Interview de Bault

Bault est un artiste aux multiples talents, qui manie la bombe comme un pinceau et transforme les murs sales de nos villes en œuvres d’art.

Peux-tu te présenter ?
Bault : Je viens du Sud-ouest de la région Midi-Pyrénées. Toulouse était la seule grosse agglomération à proximité de l’endroit où je vivais. J’y ai découvert les premières pièces de Tilt, Reso, Fafi, Van… J’ai toujours trouvé les murs de cette ville très graphiques. A l’époque, je trainais pas mal avec Faya, Obez, Casper des TG, une bande de doux dingues. Pourtant, j’ai commencé en 1997 dans le Sud-est de la France et plus assidument à Sète, l’endroit étant idéal avec pas mal de friches, d’entrepôts, la mer, le soleil et du poulpe. Il y avait un petit noyau dur de graffeurs locaux.

Où as-tu peint la première fois ?
B. : Sur les murs de l’ancien domaine de Listel à Sète qui depuis est devenu un énorme complexe touristique sans âme. Mon pote Depose (TK, 666), un gars plutôt old school, m’a montré pas mal de techniques différentes pour peindre de façon efficace. On faisait beaucoup de lettrages, du flop… des choses que je ne fais plus aujourd’hui mais qui restent des expériences excellentes.

Peux-tu nous décrire le cheminement d’une de tes réalisations de l’idée au mur ?
B. : Je viens de peindre un mur à La-Seyne-sur mer pour « L’impasse » et « le Mur de Toulon ». C’est un éléphant assez imposant à la mine sinistre qui conduit une sorte de bateau militaire crachant de la fumée verdâtre. Ce dessin est assez abstrait et expérimental. C’est le mix de plusieurs idées : je suis un féru d’actualité, j’aime lire la presse, me documenter, c’est souvent le point de départ de mes crayonnés. En ce moment, j’ai envie de peindre une scène entre des migrants et un bateau de police maritime ; il y a toujours des images qui restent et celle-ci en est une. J’ai combiné cette première envie avec des dessins de véhicules et des animaux que j’avais déjà réalisés et exposés sur le lieu même. C’est devenu un éléphant étrange voguant vers des contrées incertaines, point de départ d’une saga interminable. C’était aussi un prétexte pour essayer de nouvelles techniques de peinture, j’utilise beaucoup de caps « made in chez moi »… Je me perfectionne de jours en jours.

Quels sont les animaux que tu préfères dessiner puis peindre ?
B. : Tous les oiseaux, plus particulièrement le cormoran à aigrettes et la mésange azurée (rires)…

As-tu envie de réaliser des façades d’immeuble ?
B. : J’en rêve et j’y travaille. Plus tu fais de murs et plus tu as envie de faire grand.

Y a-t-il des couleurs que tu utilises souvent ?
B. : J’utilise très souvent des gammes de bleu. J’ai commencé comme cela parce que je n’avais pas de bombes pour le remplissage, uniquement du colorant acrylique bleu outre-mer. J’aime bien la façon dont tu peux le combiner avec des valeurs plus chaude comme le jaune. C’est une couleur profonde. J’utilise rarement du rose, c’est pour les filles (rires).

Photographies : Bault

Site : http://bault.tumblr.com/

Interview de Hende

Hende, graffeur finlandais, nous permet de découvrir la scène graffiti d’Helsinki, très peu connue mais très active. Il a été membre de la Zulu Nation (5:1 UZN) mais aussi du crew FFA (Funky Flow Artists). Il est également actif au sein du Team Haloo qui encourage les jeunes Finlandais à pratiquer différentes formes d’art pour devenir meilleurs. Il fait froid chez eux mais les couleurs y sont vives et chaudes !

