Chroniques #4

San Francisco street art
Steve Rotman (Prestel, 2010)
Un petit livre bien illustré mais sans aucun texte pour préciser les endroits et les artistes qui sont présentés. Il est dommage de résumer le street art dans cette ville sous la forme d’un catalogue photographique que l’on peut aisément retrouver sur internet. L’intérêt d’une publication papier est d’apporter quelque chose de plus à la profusion d’albums photos que l’on peut consulter sur le web depuis bientôt une dizaine d’années. Un cadeau à offrir à des néophytes qui donnera peut être envie d’en savoir plus sur cet art en mouvement, sur cet art vivant !  TBY

9eConcept, 20 ans de création collective
Frédéric Claquin (Herscher, 2013)
La monographie du 9e Concept, groupe d’artistes talentueux, dans la collection Arttitude nous permet de découvrir l’histoire de ce collectif depuis sa création. Leur univers est à la fois simple et complexe, coloré et monochromatique, élaboré et brut… Du talent à chaque page et des images d’une grande qualité qui mettent en valeur le travail de chaque artiste. Stéphane Carricondo, Ned et Jerk 45, amis depuis 20 ans, ont su transformer une aventure de jeunesse en une dynamique de création essentielle dans le paysage artistique urbain de ce début de siècle. Un livre qu’il faut lire absolument. TBY

Au-delà du street art
Ouvrage collectif (Critères éd., 2013)
Le catalogue de l’exposition Au-delà du street artqui a été présentée au Musée de la Poste du 28 novembre 2012 au 30 mars 2013 est disponible en librairies. On peut y découvrir les artistes exposés, les techniques et matériaux qu’ils ont utilisés : le pochoir, la peinture aérosol ou acrylique, le papier découpé… Quelques grandes figures du street art comme Banksy, C215, Dran, Invader, L’Atlas, Ludo, Shepard Fairey, Swoon ou encore Vhils sont dans ce livre agréable à lire si vous n’avez pas eu la chance de visiter l’exposition. TBY

Btoy, La passionaria du street art
Thierry Froger (Critères éd., 2013)
BToy est originaire de Barcelone et commence à laisser des « traces » dans sa ville à partir de 2002. Ses premiers pochoirs révèlent déjà une grande maitrise et un sens raffiné de la mise en scène urbaine. Cette présentation met en lumière la pratique du pochoir de cette jeune femme qui réussit à associer son art avec le support dans une parfaite symbiose. Ses thématiques universelles et la présence de femmes dans son univers apportent une touche particulière dans le monde du street art européen. Du bel ouvrage, assurément ! TBY

Certifié(e)s Hip-Hop
E. Kervella et A. Toffana (Éditions de la Reinette, 2013)
Un ouvrage étonnant et plein de vie qui dresse le portrait de 55 acteurs hip-hop de la région des Pays de Loire. Une sorte d’état des lieux bien présenté qui nous permet de mieux connaître la dynamique de cette culture dans une région où le hip-hop est très vivant et actif… Parfois même plus qu’à Paris ! Toutes les disciplines (rap, Djing, beat box, danse et graffiti) sont représentées à travers des photos et des textes de qualités, avec un petit clin d’œil d’un des peintres qui cite le livre Paris Tonkar comme étant une de ses bibles (big up gros !)… Une belle aventure éditoriale qui a été accompagnée par une exposition lors de sa sortie. A suivre donc ! TBY

C215
C215 (Pyramyd, 2012)
Une belle surprise et une lecture qui donne la bonne humeur ! Christian Guémy aka C215 est un artiste incontournable de la scène du street art international, peignant partout où il se trouve : de New-Delhi à Londres en passant par Istanbul, Fès, Rome, Barcelone ou encore Paris, il a laissé derrière lui de beaux pochoirs que nous retrouvons dans ce livre plein de couleurs et de visages rayonnants. Le format est pratique et peut nous servir de guide pour retrouver les œuvres de cet artiste si l’on a la chance de se trouver dans l’une des villes où il a bombé ses pochoirs. MLB

