Take some Italian colors with Lady Nina

Between a Milanese loop and a slice of watermelon, we met Lady Nina in Rome. For the rest of the world confined to his country, the airports closed, she draws rainbows for us and it would take very little to dive into the Trevise fountain.

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Hello Nina TDS, you are born in 1981, and you live in Rome. How did you start painting in 2000?
With friends from my neighborhood in the street, I have stopped after a couple of years.

Why choose Nina?
The choice of my tag comes from the passion for cartoons and comics. Nina is a character from Hiroshi Sasagawa from 1976.

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You drawing before?
Since my 7 or 8 years, I was drawing. I ranged from the acrylic technique to the watercolor technique; I experimented a little with all types. I draw portraits, animals, and people. Now my favorite subject is women because it is more stimulating and fun.

What did you study?
Photography, since 2005 I make shooting and reportage.

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Why choose writing?
Because they are the only thing that makes me feel myself. I’m in peace when I paint, it is a moment that I live to feel good about myself and my love for graffiti.

You start by drawing letters and only letters or characters too?
About graffiti, I started drawing only letters, and about the characters, I started later to insert them in my sketches in 2008. I always wanted to insert them, that complete the sketch as I like it. 

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What are you looking for when you paint?
The evolution and to develop my technical skills to the fullest now.

They are many girls to paint in Roma? Italia?
Compared to when I started there are more.

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It’s pretty « macho », right? How people greeted you in the writing scene?
The graffiti environment is 80% masculine and there is a very male-dominated part. I have a good relationship with the people I made friends with. Let’s say that in the scene I sweated a lot to have credibility and the key is how to give my best in all environments.

Why do you think there are so many men and so few women?
Because a masculine environment is not easy to deal with.

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The Italians are reputed very « macho », do you think that in the northern countries it would have been different?
I think no.

Have you ever had reactions because you are a girl: for example, Sany PUFF shows in his film Girl Power inscriptions on his graffiti type « go back to the kitchen »?
Sany makes a different kind of graffiti than me, respects his work.

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Sany explains it is maybe because the mentality in east countries is not the same, maybe over there. The place of a woman is more than in the kitchen than the street for the bombing. Does painting for a girl, no matter where she comes from, can be a kind of empowerment?
I think every woman is well in a place where it’s better. I love staying in the kitchen but also painting in the street or any other place.

What are your favorite supports?
Now, I like the wall of abandoned seats, and before I like the street too.

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What kind of other support do you use?
Any support I like, canvas, street signs, pizza box, maps.

You make exhibitions?
Yes, I make artwork for famous companies like Fendi, Asics, Redbull.

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What are your projects?
I am currently working on a publishing project and a social one.

You have a word for the end?
Give the best always.

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Mefians Ink

Depuis quelques temps le marché des encres accueille une nouvelle venue, la Mefians, noire ou violette, elle est hard-to-buff. Nous sommes partis à la rencontre de son créateur afin d’en savoir plus. Et nous de notre côté, nous attendons impatiemment des teintures de toutes les couleurs en édition limitée.

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Mefians Website

Hello Mefians, peux-tu présenter qui se cache derrière ces flacons d’encre noire et de teinture violette qui envahissent le paysage du marché des encres et teintures, ou bien tu préfères être l’homme de l’ombre qui reste dans l’ombre de son encre étincelante ?
J’ai commencé par le graffiti vandal en 1989, trains, rues… A l’époque il n’y avait pas d’encre puis dans les années 90 est arrivée la fameuse “Corio Meleine”, que j’allais acheter à Paris quartier Belleville dans une petite boutique (l’entreprise Noury si mes souvenirs sont bons). Le but de tous les tagueurs est de laisser un spectre après son passage, c’est pourquoi j’ai décidé dans les années 90 de tout mettre en œuvre pour obtenir une encre potable. Pendant des années j’ai tout testé (enfin je pense), fait des mélanges improbables, teintures en tout genre, produits de nettoyage industriels, encres, tous les solvants possibles et imaginables, produits inflammables, nocifs, pigments de toutes sortes et de toutes origines : sel poivre, ail, oignons et fines herbes… (rires) D’où le surnom de tonton le chimiste qui m’a été attribué, sans jamais avoir le résultat tant espéré. Grâce à mon courage, ma force, mon énergie, ma ténacité et 80 % de chance, j’ai enfin obtenu une potion qui s’avère ne pas être du jus de chaussettes.

