Interview de Madame

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Madame, vous la connaissez sans le savoir ! Des moustaches rouges ou de grands collages papiers ornent régulièrement les murs de Paris… Mais aussi en Province où elle se rend pour de grandes réalisations murales. Mais qui se cache derrière cette moustache ?

Pourquoi avoir choisi comme nom d’artiste Madame ?
Ce nom m’est venu au tout début lorsque je bossais encore avec Sword (Johann Bouché-Pillon). Il y a quatre ans de cela, je le suivais dans ses pérégrinations nocturnes pour le photographier et il m’a progressivement proposé de coller aussi certaines pièces que je faisais et qu’il avait vu trainer chez moi. De petits collages alors assez simples. Au moment de les coller, la question du nom à y apposer s’est posée et, sans même réfléchir, j’ai fabriqué assez maladroitement un pochoir estampillé Madame (dont je me sers toujours d’ailleurs). Je ne sais pas, je trouvais ça simple et propre. Efficace en quelque sorte. Je trouvais ça obsolète et clinquant à la fois et ça faisait pas mal référence à des moments clefs de mon enfance et de mon adolescence. C’était logique.

image[1]Peux-tu nous décrire ta pratique artistique dans la rue ?
Plus qu’une pratique de rue je crois que c’est une démarche globale qui trouve sa finalité, son aboutissement, dans la rue. Je construis à partir de vieux documents divers (publicité, vieux ouvrages, magazines, tissus, gravures) de nouvelles images en les redécoupant. J’essaie en quelque sorte de faire dire de nouvelles choses à des images et à de l’iconographie ancienne. Un peu comme si ces vieilles images pouvaient reprendre vie à notre époque. Ces collages une fois constitués sont scannés puis imprimés en grands formats pour être apposés dans la rue. Ces images sont toujours constituées d’une image et d’un texte qui dialoguent mais ne sont jamais l’illustration l’un de l’autre. C’est ce que j’appelle des images à tiroir, avec une lecture multiple possible. Je ne montre pas, ni n’oriente dans une quelconque interprétation. Je tente juste de proposer une porte ouverte sur autre chose que ce que l’on voit, et c’est pour ça qu’il me semble logique et important de coller ces pièces, une fois abouties, dans la rue. C’est là qu’elles y trouvent tout leur sens. C’est un parcours de la sphère intime à celle publique, multiple et anonyme.

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Quelles sont les thématiques que tu affectionnes le plus ?
De manière assez flagrante la thématique du genre me tient beaucoup à cœur, et tout ce qui en découle. J’aime à interroger cette notion et finalement l’importance de celle-ci. Mais au travers de cette thématique « fil rouge », je travaille beaucoup sur les notions de frontière, de transgression, de jeu et bien évidemment d’amour, heureux ou pas.

P1010813 copieLe papier est à la base de tes productions de rue. Comment réalises-tu tes œuvres ?Comme je te le disais, je pars de vieux documents (début du siècle jusqu’aux années 60/70) et je redécoupe tout à la main pour reconstituer une nouvelle « image ». C’est donc un travail tout d’abord de recherche de matière première (tissus, papier, agraphes, cartons) puis de composition de matière, de couleur et de sens, de la même manière qu’un tableau. Ces pièces, une fois scannées, sont collées à Paris ou ailleurs. C’est un travail de papier et de matière, sans doute lié à l’importance que j’attache à l’empreinte, à la trace humaine dans la création quelle qu’elle soit. Une sorte d’artisanat qui me tient vraiment à cœur. Sans doute parce que j’aime la fragilité et que le papier dans la rue en est la pure incarnation.

Pourquoi ajouter une moustache à ta signature ?
Cette moustache a débarqué sous le « madame » au moment de la création de mon pochoir, encore une fois comme une évidence. Une sorte de pied de nez aux détracteurs de ma féminité adolescente ou un clin d’œil à la bande de mecs que je fréquente quotidiennement, sans doute un peu des deux. Mais c’est aussi en rapport aux thèmes que j’aborde dans mes pièces.

