Levalet – Le Collage et son double

Levalet – Le Collage et son double
Quentin Gassiat – Alternatives


Il y a des livres qui documentent une œuvre, et d’autres qui la révèlent. Celui-ci appartient à cette seconde catégorie. Grâce au remarquable travail de Quentin Gassiat, cette monographie restitue avec intelligence la richesse de l’univers de Levalet, sans jamais le réduire à une simple figure du streetart.

Levalet est un véritable OVNI dans un paysage urbain souvent dominé par la recherche de l’impact visuel : il a choisi la narration, l’humour, le décalage et l’interaction avec l’espace public. Ses personnages ne se contentent pas d’occuper les murs : ils dialoguent avec la ville, en révèlent les absurdités et transforment le quotidien en théâtre. Chaque collage est une mise en scène où l’architecture devient partenaire de jeu.


Impossible de ne pas penser à Ernest Pignon-Ernest. Comme son aîné, Levalet possède cette intelligence rare du lieu, cette capacité à faire naître une œuvre qui semble avoir toujours appartenu à l’endroit où elle apparaît. Mais il y ajoute une ironie, une légèreté et une écriture résolument contemporaines. Une sorte d’Ernest Pignon-Ernest d’une nouvelle génération, qui a su inventer son propre langage sans jamais céder aux effets de mode.

L’ouvrage rend parfaitement compte de la cohérence et de la force de cette démarche. Les reproductions sont de grande qualité, les textes éclairent le parcours de l’artiste avec précision et l’ensemble constitue une référence pour comprendre son travail.

Aussi beau soit-il, ce livre rappelle surtout une évidence : l’œuvre de Levalet doit être vue dans la rue. Ses collages prennent toute leur dimension au contact de la ville, de ses passants, de sa lumière, de ses accidents et de son histoire. C’est là que la magie opère vraiment. Le livre en restitue l’esprit, mais rien ne remplace l’émotion de découvrir une intervention in situ, au détour d’une rue, lorsqu’elle semble avoir toujours fait partie du décor.

Une monographie essentielle, qui donne envie de refermer le livre… pour aller marcher et retrouver Levalet là où son art prend tout son sens : dans l’espace public.

Laisser un commentaire