ICE, l’un des pionniers du graffiti made in Réunion

Ice est l’un des pionniers du graffiti made in Réunion. Il revient sur ses souvenirs, ses débuts et ses projets.

C’est au début des années 90 que, collégien, Ice (NSK-SAPOAK-KARSOUNDSYTEM) découvre le graffiti. Il repère rapidement les tags et lettres du crew[1] JTC, Fleo, Skot, Espion, Spike, Kyzer, Odace et Sax. Et puis les graffitis des pionniers LSA, DCA, TDC, MMC, AEP, Karter et Reo dans les rues de Saint-Denis. Il rencontre JACE au bar « Le Rallye » au Barachois que tiennent son père et son frère, à l’occasion du renouvellement de la déco. « Nous sommes en 1992, se souvient Ice. Le Gouzou n’existe pas encore, Jace peint quelques décors de ville, de gros lettrages, des dégradés, des BBoys monstrueux pour l’époque… j’hallucine ! »

En 1995, année décisive, Ice se met réellement au graffiti et crée le crew NSK avec HOZEY (aka Dj Abuzor – Sapoak/Arakneed), DYOZE (aka Fish – Sapoak), MC et quelques autres dalons[2]. « Le crew a compté dans ses plus belles heures plus d’une vingtaine de membres, note Ice. »

Entre 1996 et 1997, les NSK s’allient aux OCB, ils peignent ensemble. Se forment alors les ALC 96/97. Selon lui : « les connexions se créent, les blazes[3] s’imprègnent sur les murs… la musique arrive. »

Est lancé le groupe de rap PCX en 1997 avec DODO, SIR, DEEJO & INTRO (aka Dj Fenom – KarsoundSystem), SEI & AROM. Le Hip Hop est en effervescence sur l’île. Après s’être embrouillés sur les murs avec les Kings de l’époque Eko&Konix (LSA), ils deviennent quasi-inséparables jusqu’au début des années 2000. Les OCB et les LSA s’associent régulièrement pour des fresques et sessions tags. De l’autre côté, Ice devient le backeur[4] sur scène d’Eko. Ce dernier a déjà à son actif un gros répertoire. Grâce à lui, il fait ses premières émissions, ses premières grosses scènes de rap et découvre le studio. Ils quitteront ensemble la Réunion fin 1999, pour tenter leur chance dans la musique.

Pourquoi le graffiti ?

ICE : Des lettres sur un mur, ça m’a tout de suite parlé ! Nous étions une poignée à la Réunion à connaître et à pratiquer le graffiti. Le tag, tout ça a créé un truc spécial. Indirectement ça m’a guidé vers mon métier actuel. Le graffiti a accompagné mes premiers pas de graphiste à Toulouse. J’ai d’abord réalisé des flyers pour des soirées électro dans la ville rose. Ramener le mur dans un espace défini, trouver les typographies, les fonds, les harmonies de couleurs… j’ai découvert mon métier comme ça.

J’ai surtout rencontré tout un tas de personnes qui sont devenus ma famille, mon cercle d’amis proches, des potes avec qui j’évolue depuis toutes ces années. On fait toujours du son ensemble et à l’occasion on peint un mur le dimanche. Mais j’ai surtout trouvé l’âme sœur grâce au graffiti !

Pourquoi avoir mis tout ça de côté ? Raconte-nous la transition du graffiti vers la promotion de la musique hip hop ?

ICE : La musique électronique, la DRUM & BASS !! J’ai mis tout ça de côté pour me plonger dans le mix, squatter les shops de vinyles et les soirées D&B à Toulouse où c’était la « capital of Jungle ». Je « zieute » toujours le dernier chrome sous un pont ou le plus gros tag bien placé des petits nouveaux.

L’âge et l’expérience aidant, la transition s’est faite naturellement. Je suis moins sur le terrain, mais maintenant je maîtrise plus le domaine. Avec de la motivation, en réactivant les réseaux et avec de la passion, le reste se fait tout seul ! DEZORDER est désormais créé.