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IMG_4960As-tu d’autres pratiques artistiques en atelier ou ailleurs ?
J’ai pratiqué le théâtre durant 10 ans (dont 8 de manière professionnelle) et j’ai également été scénographe. A vrai dire, je crois que mes pratiques et la curiosité que j’ai s’accroissent surtout dernièrement : je pense chaque jour à de nouvelles choses à tester, il ne me manque que le temps et un poil d’espace. Je crois qu’il est hyper important de s’essayer à de nouvelles choses pour se renouveler et pour surprendre. Les artistes que j’aime le plus sont ceux qui sont toujours là où je ne les attends pas. C’est tellement beau la surprise. Dans l’art comme ailleurs.

La rue est-elle importante dans ta manière d’appréhender ton art ?
Elle est essentielle. Même si dernièrement j’ai eu pas mal de projets et que j’ai moins collé dans la rue, c’est toujours une partie intégrante de ma démarche. Toutes les pièces que je crée sont collées dans la rue et ne sont jamais exposées si elles n’ont pas été collées préalablement. Puis c’est avant tout pour rencontrer et échanger que je fais tout ca, alors quel autre meilleur lieu pour le faire que la rue ?

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P1090310Quelles sont tes dernières collaborations les plus marquantes ?
La plus marquante et la plus durable est celle avec Fred Le Chevalier qui, après avoir vu mon travail dans la rue, m’a contactée et avec qui je travaille régulièrement mais qui est aussi et avant tout devenu un ami. Celle aussi sans doute avec Nicolas Villa (graffeur, graffiste, peintre italien de Gênes) avec qui j’aime travailler et auprès duquel j’apprends beaucoup techniquement. Sinon toutes les collabs ainsi que les rencontres que j’ai pu faire dans ce milieu depuis mes débuts ont été hyper marquantes et instructives aussi bien humainement qu’artistiquement.

Colles-tu dans d’autres pays ?
Oui, je colle un peu partout au gré de mes voyages, en Italie, dernièrement au Mexique, bientôt à New York. Je trouve ça hyper grisant et excitant de laisser une trace dans un ailleurs, loin de ce que l’on connaît.Puis généralement ça fait l’objet de bien chouettes rencontres. Sans compter que c’est de la matière première pour les travaux à suivre.

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Peux-tu nous parler de tes prochains projets ?
(Rires)… Je suis hyper superstitieuse donc du coup j’essaie de tenir ma langue généralement mais pour survoler le sujet, je te dirais qu’il y a des voyages en préparation avec, je l’espère, des rencontres et des collabs à la clef. Une expo peut être ici ou à l’étranger, un festival en Italie et plein d’autres choses. On verra ce qui fonctionnera ou pas. Merci infiniment à toi comme à tous.

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Photographies : Madame et Tarek

We need art : La plateforme dédiée à l’art urbain

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WE NEED ART, c’est quoi ?
WE NEED ART, c’est une plateforme internet marchande dédiée à l’art urbain. Aujourd’hui, j’ai convaincu 18 artistes français, de Paris ou de province de participer à l’aventure et j’espère bien que d’autres se joindront au mouvement. La plateforme met en ligne des toiles originales réalisées par ces artistes, et ceci, à des prix raisonnables pour que tout le monde y trouve son compte, les artistes, mais aussi les acheteurs. Pourquoi uniquement des toiles ? Parce que c’est le support de référence selon moi.
Sur WE NEED ART, c’est l’artiste qui fixe le prix de ses œuvres et la plateforme ne rajoute aucune commission à ce prix. On se rémunère différemment. Il n’y a aucune notion de placement financier, c’est uniquement le plaisir d’acquérir une œuvre qui plaît à un prix cohérent.

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Quels sont les atouts de WE NEED ART ?
J’ai voulu mettre l’accent sur les œuvres bien sûr, mais aussi sur les artistes eux-mêmes. Nous avons réalisé une courte vidéo de présentation de chacun d’entre eux avec Tim JARROSSON qui est un motion designer de talent, ce qui permet de les découvrir en action, dans leur environnement, réalisant une toile ou un mur, et nous expliquant leur parcours, leur recherche, leur univers. C’est très dynamique et coloré.
Pour les œuvres, j’ai tenu à ce que les artistes commentent en quelques mots leurs créations. Il est vrai que chacun peut et doit se faire sa propre idée de l’œuvre qu’il contemple, mais c’est bien aussi d’avoir la vision de l’artiste.
En plus, si les visiteurs du site sont intéressés par une œuvre, nous pouvons leur présenter « en vrai » dans notre showroom, car il reste encore beaucoup d’amateurs qui aiment voir ce qu’ils achètent. C’est un plus. Ce n’est pas une galerie, c’est juste un espace où l’œuvre peut être vue sous toutes les coutures. Par contre, il faut prendre rendez-vous.