Depuis quand existe Mefians ?
La marque Mefians a officiellement vu le jour en 2015, mais la sérigraphie et les potions ont toujours fait partie de ma vie.

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Mefians Website

Pourquoi choisir ce nom ?
La marque Mefians est un clin d’oeil à mon ami d’enfance Keag et sa phrase emblématique “ai confiance en la méfiance”.

Est-ce toi qui a créé le design des étiquettes de tes flacons ?
Non, ce n’est pas moi qui a créé les logos (je suis un piètre informaticien), pour cela j’ai demandé à mon ami que je remercie beaucoup Just A31 car il m’est indispensable dans la conception des logos et des stickers, l’infographie en général.

Pourquoi choisir ce design ?
C’est avec Just que nous avons élaboré ce logo simple et efficace qui pour moi reflète l’esprit de la marque.

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Mefians Intagram

Alors ton slogan c’est hard to buff, elle est vraiment difficile à effacer ton encre ?
Après plusieurs années d’essais infructueux et les retours positifs de mes clients (voir photos sur mon instagram @mefians  – ajoutez-moi si ce n’est pas déjà fait) je pense avoir un bon produit qui satisfait les utilisateurs.

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Spectre de Peshe

Qu’est-ce qui t’a motivé à créer une marque d’encre et de teinture ?
J’ai toujours baigné dans l’encre (rires) et toutes les conneries annexes. Je faisais tourner mes potions aux potos (KEAG, SKEO (BP), DISEK, PROMO, COMER, LE H (RCA), REIZ et j’en oublie peut-être. Je me suis dit pourquoi ne pas en faire profiter le milieu car il y avait de la demande. A l’époque j’aurais aimé trouver ce genre de produit sur le marché.

Peux-tu nous dire quelle différence existe-t-il entre encre et teinture ?
L’encre c’est de l’encre, la teinture c’est de la teinture.

Peux-tu nous raconter comment cette aventure a commencé ?
Mefians n’est pas une aventure, c’est ma vie.

Tu proposes sur ton site des packs composé d’encre, de stickers, de tote bag, ça a l’air très attrayant, c’est important pour toi de proposer des packs et des packs en série limité?
J’ai plein d’idées qui bouillonnent dans ma tête, c’est pourquoi je sors régulièrement de nouveaux packs qui je l’espère feront le bonheur de chacun et j’aime diversifier la gamme de mes produits afin que chacun y trouve chaussure à son pied. C’est pour cela que mes produits sont en série limitée (casquettes, t-shirts…).

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Mefians Website

On trouve aussi des vêtements Mefians, c’est important pour toi d’investir le secteur du street wear ?
A la base Mefians, c’était des vêtements street wear mais comme je l’ai dit précédemment j’avais une forte demande d’encre en parallèle, c’est pourquoi je me suis lancé dans sa commercialisation tout en continuant de proposer divers articles ( casquettes, t-shirts, bonnets, sacoches …)

Tu produis de l’encre, des stickers, des vêtements, comment envisages-tu d’étendre tes activités ?
Je n’envisage pas pour le moment d’étendre mon activité, je sortirai de temps en temps de nouvelles séries de t-shirts et différents packs.

rasko mefiansRasko Vandal YouTube

On note aussi une collaboration avec Spark sur des t-shirts, comment s’est passé la rencontre ?
J’ai contacté SPARK via les réseaux sociaux car il est pour moi un des activistes représentatif du graffiti vandal de la scène parisienne du moment (tags) et je lui ai proposé un partenariat pour une série de t-shirts.

