Renaud – Des mots et des images (Éditions Alternatives, 2024)

« Des mots et des images » est bien plus qu’un livre consacré à Renaud. Il réunit une vingtaine de peintres et de street artistes invités à interpréter, chacun avec son univers, les chansons et les engagements du chanteur.
Parmi eux figure Ernest Pignon-Ernest, dont l’œuvre profondément humaniste entre naturellement en résonance avec celle de Renaud. Mais c’est bien la diversité des artistes réunis qui fait la richesse de cet ouvrage. Chaque intervention apporte un regard singulier, faisant dialoguer peinture, art urbain et écriture dans un ensemble cohérent et sensible.
Loin du simple livre hommage, « Des mots et des images » est une véritable rencontre entre deux formes d’expression populaire : la musique et les arts visuels. Les œuvres ne se contentent pas d’illustrer les textes ; elles les prolongent, les interprètent et leur offrent une nouvelle lecture.
Les Éditions Alternatives reversent l’intégralité des bénéfices de la vente de cet ouvrage à l’UNICEF. Une démarche solidaire qui renforce encore le sens de cette publication et fait écho aux valeurs de partage et d’engagement portées par Renaud.
À la fois beau livre, projet artistique collectif et geste solidaire, « Des mots et des images » est une belle réussite. Les amateurs de Renaud y trouveront une approche originale de son univers, tandis que les passionnés de peinture et de street art découvriront une vingtaine d’artistes réunis autour d’un même hommage.
WOSHE – Blackbook (Alternatives, 2013)
Le blackbook est au graffiti ce que le carnet de croquis est aux beaux-arts : un laboratoire d’idées, un terrain d’expérimentation et souvent la mémoire d’une carrière. Avec « Blackbook », WOSHE ouvre les pages de cet univers et livre bien plus qu’un simple recueil de dessins.

Dès la préface, signée DARCO, le ton est donné. Figure incontournable du graffiti européen, que les lecteurs du magazine connaissent notamment à travers PARIS TONKAR
Vandalisme et « Vandalisme », il rappelle toute l’importance du dessin dans la construction d’un style. Avant les murs, il y a très souvent des lettres. Avant les couleurs, il y a le trait.
Le grand mérite de cet ouvrage est de montrer, presque pédagogiquement, comment se construisent les différents styles de lettrages. Du tag aux structures les plus complexes, WOSHE décortique les formes, les volumes, les connexions et les variations qui font la richesse de l’écriture graffiti. Sans jamais être un manuel scolaire, « Blackbook » devient un véritable outil de compréhension pour qui veut apprendre à lire – ou à dessiner – les lettres.
Le livre s’adresse autant aux pratiquants qu’aux curieux. Les premiers y trouveront une source d’inspiration et de réflexion sur leur propre écriture. Les seconds comprendront enfin que le graffiti ne se résume pas à une signature ou à un assemblage de couleurs, mais repose sur une véritable culture de la lettre, avec ses codes, ses influences et son évolution.

« Blackbook » n’a rien perdu de son intérêt et reste l’un des meilleurs ouvrages consacrés à l’apprentissage du lettrage graffiti et une référence pour tous ceux qui souhaitent approfondir cette discipline. Un indispensable de toute bibliothèque consacrée au writing.
En un mot : un must have !
RERO, Erreur dans le titre (Éditions Alternatives, 2014)

Paru en 2014 aux Éditions Alternatives, « Erreur dans le titre » demeure une excellente porte d’entrée dans l’univers de Rero. Plus de dix ans après sa publication, cet ouvrage n’a rien perdu de sa pertinence et permet de comprendre la cohérence d’une démarche qui navigue entre art urbain, art conceptuel et réflexion sur les mécanismes de l’image, du langage et de la propriété intellectuelle.
Le parti pris éditorial est particulièrement réussi. Plutôt que de suivre un parcours chronologique, le livre adopte la forme d’un abécédaire. Chaque lettre devient un mot-clé — « Copyright », « Obsolescence », « WYSIWYG », « Zoom »… — qui éclaire une facette de la pratique de l’artiste. Cette structure, loin d’être un simple effet de style, correspond parfaitement à un travail où les mots sont eux-mêmes des matériaux plastiques et des outils critiques. Chaque entrée est enrichie par les contributions de différents auteurs, offrant des points de vue complémentaires sur une œuvre qui résiste aux lectures univoques.
L’alternance entre reproductions d’œuvres, interventions in situ, installations et actions réalisées dans l’espace public, parfois de manière illégale, restitue également la diversité des modes d’expression de Rero. Le livre évite ainsi l’écueil d’une monographie figée et rend compte de la circulation constante de son travail entre la rue, la galerie et l’institution.
Au-delà de son intérêt documentaire, « Erreur dans le titre » permet de mesurer combien les interrogations de Rero sur l’autocensure, la visibilité, les réseaux, les droits d’auteur ou la fabrication des images résonnent encore aujourd’hui. Pour ceux qui découvrent son œuvre, il constitue sans doute l’une des meilleures introductions disponibles. Pour les autres, il reste un ouvrage de référence, témoignant d’un moment important dans le parcours d’un artiste qui a contribué à renouveler le dialogue entre graffiti, art contemporain et critique des médias.