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Qui es-tu ?
Je suis juste un collectionneur amateur qui a eu envie de faire quelque chose pour permettre à plus de gens d’accéder à l’art urbain sur toiles. En discutant avec pas mal d’artistes, je me suis rendu compte qu’il n’était pas facile pour eux de vivre de leur art, alors pourquoi ne pas profiter d’internet pour faire connaitre ces artistes au plus grand nombre ? Et voilà, tout est parti de là. Internet est un vecteur formidable pour toucher la France entière. C’est déjà un automatisme dans beaucoup de domaines, et l’art urbain ou non, était un peu en retard dans ce domaine.

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Après, ce n’est pas mon métier, j’ai pris 6 mois pour tout organiser, convaincre les artistes, développer le site, tourner les vidéos, sélectionner les œuvres … Et voilà…aujourd’hui, c’est en ligne.

Et les artistes ?
Sans titre7Les artistes qui m’ont suivi dans ce projet sont d’origines diverses, de différentes générations, de Paris ou de province. Beaucoup d’entre eux sont d’anciens graffeurs des années 90 et 2000 mais il y a aussi de jeunes artistes dans la vingtaine. Je les ai contactés, je suis allé les voir personnellement… Paris, Nantes, Lyon, Saint-Brieuc, Caen… un vrai tour de France, avec la SNCF, tout est possible, même pendant les grèves.
Leurs créations sont très variées, collage, pochoir, graffiti, abstrait ou un mix de techniques. Cela donne des œuvres d’une grande qualité. Beaucoup d’entre eux sont également muralistes, ce qui leur permet d’exprimer leur talent sur des surfaces bien plus grandes. 10 d’entre eux ont réalisé une performance LIVE le samedi 13 octobre après-midi à l’Espace ALBATROS à Montreuil, c’était génial. Une grosse ambiance, musique, public… et le soir, nous sommes tous allés diner dans PARIS. C’est un bon groupe.

WE NEED ART, c’est pour quand ?
Le site est déjà en ligne donc on peut déjà admirer les œuvres disponibles mais on ne pourra passer des commandes qu’à partir du 18 octobre 2018.

Comment vois-tu l’évolution de WE NEED ART ?
La plateforme est ouverte à d’autres artistes, bien évidemment. J’ai pas mal d’artistes en tête à qui je voudrais proposer le projet, mais je pense que le lancement de la plateforme va aussi donner envie à des artistes de participer. J’aimerais bien arriver à une cinquantaine d’artistes, mais je dois garantir la diversité des œuvres et des techniques proposées. C’est ce qui fait l’attrait de notre plateforme. Ensuite, il faut que l’artiste accepte la règle du jeu. Chez WE NEED ART, pas de cotation officielle de type galerie (qui intègre la commission de cette dernière) et de cotation atelier d’artiste inférieure de 50%. L’artiste affiche son prix et perçoit ce prix, c’est le circuit court de l’art, de l’artiste à l’amateur.
Je donne rendez-vous à PARIS TONKAR dans un an, et on en reparle !!

Site : www.weneedart.com

Réseaux : Instagram et Facebook

Interview de Orbiane Wolff

Pour découvrir les coulisses de « One Shot », Orbiane WOLFF – Présidente de Superposition – nous a relevé les secrets du projet.

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Comment est né le projet « One Shot » ?
Ce projet est né de la rencontre de Superposition et du Centre Commercial Confluence dans le cadre des afterworks artistiques et des samedis arty destinés aux familles. Je me suis alors posée une question toute simple : que deviennent les magasins entre deux exploitations de marques ? Nous nous sommes rendus compte qu’il y avait toujours une période de transition représentant l’opportunité de présenter une exposition éphémère. Nous avons visité le lieu et toute l’équipe a été emballé par cette coque (NB: magasin inoccupé) immense permettant un recul intéressant sur les œuvres et d’autant plus lorsque ce sont des fresques murales !