As-tu d’autres projets de collaboration à venir ?
Je vis au jour le jour, seul l’avenir nous le dira. Je n’ai pas de collab’ à venir pour le moment, ça ne fait qu’un an que je commercialise mon breuvage et je pense déjà avoir eu beaucoup de chance de rencontrer autant de monde en si peu de temps mais je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin.

Tu viens d’organiser un battle avec le mot mefians sur ton instagram, peut-on s’attendre à de futur evenements de ce type ou autre ?
Pourquoi pas, j’ai eu beaucoup de retours positifs : ça a plu à beaucoup de personnes et j’ai reçu de magnifiques sketchs ; ça m’a vraiment fait plaisir, c’est très motivant pour la suite.

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Dessin de High5 publié sur Mefians Instagram

As-tu un mot ou deux pour la fin ?
Très important pour moi, je tiens à remercier les personnes qui m’ont ouvert les portes et appris les vrais codes du milieu graffiti car pour ceux qui ne le savent pas je ne suis pas du tout de Paris, j’habite une petite bourgade de Normandie, où il y a plus de vaches que d’habitants dixit KEAG.

Les maîtres des clés : KEAG – MATO (sda) – FLP – FINT – SEZAM – IKO – SORE – REIZ – COMER – SKEO (bp) – LE H (rca) – SEYM – ADEK, qui m’ont inculqué les vraies valeurs, les codes.
Un gros big up à SAYNE (a31 asn) qui m’a permis de rencontrer les meilleurs graffiti artistes de mon département, d’où la fabuleuse rencontre avec JUST (important dans la conception de Mefians).
Mes ambassadeurs qui m’accompagnent dans l’évolution et promotion de ma marque : LADY K (156) – SKEO (bp) – HIGH 5 (opc) – SPARK (xit) – PSYCKOSE (156) – DYSTUR (156) – KREVET – DION (tpk) – FLASK (ko) et tout récemment RASKO.

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Mefians Website

Tous les shops qui m’ont fait confiance : SPRAYER (Paris) – MONTANA (Marseille) – STREET CONTROL (Nantes) – LINE 2 LINE SHOP (Australie).

Sans oublier : KLEAB – MERLIN – DAER – YO ONE – NEST – WALOU (rip) – ECSPO – NAZE – IDEM – CASE – TONUS – SKEEZ – XANE – WHAT – LEK – VISION – LOST – SKAME – WEB – ZEST – DAGE – FIANE – BLOCK – OKONE – KENY – DIZER – SOME – KOM (f2m) – YUM – CYKCE – KADE – COLA – AKETO – DERO – SOLIE – PESHE – DGEE – PEYSA – PESA – INOV – ICE – OVOID – DOLA – REGN – RABZ – XOER – SHOK – SHAK… désolé pour ceux que j’ai oublié.
A ma femme qui me supporte dans les bons et mauvais moments, qui m’épaule au quotidien (la pauvre).

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Rasko Vandal YouTube

Credit Photos : 2020 © Mefians
Website : https://www.mefians.com/

Time for Art

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Time for Art has been organizing street events in different cities in Russia since 2013, to the delight of street art lovers. We went to meet them.

Hello, Can you tell us about Time For art a few words?
The idea of « Time for Art » is to show the works of street artists. Artists meet to communicate with others, exchange experiences, and, of course, demonstrate their work. The event contains all styles of graffiti, here are works of artists from the Russian street art industry. The project has existed for more than a year and has been showing its worth to this day. « Time for Art » is a unique and spectacular event in Russian contemporary art. Each event provides a demonstration and educational program. The educational program includes master classes, « sketch battles », competitions for children and guests of the exhibition, and the demonstration part presents art objects, illustrations, canvases, posters, and stencils.
The « Time for Art » project promotes capacity-building and experience exchange between artists from different regions of the country. The project affects the cultural level of people, increasing interest in modern art, and forming a positive opinion about graffiti and street art nationwide.

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How many years have you organized an event in Russia?
The first exhibition has held in Moscow in 2013 at the sugar factory. For 7 years, the project shows more and more new works, new faces and introduces the most sophisticated modern audience with the works of professional and young artists. At present 27 events have already been organized, which more than 500 artists took part from all over Russia.