Hors du temps 2
Antonin Giverne (Pyramyd, 2012)
Du lourd ! Hors du temps est une réussite à tout point de vue : les photographies sont magnifiques, le choix des peintures est sérieux et la mise en page est fluide et nous entraine de pages en pages vers de belles réalisations murales, sans pauses ni fausses notes. Terrains vagues, friches industrielles, bâtiments sans vie, zones abandonnées à la marge de la cité… Des terrains de jeu que les writers affectionnent pour mettre en valeur leur art ! De Paris à Johannesburg, de Londres à Berlin ou encore Barcelone, une quarantaine de graffeurs nous proposent leur expérience dans ces lieux loin de tout et leur vision artistique. Un ouvrage à lire absolument ! TBY

Les yeux dans les murs
Les Festivaliers (2013)
Les Festivaliers  pour leurs cinq ans d’existence nous proposent ce livre gratuit, consultable en ligne (http://www.lesfestivaliers.com) mêlant football et street art. Un OVNI dans la production de livres sur le sujet qui ne peut laisser les amoureux du ballon rond et du graffiti insensibles. 23 noms ont été sélectionnés à l’instar des sélections du football, étant répartis par poste : gardien du temple ou les graffeurs à l’ancienne qui ne jurent que par le spray, défense d’afficher ou les colleurs d’affiches, etc. Une pointe d’humour avec la catégorie « les abonnées du commissariat » et tout ce qui se rapproche du graffiti vandale ! On y trouve les œuvres de MadC, El Mac, Tilt, Max Zorn, Mentalgassi, Dan Witz, Evol, Zevs, L’Atlas, Sam3, Olek, Vhils, Banksy, Interesni Kazki, Slinkachu, Os Gemeos, Roa, Speedy Graphito,  Kidult, Aryz, Le Cyklop, Blu, Mobstr. En bref, une sélection à évaluer au plus vite ! TBY

Keith Haring studio
Baptiste Lignel (Alternatives, 2013)
L’auteur raconte dans ce livre-objet un après-midi passé avec Keith Haring, dans son studio de New York. Les photos qui ornent ce documentaire sont celles d’un garçon de 14 ans (Baptiste Lignel), curieux de voir le travail en action de ce peintre créatif et hors norme. C’est un témoignage touchant et qui donnera envie de mieux connaître ce peintre autrement qu’à travers son utilisation abusive par le merchandising et autres vendeurs de tasses à café. Merci à l’auteur de nous avoir fait partager, sans voyeurisme ni mauvais goût, un bon moment de peinture et d’humanité. MLB

Journal
Keith Haring (Flammarion, 2012)
De l’âge de 19 ans jusqu’à sa mort 1990, l’auteur de ce journal a consigné dans des carnets ses réflexions sur son travail, son succès commercial, ses rencontres, son homosexualité, ses lectures mais aussi sur les autres peintres de son époque. Ce témoignage de première main sur les pensées et la manière de voir le monde nous permet d’envisager son œuvre sous un regard différent. Les amateurs de ce peintre ne pourront qu’apprécier et les curieux seront surpris par certains passages. La sexualité est très présente dans ce journal et on comprend mieux ce thème récurent dans sa peinture : une sorte d’obsession ! Son esthétique et son ouverture aux expériences nouvelles sont explicitées à travers ses écrits, mettant ainsi des mots sur sa démarche artistique. Plus qu’une lecture, une expérience et un moment partagés avec le peintre ! MLB