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De là, nous nous sommes lancés le challenge d’organiser l’exposition « One Shot » puisque le temps imparti était très restreint dû à l’arrivée prochaine d’une nouvelle marque. Je dois l’avouer que nous avons relevé ce challenge avec grand plaisir et grand enthousiasme. « One Shot » a également suscité un engouement immédiat de la part des artistes dès l’instant où je leur ai proposé d’y participer.
De plus, l’enjeu de cette exposition est de sensibiliser à la fois notre public averti à l’art et ce nouveau public qui va découvrir cette exposition de street-art dans un lieu dont la destiné première est la consommation de produits marchands et non de culture. Ce contraste entre consommation de masse et proposition culturelle me semble être une des pistes majeures de réflexion de l’exposition « One Shot ».

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Je tiens particulièrement à remercier le Centre Commercial Confluence d’avoir été sensible à cette problématique et a encourager la promotion des artistes dans le milieu du street art.

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Pourquoi avoir nommée l’exposition « One Shot » ?
One Shot c’était maintenant ou jamais ! Cette coque (NB : nom donné d’un magasin inoccupé) était une réelle opportunité de faire une exposition grand format. Nous savions que ça allait demander beaucoup de travail puisque les temps de coordination, de sélection et de production étaient très courts. « One Shot » fait référence à la fois ce défi organisationnel mais aussi au fil d’Ariane donné aux artistes dont l’énigme et la problématique traitée par 20 regards différents me semble être une urgence planétaire.

Comment s’est faite la sélection des artistes ?
La direction artistique s’est faite naturellement puisque nous avons décidé de mettre une fois de plus en avant les talents de demain auxquels nous croyons et pour la première fois l’invitation de deux artistes que j’ai eu la chance de rencontrer à l’occasion de mon séjour récent au Canada.
En tant que commissaire d’exposition, j’avais vraiment une volonté de faire une programmation hétéroclite qui puisse donner un aperçu des différentes techniques présentes dans le street art aujourd’hui. Cette notion est très importante, c’est pour cette raison que vous pouvez retrouver du graffiti, du collage, de l’illustration, des volumes lors de cette exposition.
« One Shot » c’est aussi une programmation qui m’a semblée évidente dans le sens où nous tenions à remercier les artistes qui nous suivent depuis le début ! Évidemment tous ne sont pas présents car certains sont déjà sur le projet de transformation de la rue Victor Hugo.

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Que peux-t-on trouver/faire à One Shot ?
Vous pourrez admirer des œuvres sur 200m² de surfaces linéaires de murs dédiés aux artistes et qui ont été réparties en fonction des envies de chacun ! Certains vont peindre à même le mur, d’autres ont trouvé des moyens détournés d’occuper l’espace. Il y aura également un accrochage des dernières œuvres des 20 artistes que nous avons la chance de présenter pour cette exposition.
Toujours dans un but de démocratisation de l’art, nous allons organiser des visites guidées par la médiation, des ateliers tous publics encadrés par les artistes tous les mercredis et les samedis et qui vous invitent à venir découvrir des techniques diverses et variées. Il y aura également des expériences musicales, nous aimons associer ces deux types d’art qui nous tiennent à cœur chez Superposition ! Vous pourrez aussi découvrir des surprises et des expériences proposées tout au long de ces 33 jours d’ouverture, il faudra donc bien suivre le programme sur Superposition !

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Il y aura-t-il d’autres expositions comme celle-ci ? Un « One Shot#2 » ?
Pour l’instant « One Shot » reste un one shot. Deux, s’il y en a je serai ravie mais pour l’instant nous allons nous concentrer sur cette première expérience afin de la mener au mieux. Il faudra donc rester aux aguets pour voir si un « One Shot#2 » sera programmé. Cependant vous pouvez d’or-et-déjà noter qu’il y aura notre anniversaire pour les 3 ans de Superposition (où l’on compte bien faire un get together friendly) et une cinquième édition de l’Urban Art Jungle Festival en 2019 !