Comment vois-tu l’évolution de la culture hip hop à la Réunion, depuis les années 1990 à aujourd’hui ?

ICE : Chaque discipline a tracé son chemin et a aujourd’hui sa place mais La Réunion a perdu cet esprit Hip Hop, ce délire de « moove rassembleur » qui a existé à une époque. Au début c’étaient les activistes qui fédéraient le mouvement lorsque tout le monde méconnaissait la démarche du Hip Hop. Il y avait vraiment du talent au commencement mais encore plus aujourd’hui dans la réalisation vidéo. Les beatmakers[5] ont évolué.

Côté rap : Pleins de projets rap sortent : compiles, albums solo, collectifs dans les bas ou en digital… Nous avons des artistes avec de vrais univers et pourtant ça n’a pas vraiment d’impact à l’extérieur de l’île et ça ne déchaîne pas non plus les foules sur le caillou. Il n’y a plus d’émulation : des événements qui sont organisés au compte-goutte, des idées récupérées qui ne fédèrent plus rien… Bref, on reste positif. C’est là qu’on doit s’activer et que tombe le concept de l’émission radio.

Côté danse : Les danseurs, j’ai suivi de loin, je danse très mal (rires) ! La scène est toujours bien vivante, elle s’est développée, s’est professionnalisée. Certains breakers[6] locaux se sont même exportés, participent à d’énormes projets, intègrent des compagnies de danse en métropole, enseignent leur discipline. De purs battles ont lieu aux quatre coins de l’île. Je pense même que c’est la discipline qui se porte toujours aussi bien à la Réunion ! C’est aussi par ce biais qu’est arrivé le Hip Hop ici, vers la fin des années 1980.

Côté graffiti : La scène locale graffiti a toujours été assez active, avec des périodes creuses. On reste sur une île, mais de manière générale, le graffiti à la Réunion s’est toujours bien porté. Chaque génération a apporté sa pierre à l’édifice. Les outils aussi ont facilité l’explosion de cette pratique. A partir des années 2000, les sprays ont commencé à tourner, les pièces sont devenues plus léchées. Les blocksletters[7] sont devenus géants, quelques gars « wanted » ont défrayé la chronique. Ensuite il y a eu l’arrivée de shops de bombes… et depuis c’est la fête !

DEZORDER

Parle-nous de ton émission hip hop « DEZORDER »

ICE : Ce projet est né avec Arom (avec qui je peins et rappe depuis mes débuts), Bouba, activiste bien connu du « moove » dans l’Est et le Nord et Dj Clint, un dj prometteur qui a déjà une belle technique et une sacré selecta US. On anime donc une fois par mois sur les ondes de Capital FM (90.2Mhz) l’émission DEZORDER. On essaye de faire mettre en avant un maximum de projets, de sons et d’artistes locaux via l’émission mais aussi via Facebook. On est passionné et on pratique cette culture depuis plus de 20 ans maintenant, il était temps qu’on propose notre média. Le but est de partager les « kiffs » musicaux de l’équipe, de jouer aussi la nouvelle génération et remettre en lumière le « moove local ».

Le mot de la fin ?

L’histoire continue !

En savoir plus sur l’émission DEZORDER, cliquez ici

[1]Communauté, un groupe de graffeur qui se réunit pour peindre ensemble.
[2] Mot issu du créole réunionnais : un camarade, un ami, un copain.
[3] Nom que l’artiste se donne.
[4] Nom tiré du verbe anglais To back (supporter, en version française), est le premier soutien vocal du rappeur lors des concerts. Grâce à sa maîtrise du répertoire du rappeur, le backeur (qui est très souvent un rappeur lui-même) est en première ligne en cas de perte de souffle ou d’incident technique de l’artiste sur scène.
[5] Un beatmaker est un compositeur de morceaux instrumentaux pour le hip-hop ou le RnB contemporain.
[6] Signifie un membre actif du mouvement hip-hop. Aussi appelé b-boy et b-girl.
[7] Graff au lettrage compact

3GC : « Un crew déjanté et mordu de graffiti »

Après avoir organisé de nombreux jams sauvages « Bordeaux sous les bombes », « Back to School », 3GC compte quinze membres actifs à ce jour. Déjantés et mordus de graffiti, ils ont créé en 2017 la première édition du Shake Well Festival à Bordeaux. Un crew motivé et motivant qui a encore plein d’énergie à revendre. GAMS répond à nos questions.