Peux-tu te présenter brièvement ?
Hende : J’ai commencé à peindre vers 1988, après avoir fait pas mal d’esquisses. Bien sûr, j’ai commencé par le tag et le throw-up. J’ai toujours été attiré par les personnages car j’aime la bande dessinée : Lucky Luke, Tintin, Franquin (Spirou et Fantasio), La Panthère rose, The Phantom, etc…
Mais j’ai été absorbé par le graffiti lorsque j’ai découvert Subway Art et Spraycan Art que j’ai lus à plusieurs reprises, sans parler des K7 de rap que j’ai trouvés. La librairie a été mon école du Hip-Hop bien avant Internet. Entre 1988 et 1993, j’ai surtout peint en solitaire même si j’avais connaissance de l’existence d’autres gars comme moi en ville.
Pour l’anecdote, durant cette période j’ai eu deux petites amies qui avaient un père dans la police. Elles ont appris le graffiti avec moi (rires)… Ensuite, l’armée puis mon boulot de cuisinier… La vie et la famille m’ont un peu écarté de ce monde même si j’ai essayé de rester au courant de ce qui se faisait. Ce n’est qu’en 2005 que je reprends la peinture sur toile pour mon plaisir. Un jour, j’apprends qu’à Porvoo, à 50 km d’Helsinki, un mur autorisé est disponible pour le graffiti. Je décide de sortir mes bombes du placard et, depuis, je peins régulièrement des fresques avec des messages sympas pour le plaisir des autres.

Quelle est ta vision du graffiti aujourd’hui ?
H. : J’adore le graffiti ! Que ce soit les personnages, les couleurs, les lettres, les flèches, les grandes pièces et les plus petites. J’espère que nous pourrons avoir plus de murs en Finlande et moins de contreplaqués : le béton, c’est mieux. J’ai peint sur ​​le verre, le bois, la brique, le sable, la neige, la glace, des rochers rien que pour pouvoir m’exprimer. Souvent, les gens se demandent : « Qu’est-ce que vous pensez des graffiti illégaux ? »… Le graffiti est né dans la rue : Il mérite que l’on respecte son côté illégal même si il y a des milliers de murs légaux dans les villes. Je comprends et je respecte ceux qui font du vandale. C’est de cette manière que le graffiti restera bien vivant. De nos jours, quand j’ai l’occasion de peindre sur des murs légaux, c’est bien. En plus, tout le monde peut essayer sans avoir l’impression d’être un criminel et même peindre avec de gros morceaux. Je pense que cela devrait devenir un droit pour tous. J’aime aussi les pochoirs, l’art de la rue, les autocollants…

Photographies : Hende

Blog : http://hendenvaara.blogspot.fi

Interview de Hende (english version)

Can you introduce yourself in a few lines?
I come from Helsinki, Finland. Originally from little town called Riihimäki. My age is 39 years, but I like to think like 6 year old kid. If you know comics, I would say that my attitude with life is mixed up from The Phantom and Calvin & Hobbes. I also have one child, fooling with him and other kids at workshops keeps my mind childish enough. And by the way, the kids are the best thing in the world exists. Also I’m member at “Team Haloo” as graffiti artist; we encourage youngsters to try different art forms to bring their skills out.

At what point did you see your first graffiti?
When I was about 11 or 12 years old, at Vantaa.  I used to visit at my uncle’s home there, when there was vacation from primary school. My uncle was working at daytime, so then I was exploring at the neighbourhood. Near by train station I found an old factory, which was covered wit graffiti. Juicy colors, funky characters, fresh letters. It really was love at first sight. After that I used to walk long trips near railroads and shoot pieces alone, few times in every year.

Can you explain your history between your first piece and now?
Well that’s a quite long story… I started painting about 1988, after few years sketching. Of course it started with tagging and throw ups. But before that, I had already drawn much, mostly all kinds of characters.  I love comics as well and there was many years, that I visited at local library almost every day and borrowed bunch of comic books. Lucky Luke, Tintin, Franquin’s masterpieces (like “Spirou et Fantasio”), Pink Panther, The Phantom, etc. After I founded graffiti, I borrowed Subway Art and Spraycan Art again and again, and almost every rap-cassettes that I found. The library was my hip-hop school, before the Internet.

