Les chroniques livres de l’été #3

SPRAYCAN ART
Henry Chalfant & James Prigoff – Thames & Hudson

Après Subway Art, Spraycan Art est l’autre ouvrage majeur qui a contribué à diffuser le graffiti bien au-delà de New York. Pour tout amateur d’art urbain, c’est un livre incontournable, mais aussi un document essentiel pour comprendre comment le writing new-yorkais influencera les scènes européennes, américaines et des pays anglophones.

Publié en 1987, l’ouvrage élargit le regard : le graffiti n’est plus seulement celui des trains new-yorkais. Les murs, les façades et les grandes peintures permettent de découvrir une autre facette du mouvement. Henry Chalfant et James Prigoff documentent cette évolution par un travail photographique remarquable.

On y découvre notamment des images venues de New York et des États-Unis, mais aussi des scènes européennes et de plusieurs pays anglophones. Le livre montre ainsi comment les codes du writing circulent, sont assimilés puis réinterprétés selon les villes et les cultures. Le graffiti commence véritablement à devenir un phénomène international.

Pour Tarek, la découverte de Spraycan Art après Subway Art a été déterminante. Ces deux livres lui ont donné l’idée de faire la même chose en France : retrouver les writers, documenter leurs œuvres et conserver une trace de cette scène qui évoluait à toute vitesse. C’est dans le cadre de cette démarche que naîtra Paris Tonkar.

Tarek a d’ailleurs essayé de retrouver les Français présents dans Spraycan Art, comme pour renouer le fil entre cette première documentation internationale et l’histoire du graffiti hexagonal.

Une pensée particulière pour James Prigoff, dont les photographies ont permis de conserver la mémoire de nombreuses pièces aujourd’hui disparues. Son travail reste une archive précieuse d’une époque où le graffiti sortait progressivement de New York pour conquérir les murs du monde entier.

Spraycan Art est donc bien plus qu’un beau livre de photos. C’est un morceau de l’histoire du graffiti new-yorkais, américain, européen et international. Un ouvrage qui a participé à la transmission d’une culture et qui, indirectement, a contribué à donner naissance à d’autres projets documentaires comme Paris Tonkar.


SUBWAY ART
Martha Cooper & Henry Chalfant – Thames & Hudson

Il y a des livres qui ont marqué l’histoire du graffiti et Subway Art en fait clairement partie. Pour tout amateur d’art urbain, c’est un véritable must have, un ouvrage à avoir dans sa bibliothèque autant pour sa valeur historique que pour la richesse de son contenu.

Martha Cooper et Henry Chalfant ont réalisé un travail exceptionnel en documentant la scène new-yorkaise à une époque où le writing était encore en pleine construction. Trains, crews, styles, signatures, lettrages, codes et territoires : le livre permet de comprendre de l’intérieur les mécanismes d’une culture qui allait rapidement dépasser les frontières de New York.

L’une des grandes qualités de Subway Art est justement de ne pas se limiter à une succession de belles photographies. L’ouvrage donne à voir et à comprendre le writing, ses codes, ses différentes formes et toute la créativité déployée par les writers sur les trains new-yorkais. Les images de Martha Cooper et Henry Chalfant sont devenues des documents historiques, mais elles restent surtout incroyablement vivantes.

Il faut également rappeler l’importance de ce livre dans la diffusion du graffiti en Europe. Pour toute une génération de writers européens, Subway Art a été une véritable fenêtre ouverte sur New York. Ces pages ont permis de découvrir des styles, des noms et une culture qui étaient alors quasiment inaccessibles de ce côté-ci de l’Atlantique.

C’est d’ailleurs en partie grâce à Subway Art que l’idée de Paris Tonkar a germé chez Tarek : documenter à son tour la scène française et parisienne, à une époque où il existait encore très peu de traces consacrées au graffiti hexagonal.

Aujourd’hui encore, Subway Art reste une référence incontournable. Un livre qui se regarde, se lit et se consulte régulièrement. Et pour prolonger cette plongée dans l’histoire du graffiti new-yorkais, retrouvez également sur notre site l’interview de Henry Chalfant.

Un must have, tout simplement.


THE GET DOWN

Avec The Get Down, Baz Luhrmann s’attaque à un morceau essentiel de l’histoire du hip-hop : le New York de la fin des années 70, au moment où le mouvement commence à prendre forme dans le Bronx.

La série suit plusieurs jeunes du South Bronx et permet de retrouver cette période où tout est encore à inventer. DJing, rap, breakdance et graffiti apparaissent comme les différentes faces d’une même culture. Le Bronx est alors un territoire en crise, marqué par la pauvreté, les incendies et les tensions sociales, mais aussi par une incroyable énergie créative.

Pour ceux qui s’intéressent au graffiti, The Get Down est particulièrement intéressante. Les murs, les trains, les terrains et les rues ne servent pas simplement de décor : ils constituent le terrain de jeu d’une génération qui cherche à exister et à laisser une trace. Le personnage de Dizzee, jeune graffeur passionné, permet notamment d’entrer dans cet univers et de comprendre cette obsession de peindre son nom partout où cela est possible.

La série fait également intervenir des figures historiques comme Grandmaster Flash, qui participe à la transmission de cette mémoire. On retrouve cette idée essentielle que le hip-hop est né d’un croisement de pratiques et de personnalités, bien avant de devenir une industrie mondiale.

L’un des points forts de The Get Down est son ambiance. Baz Luhrmann utilise une esthétique très travaillée, parfois spectaculaire, mais parvient à restituer quelque chose de l’énergie de cette époque : les block parties, les sound systems, les vinyles, les premières battles et cette sensation que quelque chose est en train de se passer dans les rues du Bronx.

On pourra cependant reprocher à la série son côté parfois très romancé et son esthétique extrêmement stylisée. Nous sommes loin du réalisme brut d’un Wild Style. The Get Down raconte les origines du hip-hop à travers une fiction ambitieuse, avec ses personnages et ses intrigues, plutôt que comme un documentaire.

Mais c’est justement ce qui la rend complémentaire du Monde de demain. Là où la série française raconte la naissance du hip-hop à Paris à travers NTM, Dee Nasty, le graffiti et le mouvement des années 80, The Get Down remonte directement à la source new-yorkaise.

Pour ceux qui ont connu cette époque, la série peut faire remonter des images familières : les trains peints, les murs, les crews, les soirées et cette volonté de laisser une trace. Pour les autres, elle permet de comprendre dans quel contexte social et culturel le hip-hop est apparu.

The Get Down est donc une série à voir comme une grande fresque fictionnelle sur les origines du mouvement. Pas toujours réaliste, parfois excessive, mais généreuse et surtout passionnante lorsqu’elle montre ce moment où quelques jeunes du Bronx commencent, presque sans le savoir, à écrire l’histoire d’une culture qui allait bientôt conquérir le monde.

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