Qui sont les 3GC et d’où viennent-ils ?

Le collectif est originaire de l’ile de La Réunion (974) et a été fondé en 2005. Cependant au fil des années et des études de chacun, les membres fondateurs se sont expatriés aux 4 coins de la France et en Australie. Certains Bordelais et Montpelliérains nous ont rejoint en cours de route. Aujourd’hui l’équipe compte une quinzaine de membres actifs.

Que veut dire 3GC et quand est-ce que vous avez commencé à peindre tous ensemble (dans quel but) ?

3GC pour 3 Grammes dans le Cerveau, car en plus de cette passion pour la peinture, on a, pour la plupart, un faible pour la fête et la débauche. Nos grosses fresques familiales sont souvent accompagnées d’apéros et ça finit généralement à 3 grammes. Heureusement, avec l’âge cela se calme un peu. On a réuni les mecs qui était dans ce délire et on en a fait un crew ! (Rires) Le but étant de se retrouver autour d’une bonne biture/peinture/BBQ.

Pratiquez-vous toujours le vandale ?

Moins qu’au début mais certains acharnés sont toujours présents.

Quel a été votre mur/spot le plus dingue ?

Difficile de parler au nom de toutes l’équipe, mais des souvenirs comme la découverte de la Caserne Niel à Bordeaux (+ de 30 hectares) quasiment vierge ou encore les fresques géantes à plus de 50 graffeurs qu’organise KENZ dans le Verdançon à Montpellier chaque année sont des souvenirs qui resteront gravés à jamais dans nos esprits.

Vos influences ?

En plus des peintures que l’on pouvait voir dans nos quartiers respectifs, je pense qu’on est tous issu de cette « génération magazine » comme dirait les anciens. Les Gettin Fame, les Graff It, Graff Bombz, etc… Même si certains le nient par fierté, d’une manière ou d’une autre cela nous a influencé.

Vous avez fait partie en juillet 2017 de l’organisation du Shake Well Festival à Bordeaux, comment en vient-on à organiser un tel festival ? dans quelle optique ? quels ont été les retombés ? à quand le prochain ?

On était à la recherche de plus grandes surfaces d’expression pour nos propres fresques… On a commencé par répondre à un appel d’offre, en proposant à la ville d’exploiter des surfaces inoccupées. De fil en aiguille, l’occasion s’est présentée et au lieu de peindre ces surfaces par nous-même, on a décidé de faire partager cette passion avec le plus grand nombre et de créer le festival Shake Well.

C’est la consécration de plusieurs années à organiser des jams sauvages sur des grosses surfaces avec beaucoup de monde (Bordeaux sous les bombes, Back to School, etc..). Le but étant d’exploiter les friches et terrains vagues et de mettre en valeur le travail de chacun aux yeux de tous. On a eu la chance de bénéficier de cette « mode » avec le Street-art et c’est ce qui nous a permis de développer des événements de cette ampleur. On met tout en œuvre pour réaliser une édition chaque année et espère que cela continuera pour 2018 et les années suivantes.

Que pensez-vous de l’évolution du graffiti ? 

Je trouve intéressant que cet art sorte de l’underground et qu’il soit enfin reconnu, que les institutions lui donnent de la crédibilité. Cela permet aux artistes de se surpasser et de proposer des choses toujours plus impressionnantes. Il faut tout de même faire attention aux arrivistes et autres requins qui surfent sur la vague en ignorant les codes de cette culture.

Vos futurs projets ?