Planète graffiti
Nicolas Ganz (Pyramyd, 2011)
Cette nouvelle édition revue et augmentée de Planète graffiti tient toutes ses promesses. Les 2 000 photographies, de plus de 180 artistes, offrent un panorama sur la création des artistes urbains dans le monde. L’auteur a su capter l’air du temps et les tendances du moment dans les disciplines anciennes et celles qui émergent. Ce livre est une anthologie de qualité qui permet aux lecteurs de comprendre la vitalité et la créativité des graffeurs et autres praticiens des cultures urbaines. Pas une référence mais un recueil incontournable pour avoir une vision globale du mouvement. Un travail sérieux et qui ne peut qu’être salué ! TBY

Murmures du monde
D. Rabotteau et F. Soltan (La Martinière, 2012)
A la première lecture, on apprécie la lecture de ce livre riche en images mais très vite on se dit qu’il manque quelque chose. La musique sonne faux, les murs sélectionnés sont-ils les plus représentatifs des thématiques abordées ? Aucun artiste n’est mentionné, les citations mises en exergue sont bien senties mais à quoi servent-elles ? Donner du crédit aux murs ou à cet art ? Une déception malgré la qualité indéniable du travail effectué et du travail éditorial. Dommage… MLB

Tags: Paris, New-York, Sao Paolo
Paris, New York et Sao Paulo. Trois villes importantes du graffiti, trois styles différents, chacune ayant sa propre histoire. Les auteurs ont réussi à synthétiser la quintessence du graffiti dans un beau livre qui plaira aux vrais amateurs de graffiti. Un petit reproche : il manque certains gros cartonneurs en tag dans la partie consacrée à la France (dommage !) mais pour cela il aurait fallu avoir des photographies de la période 1984-1990. A part ce petit détail, on ne peut que lancer un big up à l’équipe et les remercier pour ce livre. TBY

Street Art. Portraits d’artistes
Glenn Arango (Graffito, 2011)
Ce livre à la pagination importante est un catalogue d’une cinquantaine d’artistes urbains qui propose de belles images accompagnés de textes synthétiques expliquant leur état d’esprit et leurs techniques. Le point fort est qu’il aborde tous les styles et toutes les régions du monde mais cela reste, une fois de plus, un ouvrage qui n’aborde que l’écume de cet art et ne s’attache pas à entrer dans le vif du sujet. En outre, l’approche subjective, très ou trop « anglo-saxonne », oblige les auteurs à reprendre les mêmes artistes que l’on retrouve systématiquement dans les livres consacrés à ce sujet. Pas de découverte ou de prise de risques. Malgré tout, il n’en demeure pas moins un livre intéressant à lire si l’on est à la recherche d’informations de base. MLB

Street art et graffiti
Anna Waclamek (Thames & Hudson, 2012)
Donner les clefs pour comprendre le graffiti, sa philosophie, ses techniques et son vocabulaire est d’autant plus essentiel que cet art, fondé sur la clandestinité et l’anonymat, ne s’adresse pas a priori au grand public. Ce livre se veut donc une approche érudite du sujet avec des explications sur les techniques, l’histoire et les tendances qui définissent les arts urbains dans leur ensemble. Le seul bémol est qu’il est très complet pour la partie street art dans l’aire anglo-américaine mais reste parcellaire et approximatif concernant cet art dans les autres régions du monde. Le travail de l’auteur est conséquent et peut être considéré, au vu des publications actuelles, comme étant le plus sérieux (et de loin) sur le street art. A lire absolument !  TBY

Street art book : Carnet de voyage
Tristan Manco (Pyramyd, 2010)
L’auteur continue son tour du monde : des rues de Bogota aux murs londoniens en passant par les faubourgs de Mexico, il nous propose de partir à la rencontre d’artistes qui ont fait de la rue un de leurs domaines d’intervention privilégiés. Les images sont magnifiques et l’on ressent tout de suite un côté authentique, vécu, dans la présentation des artistes et de leurs œuvres. Cet art book est un mélange subtil de carnet de voyage, sketch book et galerie de photos. Les textes sont bien écrits avec, çà et là, des envolées qui dynamisent l’illustration ou la séquence photo. Un livre que vous pouvez lire plusieurs fois en découvrant à chaque fois de nouvelles choses. Une réussite à tout point de vue. TBY