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Where has this already happened and where will it be this year?
The « Time for Art » project took place in major cities of Russia: Moscow, Saint Petersburg, Rostov-on-don, Krasnodar, Sochi, Smolensk, and also visited Belarus in Minsk. In 2019, the project was invited to China. In September 2020, our team will organize a street art festival in Yaroslavl, Russia. There will be an exhibition and decoration of building facades. Festival will be organized in six districts of Yaroslavl with a total area of 1500 m2. The « Time for Art » project promotes the development of the potential and exchange of artists’ experience from different regions of the country, affects the cultural level of people, increasing with a total area of 1,500 m2.

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The viewer can feel the other side of street life.

Why this city?
In 2020, it will be the anniversary of Yaroslavl, the city is 1010 years old. The festival is dedicated to Russian culture, so the city was selected as the capital of the « Golden ring ». The Golden Ring of Russia is a tourist route that passes through cities that have preserved unique monuments of Russian history and culture.

How did the authorities get this project?
The state authorities supported the holding of this festival because decorated facades will improve and emphasize the uniqueness of the urban style of each district of the city.

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Do you think it could be a tourist attraction?
Facades of buildings with portraits of famous figures, made by street art artists, in the districts of Yaroslavl will become a tourist attraction because each work can show you the history of Russia.

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Do you know who will take part in the festival?
It will be a sketch contest for participation in the festival. Any artist can submit an application to participate in the competition. The exhibition will present works by famous artists from different regions of the country. Graffiti artists from 11 Russian cities are invited to participate in the festival. The Festival will be held for more than 8000 people.

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Do you prefer people who write letters, or rather symbols, maybe you try to mix them up?
Street art is the work of young people, thinking and often protesting authors. The ideology of graffiti is freedom of creativity. Each artist creates works according to their own rules. The main idea of the project is to unite artists who started their author’s statements on the streets in different styles.

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The ideology of graffiti is freedom of creativity.

Why do we organize events?
The concept of the project based on a dialogue between the viewer and the author with his own unique history of becoming from a novice « writer » to a professional artist. The dialogue with the audience on the project goes through the exposition and organized master classes and lectures, which allows you to demonstrate the skill and experience that was acquired exclusively on the street. The organization of events is attracted by the concentration of collective energy when strangers participate in the same project and exchanging their experience and knowledge. The viewer can feel the other side of street life.

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Website: https://eng.timeforart.ru/
Photographies: 2020 © timeforart

Entretien avec Fleur Cozic

Où nous entraîne Fleur Cozic quand elle peint ? Ailleurs, loin, dans un univers fantasmagorique où ses huiles empruntent à la poésie leurs traces, est la réponse. C’est à pas de loup que nous entrons dans un monde intérieur loin de la surface, un endroit magique qui nous berce de ses délicates touches, comme un morceau de Chopin joué sur le quart-de-queue de notre imaginaire. Les peintures de Fleur Cozic sont définitivement ces porte-au-loin empruntés à l’univers de Joanne K. Rowling. 

Hommage à Monet, 2019, technique mixte sur toile, 50 x 61 cm

Hello Fleur, peux tu te présenter ?
Bonjour Lady K, mes origines sont bretonnes, mon cœur est resté en Bretagne où je suis née il y a 39 ans. Je vis à Paris depuis 19 ans bientôt, j’y ai fait mes études d’histoire de l’art, puis je suis restée, malgré moi, pour le travail. Je ne peux pas regretter mon choix car aujourd’hui je travaille pour un artiste-peintre, Jonone, qui est exceptionnel tant du point de vue artistique qu’humain.