La 3ème édition du SHAKE WELL Festival prévu pour cet été.

avec dorms, moi,kems, gams, Mr wesh, seron, kenz, sabr, bros

Anecdote bon

us :  » Une des dernières en date est signée COLYR. Lors de l’organisation du SHAKE WELL 2017, devant le grand nombre de candidature que nous avons reçu, le manque de place disponible et le manque de matériel, COLYR, après un débat (et un apéro) houleux, est parti « débroussailler » à la voiture bélier une zone en friche que nous ne pensions pas utiliser car trop envahi par les ronces. Personne ne l’a vu faire car il a agi de nuit. On l’a retrouvé le matin, la voiture éclatée, le nez en sang… alors qu’on pensait qu’il était rentré dormir chez lui… cependant la zone était clean ! « 

Interview de Wash-ink

uc

A quel moment as-tu vu tes premiers tags et tes premiers graffs ?
Les premiers tags et graffs que j’ai vus c’étaient dans les magazines de skate que l’on achetait avec un ami vers l’âge de 10 ans. Vivant à la campagne, à part les marquages sur les arbres, il n’y avait pas grand chose. La culture graffiti de Paris est arrivée dans mes cahiers de cours au collège dans ma petite ville natale de Pontarlier par un nouvel ami fraîchement arrivé de Sarcelles. C’est avec lui que j’ai commencé à regarder mon environnement différemment.

Où as-tu peint la première fois ?
J’ai le souvenir de mon premier tag dans un skate park à Pontarlier et mon premier graff à Besançon dans une ruelle très tranquille.

Quel est ton pseudo depuis le début ?
Je n’ai jamais réussi à garder un blaze très longtemps, je me lasse très vite et heureusement car cela m’a évité de prendre pour les précédents. Je suis passé de PAL (Peace and Love) à MASKARAD, SW, PROZ, MOLUSK, S, WAK… jusqu’à WASH-INK aujourd’hui.

Qui as-tu croisé à tes débuts ?
J’ai croisé deux personnes en particulier qui m’ont marqué au début, BAR2 puis MASTIK deux graffeurs acharnés de Pontarlier et Paris qui m’ont beaucoup influencé.

As-tu peint des métros ou des trains en France ?
Non, je n’ai jamais peint de trains ou de métro, par méconnaissance du terrain, par peur et aussi par envie de toujours posséder mes graffs autour de moi, agrandir mon territoire en le maîtrisant.

Quels étaient les endroits où tu as peint à tes débuts ?
Les skate park, les souterrains, les rues, les bâtiments abandonnés, les cabanes dans les arbres, les chantiers, le tout toujours dans Pontarlier et sa campagne alentour.

Peux-tu nous parler de ton premier crew et de son histoire ?
Le premier crew a été The Wild Riders. Un mélange de skate, bmx et bombes de peinture. Le tout avec le petit logo approprié. Nous étions seulement deux et pas très productifs. Cela s’est vite arrêté car je suis resté au collège de Pontarlier et mon ami est parti à Besançon. Ce premier nom a très vite été remplacé par PPC. Power Painter Crew. Dans une dynamique plutôt humoristique, celui-ci prend en fait la forme qui nous plaît (P… P… C…). Composé à la base de PAL et BAD toujours d’actualité par WASH-INK et ATARAXIA, nous créons juste à quelques moments des fresques tous ensemble mais rien de très virulent. J’aime beaucoup créer seul ou avec des artistes qui n’ont pas de rapport direct avec le graff. Par exemple, je suis associé avec mon amie designer, et nous mêlons graffiti, vitrail et architecture. Des arts aux techniques différentes mais de fond quasi identique.

Quel est ton mur le plus fou ?
Le mur le plus fou que j’ai pu faire était un mur légal en dessous d’un château. Ce mur fait 45m de long sur 4m au plus haut. Le plus fou dans le sens où il est placé sur un axe où circule plus de 14 000 voitures par jour. Malgré le thème imposé j’ai eu beaucoup de liberté, ce qui m’a permis de faire passer des messages à caractère positif de manière attractive.

