Interview de Tee-J PAW / NTM

Celui qui a découvert le terrain de Mouton-Duvernet… Tout comme BOXER, il a su placer ses Tags dans des endroits visibles de tous et qui ont duré malgré les nombreuses campagnes de nettoyage de la mairie de Paris.

TEEJ

En 1984, adolescent, il découvre le graffiti avec le film Beat Street au cinéma, mais ce n’est que trois ans plus tard qu’il commence réellement à pratiquer avec assiduité en compagnie de BANGA, KAY et JOEY. Avant de signer TEEJ, il s’essaye au Tag avec plusieurs autres blazes dont STANLEY et STAN…

« 1984, une mode puis en 1987 un mode de vie… »

À partir de 1987, la ligne de métro 13 est régulièrement visitée par TEEJ qui devient proche de JERK, KAY et TEX des TCG (The Criminal Gang), rencontré dans le XVIIIe, dans le quartier de la Fourche. En compagnie de SAN, il s’occupe de la ligne 6 et peint à Mabillon ou encore à Mouton-Duvernet. Avec ses comparses de la place Clichy, ils « cartonnent » la station Alésia tout comme le dépôt de la ligne 4… À cette époque, TEEJ passe le plus clair de son temps à bomber les rues !

« On a pas mal taggué avec MODE et COLT, surtout quand on allait au Zoopsie… »

Il découvre un terrain vague qui par la suite deviendra mythique pour la scène du graffiti parisien : Mouton-Duvernet, un repère au fond d’une ruelle, garage souterrain abandonné et fréquenté à l’occasion par des Skins…

« En fait, j’ai découvert ce terrain quand je taguais pas encore ! J’avais un pote qui habitait à Alésia et, en bon ado qui se respecte, j’aimais faire deux choses : casser des vitres et faire des feux ! Alors naturellement, il m’a emmené dans ce terrain qui était un parking pas encore terminé et dont le chantier s’était arrêté… Ce qui donnait un côté vraiment underground et sauvage, impeccable plus tard pour le graffe. À l’époque j’habitais Porte de Châtillon et lorsque je me suis mis vraiment à taguer en 87, j’y ai emmené mes premiers potes tagueurs. »

Dans les années 90, il change de vie et arrête d’arpenter le bitume pour poser TEEJ, non sans regret. Il se consacre pleinement aux cours d’art dramatique qu’il suit pour devenir acteur…

TEEJ 1

« Tous les dimanches après-midi, on se retrouvait avec les B-Boys au Bataclan d’Oberkampf. Et un jour BANGA m’a dit que je pouvais taguer PAW (Police Against Writerz) ! C’était ma première consécration car dans PAW, il y avait BANGA mais aussi le regretté BOXER et SHEEK aussi… Enfin que des cartonneurs ! »

BOXER / CTK

BOXER 1

Vers la fin de 1985, quand j’ai commencé à faire attention aux tags dans la rue, je ne voyais pas trop la différence entre les différents blazes qui commençaient déjà à recouvrir les murs et la Petite ceinture que j’aimais fréquenter avec des copains. Pourtant, une signature à la bombe noire m’avait marquée, car ce nom évoquait pour moi la Chine et sa guerre de 1899-1900. Un peu plus tard, j’ai réalisé que celui qui posait BOXER était l’un des premiers tagueurs et c’est devenu un modèle pour les générations suivantes…

BOXER MODE

Je ne l’ai jamais rencontré lorsque je préparais Paris Tonkar et, à l’époque d’1Tox, je l’ai croisé une fois sans savoir que c’était lui… Cet homme était aussi discret dans la vie que connu dans la rue par ses pairs. Repose en paix !

BOXER

ZONE / TRP (1967-1989)

Book SAN ZONE © TBY

Un graffe de ZONE que SAN a conservé dans son book parmi ses œuvres en souvenir de leur amitié.

« Il habitait en face de chez moi, c’était un bon copain. Il a été retrouvé agonisant dans le tunnel de la station de métro Ségur avec plus de 20 coups de couteau ou de tournevis dans le corps. Il est mort sur le trajet vers l’hôpital. L’enquête ne dira jamais qui sont le ou les responsables. Ses parents ont eu droit à des menaces de mort et l’enquête judiciaire s’arrêta là. » Blitz

STEPH for ZONE

Un mur en hommage à ZONE, STEPH COP au terrain de la rue Olivier de Serres, 1989.