My first active years were 1988-1993. I wasn’t at any crew. Of course I knew other writers but maybe I’m kind of “Lonely Wolf”, so mostly I painted by myself. Interesting thing is that I was dating with two different police’s daughters on that period. Both of them I took to paint too. Then I went to army and started working as a cook. I met my wife 1994 and painting was tail away. But I never quitted completely. Even we got married, I still painted little, once a year maybe, but nothing big. And of course I still used to walk at spots and shooted photos of other writers pieces.
We got our son June 2000. Then I had partner with my photo journeys; my little boy. Boys always like exploring abandoned houses; it’s not about age. At 2005 I started to paint again, now to canvas with acryl colors. I tried to get into big Finnish art show, but didn’t accept. So I arranged my own show of my works. Soon after that I heard that at Porvoo, 50 km from Helsinki is legal wall. Then I activated again with spray cans and trained my style with great hungry. Nowadays I really like to paint funny stuff and tell messages to people with my pieces. I won’t stop until I’m dead. Literally.

Can you describe the graffiti art in your country?
Hip-hop came to Finland 1983. Along with legendary movies like Beat Street, Wild Style, etc …  Soon after that, started pioneers like Blitz and Spinner paint graffiti to Helsinki. That time it was “accepted” and new cool thing. When they got better, they got “fans”, who wanted to paint as well. In few years there came lots of new painters, like myself too. And of course to other cities as well, like my Riihimäki.

But then started “Stop Töhryille”-project. Zero tolerance for graffiti. At the beginning 1998 city buffed every piece away, even legal ones. It wet to total madness, there was security company called FPS (Finnish Protection Service) and they literally were beating youngsters to hospital if get caught. They were so brutal and violent that it was like a war. Beautiful masterpieces disappeared and those ones, who wasn’t at jail or hospital did just quick and simple throw up’s and tags. Of course there was masterpieces as well at abandoned houses etc, but city was started to buff them as well. Project was alive until 2008, ten sad years.

First legal wall in Helsinki was opened finally 2009. It was huge success immediately. Same year I got asked to Riihimäki to consult city to make legal graffiti wall there. It was success as well, I met few new friends and we started association called “Funk On ry” . We decided to come up with our real names and faces as well, so “the art is the thing and the art is not a crime”. Little later we got more members from our old writer friends and consulted few cities more about legal walls. Timing was perfect. We did it by volunteer workers until the end of 2013.  We were having graffiti-workshops for children at community centers and showcases at hip hop festivals around Finland. Now there is more new groups coming up and we old farts are still in game, but many of us have family already, so it’s better to go with family values for a while. We still make things under UZN 5:1 and not so often than we use to. As well I go as solo artist where ever is possible and what fits with my family.

Now Finnish graffiti is better than ever, I think. There is many legal walls, many can stores, scene is blooming, pieces are magnificent. There is no panic of cops (unless you want to paint illegal spots) and many schools are teaching children to make graffiti with professionals.

What do you think about graffiti?
Naturally I love it! Look at answer nr.3. Characters, colors, letters, blinks, arrows; all big and beautiful. Of course I hope that we could have few more walls to Finland, and not plywood anymore, concrete would be nice. But material doesn’t actually matter. I have painted to glass, wood, brick, sand, snow, ice, rock etc. so just give us just licence to paint different obstacles and materials, and then it will even more funny and beautiful.
Many times people are asking, “What do you think about illegal graffiti?” Well, graffiti was born illegal. It deserves to be that way too. Even there was million miles of legal wall; always there are people who will write their names wherever they want.  I really understand that and respect it. So it stays alive and kicking.
But nowadays, when we have opportunity to paint on legal walls as well, it’s even better thing. So anybody can try it and you don’t have to be a criminal if you like to paint big pieces. It’s kind of human right, I think.

And of course I like all kinds of wall art; stencils, street art, stickers, graffiti, what ever. But as a middle-aged father, I must say that my hope for other writers is: more art, less vandalism.