As-tu des influences ? Si oui, lesquelles ?
Des influences dans le graffiti mais pas que. Pour les plus connus dans le domaine du graffiti : WOSHE, DARE, OBEY, SKKI © … mais le graffiti est pour moi un moyen de communication énorme qui fait donc appel à la psychologie humaine. Je suis aussi passionné de développement personnel avec quelques auteurs comme Dale Carnegie, Zig Ziglar, Paul Watzlawick, Sénèque, Joseph Murphie, John Grinder, Richard Bandler…

Une envie folle que tu voudrais réaliser un jour ?
Le graffiti fait partie de mon quotidien, je vis en grande partie grâce à ça. Je fais très régulièrement des initiations, conférences, formations graffiti pour les jeunes, et je me rends compte à quel point le système scolaire ne permet pas aux jeunes de se développer convenablement. Leurs rêves, leurs projets sont balayés par de fausses croyances de la part de leurs ainés. Mes cours de graff sont en réalité plus des cours de sociologie où l’on apprend à se connaître et comment mieux s’adapter à son environnement. Donc mon envie folle serait de créer une école alternative similaire à Montessori ou d’autres pour apprendre à se développer personnellement et avec la société.

Peux-tu nous donner quelques anecdotes ou des événements bizarres qui te sont arrivés ?
– Se faire arrêter à seulement 100 mètres du poste de police par deux voitures. Opération musclée à 17 ans.
– Se faire offrir une exposition par la ville que j’avais tagué plus jeune. (Une belle preuve d’ouverture d’esprit).
– Voir des jeunes pleurer lors de forum des métiers quand ils me racontent que leurs parents ou professeurs leurs disent qu’ils ne pourront pas réaliser leurs rêves ou que celui-ci est stupide.
– Taguer une vache (en résine de taille réelle).
– Graffer une mairie. (Encore une belle preuve d’ouverture culturelle).
– Se faire voler une œuvre. Lors d’une exposition dans les rues de Dole : j’ai réalisé trois portraits de personnalités connues de la ville sur un format de 5m sur 3m. Quelques jours après la pose des toiles, celle de Hubert Félix Tiéfaine est déboulonnée du mur à 6m de haut, roulée et partie sous les bras des nouveaux acquéreurs. Côté positif, beaucoup de pub pour moi.
– Commande d’une fresque, puis demande de l’effacer par les services des bâtiments de France. (Toujours en débat)

A voir aussi : www.instagram.com/wash_ink

Interview d’Orbiane, présidente du SITIO

Superposition change de lieu et investit un plus grand espace. Peux-tu nous en dire plus ?
En seulement 2 ans Superposition s’est rapidement ancrée dans le paysage urbain Lyonnais. Les projets arrivent et l’équipe aspire à de nouvelles perspectives pour l’association. C’est pourquoi nous avons donc quitté notre petite galerie pour investir un espace plus grand de 230m², le SITIO, pour développer nos activités et proposer plusieurs formats d’activités accessibles pour les grands et les petits. Véritable lieu transdisciplinaire, il propose de nombreux rendez-vous culturels sur l’année avec des expositions éphémères toutes les 6 semaines, des ateliers, des concerts, des conférences ou encore des projections chaque mois. Se détendre, se restaurer, travailler, découvrir, admirer et participer seront les maîtres mots de SITIO où chacun pourra s’approprier ce lieu à sa manière. Ce lieu devient alors un nouveau terrain de jeu pour les petits et grands, un nouvel espace d’expression pour les artistes et un nouveau lieu culturel pour le public pour prévoir leurs prochaines sorties : les structures extérieures sont invitées à le faire vivre à travers sa privatisation ou de la co-organisation avec Superposition.
Pour débuter en beauté, Superposition donne la primeur à l’artiste POTER pour l’inauguration haute en couleurs de SITIO avec son exposition Twisted Shapes, le jeudi 01 février !