« C’était un garçon gentil, sans embrouilles. Une disparition que pleurent encore ses parents qui ne comprennent toujours pas pourquoi, sans raison, leur enfant leur a été enlevé un beau matin. Personnellement, mes soupçons se portent vers une bande d’extrême droite (des Skins) qui traînait à l’époque dans ce quartier bien bourgeois du VIIe et elle n’aimait ni les graffes ni les Portugais… Sale race ces putains de fachos ! » Blitz

Zone wall © TBY

Un mur dédié à ZONE TRP… Son souvenir est resté vivace chez de nombreux writers.

ZONE

Throw up de ZONE.

« Il n’en était qu’au début de sa carrière et il aurait pu faire partie de la génération des « Old timers » qui compte… Paix à son âme et à ses tristes parents. Il est mort le 4 juin 1989. »  » Blitz

ceno ZONE

« Scénotaphe » (Matériel : trumeau (cadre en bois), vrais carreaux de métro, bombe aérosol, collage, plaque en laiton doré « Adhuc sub udice lis est » ce qui veut dire en latin : Le procès est encore devant le juge, 180 x 80 cm). BLITZ a offert ce mémorial aux parents de ZONE.

Interview de San TRP / 93MC

SAN commence le graffiti en 1984, tout seul, dans sa banlieue bien loin du centre de Paris. Une usine abandonnée à Domont dans le Val d’Oise devient son terrain de jeu où il commence par poser CRAZY MICK (son premier blaze) puis, au bout d’une année, il change de blaze avec SAN, même s’il utilise aussi ODACE, DEMON2 ou encore RISK2. Durant cette période, il peint surtout chez lui et dans la ville voisine puis un jour il décide de se rendre à Paris.

SAN belt suite

Il réalise sa première peinture (lettrage avec un personnage) dans un endroit visible sur la place de la gare de sa ville, plus précisément sur un mur de parking face à un café. À un moment, le propriétaire sort de son établissement pour voir ce qui se passe, SAN a juste le temps de s’esquiver. Il revient plus tard pour terminer son graffe…

SAN throw up wall

« J’étais tout seul les premiers mois, ensuite j’ai fait la connaissance des autres à Stalingrad… »

SAN Louvre

« J’ai peint pendant deux ou trois mois presque tous les jours avec BANDO, dont une fois avec JONONE. »

SAN 2010

« En 1986, j’ai fait des graffes à Athènes puis, en 1987, à Londres, en 1992 à Amsterdam et à Francfort en 1993. »

SAN 6

Les TRP, son premier crew se retrouve régulièrement à Stalingrad avant d’aller peindre : ce lieu est central pour ses membres qui habitent dans des quartiers différents. Durant cette période, ils sont très visibles et partout présents car ils sont éparpillés à Paris et en banlieue, n’hésitant pas à faire des virées en solo la plupart du temps.

SAN 4

« J’ai tout fait pour avoir mes propres styles tout en m’inspirant de Subway art mais aussi de peintres français. J’étais un des premiers à faire de grands graffes en pleine rue, le jour ou la nuit sans autorisation, et aussi sur les voies ferrées (RATP et SNCF). J’ai beaucoup tagué dans les rues, les trains et les métros. Et j’ai peint, à ma connaissance, dans tous les terrains de Paris et de proche banlieue entre 1984 et 1990. »

SAN 3

« Dès que j’arrivais à avoir des bombes et des marqueurs, je passais tout mon temps de libre à peindre et je me suis arrangé pour que ça devienne un temps complet. »

SAN 2

En 1990, SAN arrête de peindre pendant deux ans et ce n’est qu’en 1992, en revoyant GAWKI des FBI, qu’il s’y remet. Celui-ci le fait entrer dans les DLP (Dream Land Painters) et LOC (Lords Of Chaos). En 1993, il participe à un JAM organisé à Francfort avec les DLP. Durant la même période, il commence à peindre avec les futurs HG… De 1984 à aujourd’hui, SAN n’a jamais cessé de peindre à la bombe, à l’exception de ces deux années. En ce sens, il est certainement l’un des plus anciens writers français encore actif avec un style qui s’est renouvelé et toujours aussi élégant.