Photographies: Hende

 

Interview de Yoshi Omori

Yoshi Omori est un des photographes des années 80-90 qui a su capter le mouvement naissant en région parisienne. Il nous paraissait évident de lui poser des questions sur cette période old school. Il est le co-auteur du livre Mouvement qui sera bientôt de nouveau disponible !

Peux-tu nous en dire plus sur toi ?
Yoshi Omori : Je suis né à Yamanashi au pied du Mont Fuji au Japon. Je vis en France depuis 1985 et j’ai commencé par apprendre le français à Aix en Provence. Je suis monté à Paris durant l’hiver 1986 au début de l’année. Je suis photographe basé à Aix en Provence. Au départ, j’étais monté à Paris pour faire une école de photographie mais c’était trop cher alors j’ai atterri sur le terrain en m’essayant au photo journalisme…

Quel était ton métier dans les années 80 ?
O. : Au début des années 80, j’étais étudiant à Tokyo et livreur de riz pour payer mes études. Comme tout le monde au Japon, je suis allé à l’université. Et comme ma famille n’était pas très riche, j’ai subvenu à mes besoins et à ma scolarité à l’université. Ensuite, je suis parti après mes diplôme vivre aux Etats-Unis puis à Paris et me voilà photographe avec un appareil et de la bonne volonté, en recherche d’un sujet !

Comment en es-tu arrivé à prendre des photos de jeunes du mouvement hip-hop ?
O. : C’est mon ami Marco Boudet, le co-auteur du livre : j’étais copain avec son frère à Aix et j’ai atterri chez Marco à Paris. Marco m’a montré le terrain, présenté à Jay, emmené au Globo et fait comprendre l’intérêt en tant que sujet dans la culture française de ce qu’il y avait sous nos yeux.

Qu’est-ce qui t’a attiré dans ce mouvement naissant ?
O. : L’énergie et le fait que tout était possible.

Comment as-tu été accueilli par ces jeunes ?
O. : Très bien. En fait moi, je bossais sur des tournages de pub et j’avais un peu d’argent pour acheter les pellicules puis les faire tirer. Comme cela avec les graffeurs, je pouvais leur permettre d’avoir une photo papier comme trace de leur travail avant que cela soit effacé ou détruit. Une photo à l’époque ce n’était pas pareil, c’était cher et il fallait du matos.

Avais-tu des amis dans cette culture ?
O. : Marco et Jay One depuis toujours et plein de nouveaux amis depuis que le livre Mouvement a été publié.

Quelle a été ta première rencontre marquante et avec qui ?
O. : Jay One sans doute. Il m’a accueilli au terrain de Stalingrad et il a pris le temps de comprendre ce que je baragouinais mal en français. Je parle bien mieux aujourd’hui.

Quel est le concert qui t’a le plus marqué ?
O. : Public Enemy, bien sûr !

Pensais-tu que les B. Boys et les jeunes que tu photographiais allaient devenir des artistes de la scène hip-hop des années plus tard ?
O. : Il faut comprendre qu’en tant que Japonais, j’étais particulièrement mal placé pour imaginer quoique ce soit.

Quand as-tu découvert le graffiti ?
O. : J’ai découvert le graffiti au début de l’hiver, en 1986, en allant sur le terrain de Stalingrad.

Peux-tu nous parler du fameux mur réalisé par Colt et Psy (Public Enemy) ?
O. : C’est un magnifique graff !

Et de ton livre sorti récemment ?
O. : Il sera réédité en mai 2014. Le livre s’appelle Mouvement et a été conçu par Jay One Ramier. Il illustre deux lieux phares du mouvement : le terrain vague de Stalingrad et chez Roger Boite Funk les vendredis soir du Globo. Jay a écrit le texte sur le terrain et Marc Boudet le texte sur le Globo.

As-tu des projets à venir ?
O. : Je suis en train de travailler sur des courts métrages et produire des images animées.

 

Photographies : Yoshi Omori