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Si tu devais donner trois bonnes raisons de venir ?
Dans un premier temps, c’est de venir découvrir le travail des artistes qui va être orienté autour du thème principal du réchauffement climatique et de l’écologie. Un sujet qui nous tient à cœur au sein de l’équipe et qui gagnerait à être vue par tout le monde. C’est donc une invitation à la réflexion sur le monde dans lequel on vit et sur les effets de notre environnement qui va être traitée par 20 regards différents, point essentiel de cette exposition. Deuxième raison, la caractéristique monumentale du projet ! L’exposition « Wild Washing » de Kalouf visible à SITIO était déjà engagée. Ici « One Shot » sera une exposition différente avec des murs peints et le facteur grand format va vous surprendre ! Et troisième point, pour vivre une expérience, venir participer aux ateliers gratuits, pour venir rencontrer les artistes et profiter de cette émulsion culturelle qui sera à portée de main car je le rappelle Confluence est au bout du tram !

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Je vous invite tous à découvrir en avant-première l’exposition le 11 octobre à partir de 18h !

Photographies : SITIO

ICE, l’un des pionniers du graffiti made in Réunion

Ice est l’un des pionniers du graffiti made in Réunion. Il revient sur ses souvenirs, ses débuts et ses projets.

C’est au début des années 90 que, collégien, Ice (NSK-SAPOAK-KARSOUNDSYTEM) découvre le graffiti. Il repère rapidement les tags et lettres du crew[1] JTC, Fleo, Skot, Espion, Spike, Kyzer, Odace et Sax. Et puis les graffitis des pionniers LSA, DCA, TDC, MMC, AEP, Karter et Reo dans les rues de Saint-Denis. Il rencontre JACE au bar « Le Rallye » au Barachois que tiennent son père et son frère, à l’occasion du renouvellement de la déco. « Nous sommes en 1992, se souvient Ice. Le Gouzou n’existe pas encore, Jace peint quelques décors de ville, de gros lettrages, des dégradés, des BBoys monstrueux pour l’époque… j’hallucine ! »

En 1995, année décisive, Ice se met réellement au graffiti et crée le crew NSK avec HOZEY (aka Dj Abuzor – Sapoak/Arakneed), DYOZE (aka Fish – Sapoak), MC et quelques autres dalons[2]. « Le crew a compté dans ses plus belles heures plus d’une vingtaine de membres, note Ice. »

Entre 1996 et 1997, les NSK s’allient aux OCB, ils peignent ensemble. Se forment alors les ALC 96/97. Selon lui : « les connexions se créent, les blazes[3] s’imprègnent sur les murs… la musique arrive. »

Est lancé le groupe de rap PCX en 1997 avec DODO, SIR, DEEJO & INTRO (aka Dj Fenom – KarsoundSystem), SEI & AROM. Le Hip Hop est en effervescence sur l’île. Après s’être embrouillés sur les murs avec les Kings de l’époque Eko&Konix (LSA), ils deviennent quasi-inséparables jusqu’au début des années 2000. Les OCB et les LSA s’associent régulièrement pour des fresques et sessions tags. De l’autre côté, Ice devient le backeur[4] sur scène d’Eko. Ce dernier a déjà à son actif un gros répertoire. Grâce à lui, il fait ses premières émissions, ses premières grosses scènes de rap et découvre le studio. Ils quitteront ensemble la Réunion fin 1999, pour tenter leur chance dans la musique.

Pourquoi le graffiti ?

ICE : Des lettres sur un mur, ça m’a tout de suite parlé ! Nous étions une poignée à la Réunion à connaître et à pratiquer le graffiti. Le tag, tout ça a créé un truc spécial. Indirectement ça m’a guidé vers mon métier actuel. Le graffiti a accompagné mes premiers pas de graphiste à Toulouse. J’ai d’abord réalisé des flyers pour des soirées électro dans la ville rose. Ramener le mur dans un espace défini, trouver les typographies, les fonds, les harmonies de couleurs… j’ai découvert mon métier comme ça.

J’ai surtout rencontré tout un tas de personnes qui sont devenus ma famille, mon cercle d’amis proches, des potes avec qui j’évolue depuis toutes ces années. On fait toujours du son ensemble et à l’occasion on peint un mur le dimanche. Mais j’ai surtout trouvé l’âme sœur grâce au graffiti !

Pourquoi avoir mis tout ça de côté ? Raconte-nous la transition du graffiti vers la promotion de la musique hip hop ?