Les tribulations d’un jeune mousse en mer celtique
G. Dadies et A. Verhille (Magellan et Cie, 2013)
La lecture de ce carnet de voyage est un véritable régal, entre récit à l’ancienne avec des dessins bruts et la présence de la matière. Cela respire le vent marin, la bière et la sueur. Les auteurs ont réussi à travers cet ouvrage à redonner vie au récit maritime, avec ses codes, ses termes alambiqués et exotiques pour les néophytes mais qui nous invite au voyage. A l’abordage, moussaillons ! Et surtout n’oubliez de prendre, dans votre baluchon, le bouquin de Dadies et Verhille… TBY

Chroniques #3

Alphabeatz. Le graffiti en toutes lettres
Woshe (Pyramyd, 2013)
Woshe, artiste de talent et très bon transmetteur de son art, propose aux néophytes de comprendre le langage graphique qui sert aujourd’hui de repère à chaque writer. Pour ce faire, il examine les six voyelles et les vingt consonnes qui composent notre alphabet dans un livre divisé en trois parties : La première retrace la naissance du graffiti et l’émergence du dessin des lettres. La seconde explore les 26 lettres de l’alphabet et toutes les formes existantes y sont expliquées, commentées, décodées. Woshe illustre à merveille cette partie et utilise également d’autres lettrages empruntés aux writers influents de la scène internationale. Enfin, dans la troisième partie, il questionne dix graffeurs contemporains sur leur pratique de la typographie dans leurs créations. Cet ouvrage est essentiel et si vous êtes amateur de lettrage, n’hésitez pas un instant ! TBY

Cubana
Guido Fuga et Lele Vianello, avec une préface de Silvina Pratt (Mosquito, 2011)
Les deux auteurs ont été les assistants et amis d’Hugo Pratt, le grand maître de la BD italienne, lors de la réalisation de ses meilleurs albums. Grâce à la publication de cette BD, ils reprennent un personnage qu’ils avaient créé en commun : le capitaine Cudd, petit frère de Sven (un autre marin, héros de l’Homme des Caraïbes) et lui font vivre une aventure cubaine au moment où les Barbudos, menés par un certain Che, s’agitent dans la forêt. Ce récit d’aventure s’inscrit dans la même veine que les albums de Pratt avec des qualités graphiques évidentes et une narration aussi fluide que riche. Un album qui renoue avec ce qu’il y a de meilleur dans la BD. Une réussite éditoriale qu’il faut soutenir. TBY

Albums, des histoires dessinées entre ici et ailleurs, bande dessinée et immigration 1913-2013
Sous la dir. de Vincent Marie et Gilles Ollivier (Cité nationale de l’histoire de l’immigration, 2013)
Cette thématique, très peu été étudiée de façon sérieuse, devient enfin un objet d’étude, permettant d’ouvrir le débat à une époque où tout le monde se pose des questions sur son identité. Ce catalogue accompagne l’exposition qui se tient à la Cité Nationale de l’Histoire et de l’immigration à Paris jusqu’au 27 avril 2014. L’ouvrage aborde cette question de manière globale et sur une longue période, mais il est étonnant de constater que la part consacrée aux Américains est bien plus importante que celles des auteurs francophones. Pour le coup, il manque de nombreux scénaristes et dessinateurs qui auraient pu apporter un éclairage sur leur parcours… Mais un choix est souvent restrictif ! Cela n’empêche pas de trouver un intérêt à ce livre, même si on a l’impression qu’il ne met en lumière que les mêmes auteurs que Télérama. Dommage ! MLB

