
Esiro // VEP // ODC // IAC
Esiro est l’un des membres des VEP (Vandales En Puissance) les plus discrets de la génération Paris Tonkar. Pourtant, il n’a jamais cessé de peindre et poursuit aujourd’hui son parcours aux côtés des ODC. Rencontre à l’occasion du jam organisé par Moze sur le mur de la rue des Pyrénées.
Quand découvres-tu le graffiti ?
Esiro : Je me suis intéressé au graffiti en 1986-1987. Comme beaucoup de jeunes de ma génération, des graffeurs comme Bando, Boxer, Mode 2, mais aussi les membres de La Force Alpha — Spirit, Mambo ou Sib — m’ont donné envie de peindre.
J’ai commencé en 1987, mais uniquement sur papier. Mon premier graffiti remonte à 1988, avec les IAC (Impossible À Choper), un crew que j’ai créé avec Oeno, qui ne portait d’ailleurs pas encore ce blaze à l’époque, ainsi qu’Egoist, Soho, Camo, Panik…

Où réalises-tu ton premier graffiti ?
E. : À Convention, sur le terrain vague bien connu de tous les anciens, en 1988. J’étais avec Egoist, qui taguait alors AsOne (As1). C’était un graffiti IAC, réalisé en présence d’Epson, Bes et Maes.
As-tu toujours utilisé le même blaze depuis la fin des années 1980 ?
E. : Non. J’ai commencé par Joke, comme beaucoup, en taguant les tables de classe lorsque j’étais en pension. Très vite, je suis passé à Enigm, puis finalement à Esiro. C’est d’ailleurs avec Epson, des TSM (Tout Simplement Mortel), qu’un après-midi de 1988, sur les quais de Javel dans le XVe arrondissement de Paris, pendant que Dop des CWA peignait, nous avons trouvé ce nom. Il m’arrive encore aujourd’hui de taguer Enigm.
Peux-tu nous parler de tes premières sorties et de tes rencontres ?
E. : J’ai commencé à massacrer les rues avec Egoist, puis avec Oeno. C’était un kif énorme. J’habitais vers Marly-le-Roi, dans le 78, et lorsque je descendais de chez moi, je voyais mes tags partout : à l’arrêt de bus, dans le bus, à la gare, sur les trains, à Saint-Lazare, dans le métro, puis dans les rues de Paris… C’était le kif total.
À cette époque, je croisais les TFB (The Fabulous Boys), Eone et Togs, mais aussi Click, Colorz, Ref, Ser, Seeo, Urban (R.I.P.), les VEP de Vincennes et de Saint-Mandé, Freez, les TSB (The System Boys) de Vincennes, Creem, Faz et bien sûr les TSM.
As-tu peint dans les dépôts ?
E. : Oui. J’ai peint des métros et des trains en France, malheureusement, j’ai très peu de photos.
J’allais dans les dépôts seul ou avec Oeno. Nous avions récupéré des tenues de la Comatec, la société chargée du nettoyage du réseau RATP dans les années 1990, en escaladant leurs locaux qui avaient souvent des accès par les toits. On faisait surtout du tag, notamment sur les trains bleus de la ligne Saint-Lazare vers Saint-Nom-la-Bretèche ou Versailles-Rive-Droite.
Es-tu le premier à taguer dans ta ville ?
E. : Oui. Dans ma ville, j’étais le premier. À Marly-le-Roi, il y avait aussi Togs et Haro, alias Eone.
Qui voyais-tu le plus lorsque tu descendais à Paris ?
E. : Bando, Fist, Muck, Boxer, Spirit… Je les croisais très souvent. Il y avait aussi Yank.
Fréquentais-tu les spots incontournables de l’époque ?
E. : Oui, bien sûr. Comme tout le monde, j’allais à Stalingrad. Il y a d’ailleurs, dans le livre de Comer, un « IAC Ladies », réalisé avec Ema, Garance Clavel, Aminata et Aesno. Nous allions aussi à Convention, au terrain près de l’école d’art, à Alésia, au parking désaffecté de Mouton-Duvernet… Je passais également beaucoup de temps dans les catacombes de Paris, ainsi que dans celles de Louveciennes, de Bougival et de Saint-Cloud.
Il me semble que tu as une drôle d’histoire à Saint-Cloud…
E. : Un soir, avec Soho, Egoist et Tong, nous avons découvert une vieille porte rouillée le long de la voie ferrée, à Saint-Cloud. Nous avons réussi à l’ouvrir et sommes tombés sur un ancien tunnel.
Après environ 150 mètres creusés dans la roche, nous avons découvert une chatière. Nous nous y sommes engagés avant de déboucher une trentaine de mètres plus loin dans… un parking privé. La sortie était condamnée par une planche en bois que j’ai forcée. En levant les yeux, nous avons vu une trappe donnant à l’extérieur. Nous sommes sortis pour rejoindre notre voiture, garée un peu plus loin. Évidemment, un voisin insomniaque avait prévenu la police. Contrôle d’identité. Nous avons finalement appris que nous venions de traverser la propriété du voisin de Madame de Fontenay…
Heureusement, l’histoire s’est bien terminée.
Parle-nous un peu des IAC.
E. : Les IAC (Impossible À Choper), c’est mon premier crew. Je l’ai fondé avec Oeno en 1988-1989. On y retrouvait Oeno, Egoist, Camo, Tong, Soho et moi, ainsi que les IAC Ladies : Ema, Aesno et Aminata.
Que sont-ils devenus ?
E. : Egoist, Camo, Tong et Soho travaillent aujourd’hui dans les milieux artistiques, que ce soit la publicité ou l’événementiel. Ema est devenue actrice. Aesno et Aminata vivent à l’étranger et, avec le temps, nous nous sommes un peu perdus de vue.
Et toi ?
E. : Je travaille aujourd’hui dans un domaine complètement différent, entre le commerce et le tourisme. Je continue néanmoins à peindre et à réaliser des toiles, principalement avec les VEP et les ODC. J’ai participé à quelques expositions dans des lieux culturels et je vais bientôt exposer à Marseille avec Stési, dans une galerie.
Je vends quelques toiles, essentiellement à des proches ou sur commande. Comme j’ai un travail, cela reste avant tout un plaisir qui me rapporte un peu. Le plus important, c’est que je prends toujours autant de plaisir à peindre, près d’un quart de siècle après avoir découvert le graffiti. Et j’apprécie sincèrement que l’on s’intéresse encore à ce que je fais.


[…] magazine lui avait consacré plusieurs focus ainsi qu’une interview, l’occasion de revenir sur son parcours et sa vision du graffiti. Comme beaucoup de writers […]
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