ICE : La musique électronique, la DRUM & BASS !! J’ai mis tout ça de côté pour me plonger dans le mix, squatter les shops de vinyles et les soirées D&B à Toulouse où c’était la « capital of Jungle ». Je « zieute » toujours le dernier chrome sous un pont ou le plus gros tag bien placé des petits nouveaux.

L’âge et l’expérience aidant, la transition s’est faite naturellement. Je suis moins sur le terrain, mais maintenant je maîtrise plus le domaine. Avec de la motivation, en réactivant les réseaux et avec de la passion, le reste se fait tout seul ! DEZORDER est désormais créé.

Comment vois-tu l’évolution de la culture hip hop à la Réunion, depuis les années 1990 à aujourd’hui ?

ICE : Chaque discipline a tracé son chemin et a aujourd’hui sa place mais La Réunion a perdu cet esprit Hip Hop, ce délire de « moove rassembleur » qui a existé à une époque. Au début c’étaient les activistes qui fédéraient le mouvement lorsque tout le monde méconnaissait la démarche du Hip Hop. Il y avait vraiment du talent au commencement mais encore plus aujourd’hui dans la réalisation vidéo. Les beatmakers[5] ont évolué.

Côté rap : Pleins de projets rap sortent : compiles, albums solo, collectifs dans les bas ou en digital… Nous avons des artistes avec de vrais univers et pourtant ça n’a pas vraiment d’impact à l’extérieur de l’île et ça ne déchaîne pas non plus les foules sur le caillou. Il n’y a plus d’émulation : des événements qui sont organisés au compte-goutte, des idées récupérées qui ne fédèrent plus rien… Bref, on reste positif. C’est là qu’on doit s’activer et que tombe le concept de l’émission radio.

Côté danse : Les danseurs, j’ai suivi de loin, je danse très mal (rires) ! La scène est toujours bien vivante, elle s’est développée, s’est professionnalisée. Certains breakers[6] locaux se sont même exportés, participent à d’énormes projets, intègrent des compagnies de danse en métropole, enseignent leur discipline. De purs battles ont lieu aux quatre coins de l’île. Je pense même que c’est la discipline qui se porte toujours aussi bien à la Réunion ! C’est aussi par ce biais qu’est arrivé le Hip Hop ici, vers la fin des années 1980.

Côté graffiti : La scène locale graffiti a toujours été assez active, avec des périodes creuses. On reste sur une île, mais de manière générale, le graffiti à la Réunion s’est toujours bien porté. Chaque génération a apporté sa pierre à l’édifice. Les outils aussi ont facilité l’explosion de cette pratique. A partir des années 2000, les sprays ont commencé à tourner, les pièces sont devenues plus léchées. Les blocksletters[7] sont devenus géants, quelques gars « wanted » ont défrayé la chronique. Ensuite il y a eu l’arrivée de shops de bombes… et depuis c’est la fête !

DEZORDER

Parle-nous de ton émission hip hop « DEZORDER »

ICE : Ce projet est né avec Arom (avec qui je peins et rappe depuis mes débuts), Bouba, activiste bien connu du « moove » dans l’Est et le Nord et Dj Clint, un dj prometteur qui a déjà une belle technique et une sacré selecta US. On anime donc une fois par mois sur les ondes de Capital FM (90.2Mhz) l’émission DEZORDER. On essaye de faire mettre en avant un maximum de projets, de sons et d’artistes locaux via l’émission mais aussi via Facebook. On est passionné et on pratique cette culture depuis plus de 20 ans maintenant, il était temps qu’on propose notre média. Le but est de partager les « kiffs » musicaux de l’équipe, de jouer aussi la nouvelle génération et remettre en lumière le « moove local ».

Le mot de la fin ?

L’histoire continue !