Graffiti school
Christoph Ganter (Pyramyd, 2013)
Nous invitons les amateurs ou les néophytes qui voudraient basculer dans le côté coloré du graffiti à lire cet ouvrage. Les notions théoriques y sont abordées avec pertinence tout comme l’aspect pratique, avec de judicieux conseils. Les recommandations techniques sont intéressantes et vous aideront à bien commencer. Le terrain avant tout ! Toutes les questions de base trouvent des explications claires et intelligibles. L’auteur n’oublie pas l’essentiel : il propose des exercices assortis de leur solution, et il y a même un chapitre destiné aux enseignants qui souhaiteraient intégrer le graffiti à leur pratique éducative. Un must et une idée originale qui apporte de nouvelles perspectives à la vulgarisation de cet art que nous apprécions. Big up ! TBY

Trois pas vers la couleur
Edmond Baudouin et Céline Wagner (Dupuis, 2013)
Un peintre et son modèle, un voyageur, un rêveur perdu dans ses souvenirs sur le quai d’une gare… Ce sont les trois personnages de cette trilogie de l’intime et d’une œuvre qui s’ouvre progressivement à la couleur. Du huis clos de l’atelier du peintre aux quais d’une gare balayés par le vent, Baudouin nous transporte dans son univers autour d’une réflexion libre et poétique sur le sens de la création. Travaillant en noir et blanc jusque dans les années 2000, il s’essaie à la couleur directe pour les récits publiés dans cette intégrale. Cette BD est bien plus qu’un album illustré, c’est une poésie en images qui vous permet de vous évader… Magnifique ! MLB

Stalingrad Khronika
Sylvain Ricard et Franck Bourgeron (Dupuis, 2013)
Une équipe de tournage perdue dans la folie de la guerre est envoyée pour filmer la grandeur de l’armée soviétique en pleine bataille de Stalingrad… Celle-ci est supervisée par Kazimir qui accumule les difficultés et se retrouve confronté au mépris des autorités militaires. Ce brave gars doit également gérer l’ego d’autres personnages tandis que les troupes allemandes bombardent leur position en permanence. Le dessin épuré à l’encre de chine et à la plume permet d’avoir une souplesse dans ce récit picaresque qui montre la guerre avec un visage humain. L’histoire est solide et se laisse lire avec plaisir. Une belle réussite dans la production actuelle ! TBY

Maroc
Harry Gruyaert (Les Éditions Textuel, 2013)
Membre de l’agence Magnum, l’auteur a développé une œuvre exceptionnelle entièrement dédiée à la lumière et à la couleur. Son travail prend la suite des pionniers américains de la photographie couleur que sont Joël Meyerowitz et William Eggleston. Son voyage initiatique, de la Belgique au Maroc en passant par l’Inde et l’Egypte, a permis à ce photographe sensible de capter les subtiles vibrations chromatiques des rivages d’Orient et d’Occident. Sous une construction picturale très structurée, la lumière inonde l’espace et les pages de ce livre consacré au Maroc comme peu de gens ont eu l’occasion de le voir. La simplicité et la chaleur des Marocains dans la vie de tous les jours, avec un grain exceptionnel et une qualité d’image unique. Un chef-d’œuvre ! TBY

Haut les murs ! L’art du collage urbain
Ollystudio (Alternatives, 2013)
Cet ouvrage présente le travail de vingt artistes urbains de renommée internationale, adeptes du collage. Stratégie de communication urbaine, cette technique consiste à coller une œuvre en papier sur un mur, à l’aide d’une colle maison. Le collage urbain, contrairement aux affiches publicitaires, ne vise pas à vendre un produit, mais sert de support artistique à des créateurs qui utilisent la rue comme moyen d’expression. Le livre contient une interview de Sten et Lek mais aussi 20 affiches détachables à reproduire. Dans la production actuelle, ce grand format ne passera pas inaperçu et vous permettra de vous lancer à votre tour. Une belle initiative qui mérite toute notre attention ! TBY

