Les chroniques livres de l’été #2

Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923) – Sous la direction de Leïla Jarbouai et Saskia Ooms – In Fine Éditions d’art

Le nom de Steinlen ne dit pas forcément grand-chose au grand public. Pourtant, son œuvre fait partie de l’imaginaire collectif. Qui n’a jamais vu l’affiche du « Chat Noir » ou l’un de ses innombrables dessins de chats ? Mais Steinlen, c’est bien plus que cela. C’est avant tout un immense chroniqueur de Paris

Installé à Montmartre à la fin du XIXe siècle, il a dessiné la capitale comme peu d’artistes l’ont fait. Les rues populaires, les cafés-concerts, les ouvriers, les blanchisseuses, les gamins, les artistes, les marginaux… Son Paris est vivant, bruyant, parfois rude, mais toujours profondément humain. Chaque dessin raconte une histoire, chaque image devient un témoignage d’une ville en pleine mutation.

Cette très belle monographie, dirigée par Leïla Jarbouai et Saskia Ooms, permet de découvrir toute l’étendue de son talent. L’iconographie est superbe et les textes replacent parfaitement l’artiste dans son époque, sans jamais alourdir la lecture.

Bien sûr, les chats sont omniprésents et semblent accompagner Steinlen à chaque étape de sa carrière, devenant sa signature. Mais ils ne doivent pas faire oublier le reste de son œuvre, car son véritable sujet, c’est Paris. Un Paris populaire, libre, bouillonnant, celui des cabarets, des faubourgs et de Montmartre avant qu’il ne devienne une carte postale.

Ce livre rappelle à quel point Steinlen fut un immense observateur de son temps. Un artiste dont on connaît souvent les images sans connaître le nom. Grâce à In Fine Éditions d’art, il retrouve enfin la place qu’il mérite parmi les grands témoins du Paris de la Belle Époque.


Ça, c’est Warhol Catherine Ingram – Andrew Rae – Pyramyd Éditions.

Les livres consacrés à Andy Warhol ne manquent pas. Pourtant, ce livre parvient à se démarquer grâce à une approche à la fois ludique et intelligente. Sous la plume de Catherine Ingram, brillamment mise en images par Andrew Rae, il ne s’agit pas d’une énième biographie académique, mais d’une véritable histoire racontée avec les codes de la bande dessinée, de l’illustration et du récit graphique.

Le pari est pleinement réussi. Les auteurs mêlent dessins, séquences narratives, documents d’archives et reproductions des œuvres de Warhol pour construire un livre vivant, rythmé et résolument pop, à l’image de son sujet. Cette mise en scène éditoriale permet de découvrir ou de redécouvrir le parcours de l’artiste sous un angle plus accessible, sans jamais sacrifier la richesse des informations. Le lecteur ne tourne pas les pages d’un essai ; il suit une histoire. Celle d’un homme qui a profondément bouleversé les codes de l’art contemporain, de la publicité, de la célébrité et de la culture populaire. Cette narration fluide donne envie d’aller plus loin et rend la lecture aussi agréable qu’instructive. En s’appuyant sur le langage de la bande dessinée et de l’illustration, Catherine Ingram et Andrew Rae réussissent à rendre l’œuvre et la personnalité de Warhol étonnamment vivantes.

Une approche qui séduira autant les amateurs d’art que les lecteurs curieux. Plus qu’une énième publication sur Andy Warhol, Ça, c’est Warhol est un récit. Un livre qui se lit avec plaisir autant qu’il se regarde, et qui prouve qu’il est toujours possible de raconter la vie d’un artiste autrement. Une excellente porte d’entrée dans l’univers du pape du pop art.


Graffbook – Éditions Alternatives

À première vue, Graffbook intrigue. Ni véritable carnet de croquis, ni livre d’art, il se présente comme un terrain de jeu destiné à celles et ceux qui aiment dessiner, esquisser ou expérimenter sur des supports différents des traditionnelles pages blanches.

L’idée est plutôt séduisante. Le livre multiplie les décors, les textures et les surfaces imprimées qui invitent le lecteur à intervenir, à compléter ou à détourner les images. Une approche ludique qui stimulera sans doute l’imagination des passionnés de graffiti, d’illustration ou de lettrage, en quête d’un support original.

Pour autant, il ne faut pas s’y tromper. Rien ne peut remplacer la sensation d’un mur, l’échelle d’une façade, le dialogue avec l’espace urbain ou l’adrénaline d’une véritable peinture murale. Le graffiti prend tout son sens dans la rue, au contact de son environnement, bien loin des pages d’un livre.

Graffbook assume finalement ce qu’il est : un objet ludique, un gadget bien pensé et agréablement réalisé. Sans prétendre remplacer la pratique, il offre un moment de détente créative et pourra séduire les amateurs qui souhaitent griffonner ailleurs que dans un carnet classique. Une idée simple, sympathique et soignée, qui trouvera naturellement sa place dans la bibliothèque des passionnés d’art urbain.

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