Peux-tu nous présenter l’Urban Art Jungle Festival ?
Organisé par Superposition, l’Urban Art Jungle est le festival des cultures urbaines à Lyon ! Notre jungle urbaine fait son grand retour avec une quatrième édition les 23, 24 et 25 février 2018 dans les bâtiments du Croiseur. Trois jours et deux nuits sont consacrés aux arts urbains sous de nombreuses formes d’expression. Superposition invite plus de 100 acteurs culturels avec une programmation pointue, accessible et ludique animée par des artistes plasticiens, musiciens, performeurs et des créateurs.
Nous proposons au public une programmation plastique en journée avec des expositions, des live-paintings, la tribu des créateurs, des ateliers participatifs et un parcours d’expositions. Le public pourra également profiter d’une programmation musicale de nuit avec les plus beaux représentants de la scène musicale locale et nationale.Des foodtrucks seront aussi présents pour régaler les papilles des visiteurs.
L’Urban Art Jungle Festival est l’occasion de casser les barrières et favoriser les dialogues entre le public et les artistes et de démocratiser l’art au plus grand nombre !

Des nouveautés pour cette nouvelle édition ?
Parce qu’à chaque édition, Superposition souhaite surprendre et émerveiller le public, l’Urban Art Jungle apporte sa dose de nouveautés. Notamment avec un espace de 300m² supplémentaires sur 2 niveaux pour créer un véritable parcours artistique. Le public pourra alors découvrir des expositions, des murs peints et participer à des ateliers. La programmation est également enrichie par des conférences et des projections thématiques ainsi que des représentations de théâtre et des shows de breakdance pour découvrir les cultures urbaines par d’autres médiums.

Quelle est la place du graffiti dans ce festival ?
Le graffiti fait partie à part entière des cultures urbaines c’est pourquoi nous accordons une place importante au street-art avec de belles expositions et de nombreux live-paintings en solo ou en collaboration sur les 3 jours. Notre programmation regroupe des artistes graffeurs qui nous suivent depuis les débuts comme WENC, Sphinx ou encore Monsieur Zéro. Nous avons aussi à cœur de mettre en lumière de nouveaux talents en devenir tels que J.Personne, Quetzilla et M.Dangelo pour enrichir notre programmation.

Un dernier mot ?
Restez aux aguets, Superposition regorge d’idée et vous réserve d’autres surprises ! Au mois de mai, nous allons organiser la deuxième édition de Ruelles, festival dédié à la place de la femme dans la société, la culture et l’art.
L’année 2018 s’annonce créative !
Si vous avez une idée ou un projet, n’hésitez pas à nous contacter : contact.superposition@gmail.com

Interview de L’amour court les rues

Qui es-tu ?
Je m’appelle Wilfrid aka L’amour court les rues. En 2014, par une simple écriture au Posca, j’ai gueuta un : L’amour court les rues ! Puis, il y a eu Charlie, les attentats, le Bataclan etc… J’avais pas de roses mais une planche avec mon slogan à déposer. Il est aujourd’hui un des leitmotiv des attentats au Bataclan : j’ai presque fait toutes les chaînes TV pour les 2 ans… Ce message offre un souffle, comme le disent les gens : « c’est un joli message d’espoir ». Vous êtes nécessairement passé à côte d’un de mes L’amour court les rues et vous êtes nombreux à l’avoir en photo sur vos smartphones
(sourire) et plus de 7000 à le poster #lamourcourtlesrues sur instagram.

A quel moment as-tu rencontrer l’art dans la rue ?
J’étais photographe de mode et le hasard de la vie a fait que mon premier job en 1991 était la réalisation de la pochette du premier album du groupe NTM « Authentik ». T’imagines que j’ai rencontré et côtoyé tous les précurseurs de cette émergence du Rap parisien et du 93 avec notamment les graffeurs Mode 2, Kay 1, Noé 2, Jonone, etc…

Est-ce que cela t’as donné envie de faire la même chose ?
C’est l’encre, le fait de pouvoir le faire en plein jour comme de
nuit ! De voir les gens me féliciter !

Est un passage obligé dans ta création artistique ?
Ma mission est citoyenne.