Holy Shriiimp. The Bible, vol. I
Vince Prawns (shriiimp.com, 2013)
Ce premier volume publié par shriiimp.com, spécialisé en body painting, regroupe une sélection de photographies où cet art est mis en valeur avec sensualité. Le choix de l’auteur (et créateur du site) est pertinent car il nous permet de retrouver les différentes manières d’aborder cette pratique sans sombrer dans le vulgaire ou le voyeurisme. Bien au contraire, nous pouvons contempler des muses peintes dans des situations érotiques, humoristiques ou artistiques… Les writers retenus sont des pointures du genre tel que G Kill que nous avons déjà interviewé dans un précédent numéro… Ce n’est pas un livre pour les enfants ni les féministes mais pour les amateurs de body art et de belles femmes. Attention, il n’y a que 1500 exemplaires disponibles ! TBY

Alter ego, tome 3
Pierre-Paul Renders et Efa (Dupuis, 2013)
Noah et Zélia se sont réconciliés malgré leur lourd passé puis ils ont fondé une communauté spirituelle dans les Canaries. Ils sont rejoints par de nombreux adeptes, dont la jeune médium Teehu. De cette île, ils délivrent un message de paix et de tolérance au reste du monde mais, sous des dehors inattaquables, la réalité semble bien moins idyllique. Capable de percevoir les alter ego des gens qu’elle côtoie, Teehu va découvrir en effet que les intentions de Noah, et ses pratiques au sein de la communauté, ne sont pas aussi pures qu’il le prétend… Le troisième volet de cette série tient le lecteur en haleine et ne perd pas de son intensité. Le graphisme est percutant et les relations entre les personnages sont fouillées, avec des dialogues ciselés au scalpel. Un agréable moment de lecture, à condition de se plonger au préalable dans les tomes précédents. MLB

M.A.R.S
Julien Valnet avec une préface d’Olivier Cachin (Wildproject, 2013)
Jean-Pierre Maéro, photographe et compagnon de route du hip-hop marseillais, est l’auteur du cahier photographique qui annonce la couleur dès les premières pages de ce livre. Le rap marseillais est tout aussi connu que celui de la capitale, il a marqué les esprits et certains groupes issus de cette ville sont devenus incontournables. IAM et la Fonky Family sont certainement les deux groupes emblématiques de la scène marseillaise que ce livre, avec des interviews, des documents et des analyses, explique avec minutie et clarté : Julien Valnet a interviewé plus de 60 acteurs du hip-hop marseillais ! Des premières vibrations (1980-1985) à l’âge de raison (2002-2013), tout est dit dans cet ouvrage didactique et totalement hip-hop ! TBY

Le Front de Seine 1959 – 2013
Thomas Clerc et Lionel Engrand (Alternatives, 2013)
Conçu dès 1959, puis construit entre 1967 et 1989, le Front de Seine est l’un des programmes de rénovation urbaine les plus innovants et ambitieux du Paris des Trente Glorieuses. L’Écrivain Thomas Clerc revisite cet espace avec brio et des textes urbains à souhait tandis que Lionel Engrand, architecte et critique, explicite les enjeux de cette aventure architecturale pour le devenir de paris. Un petit livre simple et efficace que l’on peut lire durant deux voyages dans le métro… La ville est la source d’inspiration des arts urbains et ce haut lieu du Paris moderne a été au début du graffiti un spot incontournable : un peu d’histoire ne fera pas de mal aux amateurs de cet art… et de Paris ! TBY

Chroniques #2

L’Âne et le Loup
Gauthier Piéard et Hervé Roberti (Napodra, 2013)
Les deux auteurs de ce livre illustré nous donnent une nouvelle version des fables d’Esope, grand fabuliste grec qui a largement inspiré Jean de la Fontaine. L’illustration de ce texte est contemporaine, avec un style proche du graffiti puisque Gauthier Piéard est un graffeur que vous pouvez également découvrir en interview dans ce numéro sous le blaze de Saem. Le dessin accompagne avec brio un texte accessible au grand public qui raconte l’histoire d’un âne blessé avec un morceau de bois dans le pied, l’empêchant de marcher. Un loup survient et l’âne pense que sa dernière est heure venue. Pourtant, le loup trouve la prise un peu grosse et fait mine de vouloir lui rendre service… Pour connaître la suite, je vous invite à vous plonger dans cet ouvrage… Bonne lecture ! TBY