En savoir plus sur l’émission DEZORDER, cliquez ici

[1]Communauté, un groupe de graffeur qui se réunit pour peindre ensemble.
[2] Mot issu du créole réunionnais : un camarade, un ami, un copain.
[3] Nom que l’artiste se donne.
[4] Nom tiré du verbe anglais To back (supporter, en version française), est le premier soutien vocal du rappeur lors des concerts. Grâce à sa maîtrise du répertoire du rappeur, le backeur (qui est très souvent un rappeur lui-même) est en première ligne en cas de perte de souffle ou d’incident technique de l’artiste sur scène.
[5] Un beatmaker est un compositeur de morceaux instrumentaux pour le hip-hop ou le RnB contemporain.
[6] Signifie un membre actif du mouvement hip-hop. Aussi appelé b-boy et b-girl.
[7] Graff au lettrage compact

Disek, le graffeur voyageur

Après avoir arpenté le monde pendant deux ans, DISEK pose ses valises à la Réunion. Originaire de Paris, le graffiti est devenu pour lui un échappatoire. Il parcourt les rues de l’île pendant huit mois à la recherche de murs où ces couleurs gravitent entre explosion graphique et méli-mélo de lettres.

– Qui es-tu ? Blaze, depuis quand graffes-tu, d’où viens-tu ?
Disek, j’ai grandi en banlieue parisienne et j’ai commencé à taguer en 1997

– Pourquoi le graffiti ?
Quand j’ai commencé j’étais paumé, j’avais l’impression d’errer dans la société sans y trouver ma place. En éclatant les rues j’avais l’impression de balancer  ma rage sur les murs, de crier « je suis là » à un système qui me snobait. Quand tu vis dans une grande ville c’est vraiment impersonnel, t’es juste un anonyme dans la masse… le graffiti c’est un peu un moyen de pas te laisser bouffer par tout ça, une manière de te sentir exister dans un endroit où tout le monde n’est personne.  Aujourd’hui les raisons qui me poussent à sortir peindre ont changées, mais ça reste un échappatoire.

– En crew ou seul ? et pourquoi ?
A part avec quelques personnes avec qui j’ai mes habitudes, dans la rue je préfère peindre seul. J’ai eu plusieurs crews par le passé, mais aujourd’hui je me suis affranchi de tout ça. J’ai pas besoin d’un truc formel pour savoir qui sont mes amis.

– Depuis quand es-tu à la Réunion ? Et pourquoi ?
Ça va faire huit mois que je suis à la Réunion. Je cherchais un endroit ou me poser après presque deux ans à parcourir le monde. J’avais rencontré pas mal de gens qui m’avaient fait l’éloge de l’ile… le vivre ensemble ça me parlait…  Je me suis dit ça vaut le coup d’aller voir.

– Le graffiti à la Réunion c’est comment ?
Ahah… le graffiti à la Réunion c’est plutôt détendu : jusque-là tous les graffeurs que j’ai rencontré sont bonne ambiance et peindre dans la rue reste quand même assez facile… Il y a vraiment un bon accueil et les gens sont assez ouverts, même quand tu ne fais que des lettres. Évidement  il y a toujours des exceptions, comme ce jour où une fan de street-art zélée et une ancienne galeriste, nous ont « poukave » et envoyé la police..  Ce qui est marrant, c’est de voir que les gens qui n’ont rien à voir avec le mouvement t’encouragent, et que ceux qui gravitent autour, essaient de te mettre des bâtons dans les roues.

– Vandale ou pas ? Pourquoi ?
Perso, l’ile est magnifique et les gens qui y habitent sont plutôt cools, du coup je me vois pas saccager la rue… je trouve que le lieu ne s’y prête pas. On est assez loin des grandes tours de béton et de l’ambiance de merde qui te donnent envie de tout défoncer. Maintenant faire un mur à l’arrache ça reste la partie la plus marrante du truc… mais pour être franc, si tu fais de la couleur, t’as beau taper la rue en pleine journée, à moins de tomber sur un proprio « véner », le risque reste très limité.. t’es pas en train de braquer une banque, c’est juste un peu de peinture sur un mur…

– Ton ressenti sur l’évolution du graffiti en général ?
Le graffiti a beaucoup changé. Le street-art est arrivé et a tout démocratisé. Avant on se faisait insulter dans la rue, maintenant les gens viennent te remercier pour la couleur. C’est aussi beaucoup moins caillera qu’avant, c’est devenu un truc à la mode et ça attire un peu tout et n’importe quoi… pas mal de gens qui n’ont jamais touché une bombe de leur vie mais qui veulent t’apprendre ce qu’est le graffiti.. bref la peinture j’préfère en faire qu’en parler.

Crédit photo : Disek