Peux tu nous expliquer ta pratique et nous en dire un peu plus sur les techniques que tu mets en œuvre pour créer ?
J’ai toujours sur moi deux ou trois MOLOTOW de couleur noir et rouge. Je me déplace quasiment qu’à pied, je peux faire entre 10 et 15 km par jour. Dans la rue, je m’attaque surtout aux encombrants et ce qui m’amuse, c’est de voir à quelle vitesse je me fais embarquer une planche signée L’amour court les rues ! Ça en devient presque écologique (rires) : les gens découpent même les matelas pour récupérer mon slogan. Je m’amuse à geuta les passages à niveaux et ça fonction grave : il n’y a qu’à voir sur mon Insta le nombre de personnes photographiant leurs chaussures à coté de mon tag.

Que penses-tu du graffiti ?
Je ne viens pas du graffiti mais du geuta. A mon avis, le message est plus important que la forme pour moi. La façon de gueta est peu importante, ce qui est important, c’est comment le reçoivent les gens. De plus, ils aiment généralement mon lettrage.

La médiatisation importante du street art depuis quelques années te semble-t-elle bénéfique ou pas ?
Pour ma part, c’est triste, mais tous les ans je suis médiatisé dans les différents journaux télévisés comme TF1, BFM, M6 et je t’en passe ! A la base je venais me recueillir… Au lieu de déposer une rose, j’ai déposé une planche L’amour court les rues trouvée dans la rue sur le chemin…

As-tu montré ton art à l’étranger ?
Pas encore, mais je rêverais de faire un partenariat avec une marque de runner telle que Nike et couvrir toutes les villes d’Europe pour commencer… J’ai tout de même des t-shirts, quelques encombrants et autres autocollants Hello my name is L’amour court les rue qui se baladent tout autour du monde. Je collabore depuis peu avec un styliste
de New York pour qui je customise des vestes L’amour court les rues (à suivre).

As-tu exposé en galerie ?
C’est surtout les bars et les restaurants qui me proposent d’exposer, quand ils ne me demandent pas directement de geuta un L’amour court les rues sur leurs murs. Même les particuliers me passent de telles commandes. j’ai dernièrement vendu aux enchères une planche L’amour court les rues au profit d’une école, mais très bientôt j’exposerai dans une galerie à Montmartre.

Est-ce que tu vis de ton art ?
Je suis surtout récompensé tous les jours d’un sourire ou d’un remercient. Après j’imprime à la demande des t-shirts quand on me demande.

Peux tu nous donner quelques anecdotes qui te sont arrivés ?
Waoww ! Il m’arrive des trucs de fou tous les jours ! Je geuta quotidiennement devant tout le monde, je ne me cache pas et contrairement aux autres tagueurs tout le monde me félicite du genre : « ah, c’est vous ? », « Enfin un visage sur l’auteur de ce tag » « Merci », « Ça fait plaisir »… C’est juste hallucinant l’impact de ce message sur les gens.

L’anecdote la plus sympa c’est certainement le jour où je me suis fait griller par la police en voiture en train de taguer. Deux policiers étaient derrière moi, l’un d’eux me dit : « Bonsoir monsieur » puis il lit mon tag sur un matelas et me félicite ! On se serre la main, je prends même le temps d’offrir à chacun des policiers un sticker I love L’amour court les rues, je leur fais même un five ! En retournant à leur véhicule l’un d’eux me dit : « Bonne continuation », puis me lâche un post sur mon Insta  » Merci pour la dédicace. Petite rencontre sympa « .

Sinon, quand je passe avec mon t-shirt on me court après pour me demander où je l’ai eu. Une affiche dans la rue se retrouve en Belgique à Liège exposée au musée de la vie Wallone. Un commerçant me raconte qu’un passant lui a demandé un tourne-vis pour dévisser une table pliante où était inscrit L’amour court les rues. Fauve Hautot a arboré mon t-shirt à l’émission « Dance avec les stars » sur TF1 en prime time !

Un dernier mot.
L’amour n’est pas mort.

Photographies : 2018 © DR