La Petite mort
Davy Mourier (Delcourt, 2013)
Papa Mort et maman Mort envoient leur petite Faucheuse se sociabiliser à l’école des humains… Cette comédie délirante et grinçante ne peut que vous interpeller si vous êtes fans d’univers « burtonien ». Le ton toujours décalé réussit à cette BD et l’auteur arrive même à faire rire avec des situations assez basiques. Son personnage en devient attachant malgré un univers noir. Les strips sont efficaces et le rythme des histoires nous tient en haleine même si le trait est simple et parfois gauche. De l’humour noir garanti dans un bel album. MLB

Ma révérence
Lupano et Rodguen (Delcourt, 2013)
Deux perdants, Vincent, mal dans sa peau et dans la société, accompagné de Gaby, un rocker déconcertant, préparent un braquage altruiste. Ils souhaitent quitter la France pour s’installer en Afrique… Les auteurs nous offrent une chronique sociale basée sur des expériences personnelles et leurs réflexions sur une société qu’ils ne cautionnent plus… Le scénario est bien ficelé et le dessin sert à merveille l’histoire, sans fioritures ni d’ajouts inutiles. Le style est limpide et efficace ! Le dessinateur est issu de l’animation et cela se ressent dans le rythme de la BD. Un dernier mot pour dire que la couleur est sobre mais donne à l’action un côté road-movie qui ne peut que vous plaire. Une bonne bande dessinée à lire sans modération. TBY

Trahison. Algérie, été 62
Fawzi Brachemi (Boîte à bulles, 2013)
Oran, juillet 1962… Le jeune Médiene découvre que l’Algérie est animée d’un souffle nouveau lorsque son frère aîné revient à la maison après dix ans d’absence. Jusque-là, il consacrait son temps à jouer et ces retrouvailles familiales sont l’occasion, pour cet enfant de 13 ans, d’entendre le témoignage d’un adulte sur les changements politiques qui s’opèrent dans son pays… Ce récit se concentre sur la période qui s’étale de juillet 1962 à juin 1965. Une BD docu-fiction qui permet de renouer avec cette histoire difficile qui reste assez peu connue car trop politisée. Le trait du dessinateur, bien que simple et parfois maladroit, nous permet d’entrer pleinement dans le récit et d’en apprécier la finesse. Les couleurs sont chaudes comme le soleil d’Algérie en été. Un point positif : le dossier en annexe nous offre des pistes pour continuer nos lectures. Un album de qualité à offrir et à lire. MLB

L’art se rue 2 – 12 pionniers de l’art urbain en France
Karen Brunel-Lafargue avec un avant-propos de Gérard Zlotykamien (Editions h’Artpon, 2013)
Le siècle dernier a connu une mutation dans sa perception et dans sa pratique de l’art : l’émergence d’artistes se saisissant de la ville comme terrain expérimental de leur art déclenche un phénomène défiant les institutions et le monde de l’art. Avec ce second opus de l’art se rue, douze pionniers de la scène française de l’art urbain nous racontent leur parcours particulier et nous proposent leur regard sur l’évolution d’une pratique devenue mondiale. Karen Brunel-Lafargue réalise dans ce livre de belles interviews d’artistes très différents mais ayant un point commun, celui d’avoir initié une nouvelle pratique artistique. Les images sélectionnées sont pertinentes et nous offrent un panorama assez riche du travail de ces artistes. Un second volume que nous saluons et, bien entendu, que nous ne pouvons que vous conseiller de lire. TBY

