univers pour la relecture.

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