Chroniques musique #2

Voicing
12 Mé & Raph / Mosaic Music Distribution / 2011
Le jazz est l’avenir du hip-hop ? Ce dernier a régulièrement emprunté au répertoire du Jazz, souvent des lignes de basse efficaces, parfois des samples choisis, quelquefois la couleur. Mais il y a rarement eu d’union novatrice, surtout en France. 12 Mé & Raph ont décidé de tenter l’expérience. Par amour de ces deux musiques, le MC et le saxophoniste ont réussi avec Voicingune fusion personnelle et efficace. D’une vraie richesse musicale déclinée avec brio par des musiciens brillants, ce troisième album possède une unité qui ne trompe pas : la sincérité. Une musique au groove percutant (les influences Boom Bap de 12 Mé sont bien présentes), aux harmonies colorées, un flot assuré qui trace sa voix entre saxe, clavier, basse, scratch et beat box ; l’osmose est parfaite. Les textes eux aussi ont la belle couleur de la sincérité, ils nous parlent avec simplicité du quotidien banal et parviennent, sans violence, à nous  confronter à des questions existentielles. À voir sur leur site la très belle et new-yorkaise vidéo de « Last Sunday » (Vivien Floris / Make 2 Work Productions), premier titre extrait de Voicing et faite vous plaisir avec le graphisme noir et blanc de « Jean-Pierre ». Belle découverte : le hip-hop a un avenir…

Kohndo
Soul Inside / Greenstone reccords / 2011
Je n’ai pas trouvé la soul inside… Cet album possède en apparence toutes les qualités pour se transformer en une réussite commerciale : enfin de la soul classe et française ! Une production professionnelle et sans tache, brillante même, de bons musiciens et des arrangements calibrés, une foule d’amis prestigieux en invités (featuring, un titre sur deux) et Kohndo qui pose son flot clair qu’on adore, ses textes fluides, chantant même bien, sur « Lick me ». Soul Inside se décline sans complexe en plusieurs genres : soul, rock, rap, funk… Et malheureusement, ça ne prend pas complètement. Les morceaux rock manquent de tension réelle, les morceaux soul de profondeur, et au final, ces variations tombent à plat. Après plusieurs écoutes répétées de cette production très brillante, l’impression fatigante d’avoir à faire à un objet trop lisse, sans risque, sans nouveauté. Dommage ! J’aurais vraiment voulu aimer cet album de Kohndo. Essayez de votre côté, peut-être serez-vous capable de trouver la Soul Inside…

Nicole Atkins
Mondo Amore / Razor & Tie / 2011
Nicole Atkins possède la voix du rock. Un grain léger à filer des frissons, une aisance dans la maîtrise de la puissance, des tensions permanentes qui ne cèdent jamais. Sa musique, assurée par son solide groupe « The Black Sea », est un mélange de tout ce que la culture blues et rock U.S. peut contenir, du plus dynamique (l’accueillant « Vutlures », le très bon « You Come to Me ») au plus romantique (« This is For Love », « Hotel Plaster », « Heavy Boots »). Mais aussi une ballade joyeuse (« Cry Cry Cry ») et une autre moins heureuse (le sublime « You Were the Devil »), et même un authentique folk far-west (« My baby don’t lies »). Étant donné le talent brut de la jeune dame, on aurait aimé plus de titres énervés, plus risqués et peut-être moins de romance. Dans ce petit set de dix titres, seul « War is Hell » semble extrêmement dispensable. Le titre qui clôt Mondo Amore, « The Tower », semble au début relativement faible, mais son final lyrique et grandiose fait vite regretter cette pensée. Ce dernier morceau devient même un bel adieu que l’on ne se lasse de ré-écouter. Pour résumer, on aime Nicole Atkins, on adore Mondo Amore (en plus elle a tourné en 2010 avec The Black Keys, le grand pied bien sauvage…).