Peux-tu nous raconter comment as-tu commencé à peindre ?
J’ai commencé à dessiner à l’encre, sur papier, dans ma jeunesse. J’ai poursuivi ensuite en arrivant à Paris. Je vivais dans un studio donc la place me manquait. J’ai alors pris l’initiative de peindre ensuite à l’huile sur des toiles du même format (format raisin) avec pour seules bases du bleu, du blanc et du noir. Je faisais des mélanges sans cesse, pour tenter d’obtenir différentes teintes. Mes premières toiles ont donc toutes le même format et la même « base ». Ensuite,  j’ai pu acheter plus de matériel, de plus grands formats n’étant plus étudiante, ayant déménagé aussi, j’ai eu les moyens de développer davantage ma technique. Depuis toujours j’essaie de développer le même style de peinture : les paysages, en essayant d’en créer de nouveaux en fonction de ce que je vois ou rêve la nuit, parfois à la lisière de l’abstraction.

Roseaux, 2019, technique mixte sur toile, 65 x 92 cm

Que recherches-tu quand tu peins ?
Ma plus belle peinture serait le paysage qui m’effraie mais qui m’aimante. Voici ce que je recherche : un paysage chaotique par l’atmosphère mais apaisant par certaines touches, effrayant par les teintes mais sécurisant dans lequel j’aimerais être. Avoir sous mes yeux, pouvoir toucher, sentir.

C’est intéressant, pourquoi chercher ce contraste ?
Peut-être qu’inconsciemment je recherche les teintes sombres que je peux voir l’hiver en Bretagne au bord de la mer, et malgré ce déchaînement, je trouve le paysage apaisant, sécurisant, sublime.

Sérénité, 2018, technique mixte sur toile, 46 x 65 cm

Quels sont les artistes qui t’inspirent ?
L’artiste pour lequel je porte une admiration sans bornes est Anselm Kiefer, qui est pour moi le plus grand artiste vivant. Pour ses oeuvres monumentales, sa façon de maltraiter les supports pour mieux les sublimer, sa constante recherche dans sa démarche artistique, sa capacité à associer peinture et sculpture dans une même oeuvre. Malgré un chaos visible de prime abord, ses oeuvres sont poétiques, méticuleuses, réfléchies. Ensuite viennent Hans Hartung, Bernard Buffet, Soulages pour le geste. Van Gogh, Monet, Turner, Friedrich, Rembrandt pour leur paysages si différents, et pourtant si proches dans le ressenti d’une nuit étoilée, torturée, pour la capacité à transposer la solitude et la mélancolie d’un paysage. Mon dernier coup de cœur pictural a été en décembre lorsque je suis allée en Pologne voir le Panorama de Racławicka.

Tu peins des paysages et tu vis en ville, peut-on penser que tu es en recherche de quelque chose qui a disparu dans nos villes ?
Non, je ne dirais pas ça. Habiter en ville n’est pas inconciliable pour se créer un autre univers. Chacun se forge dans son esprit les paysages qu’il souhaite voir de par son passé et son présent. Je souhaite que mes toiles invitent à la paréidolie.

17-08-29, 2018, technique mixte sur toile, 54 x 65 cm

Tu donnes des noms qui sont remplis de poésie à tes oeuvres, c’est important pour toi le titre ? 
Le titre est très important oui, pour mes oeuvres et mes expositions. Ma première expo en octobre 2018, avait pour titre E105 ; E pour exposition, 105 car ma Mamie aurait eu 105 ans le 13 octobre. La veille j’avais fait un petit vernissage. Toutes mes toiles avaient pour titre la date de naissance de personnes qui me sont chères. La deuxième en juin 2019, s’intitulait Melancholia en hommage à une des expositions d’Anselm Kiefer et c’était aussi un clin d’oeil à La Nausée de Sartre. Certains des titres de mes toiles sont en latin.

Le choix des titres oriente la paréidolie du spectateur, ou encore là où tu veux l’entraîner ?
Auparavant non. Par exemple, pour les titres qui portaient des dates de naissance, j’ai essayé de faire en fonction des goûts et de la personnalité de chaque personne. Pour les titres en latin, je souhaitais quelque chose de court et en rapport avec ce que je voyais de prime abord. Lors de ma première exposition, plusieurs personnes ont vu des choses différentes ou non dans mes tableaux, que je n’avais pas vues.
J’ai donc essayé de prendre du recul entre ce que je voyais et ce que le spectateur pourrait voir. L’oeuvre intitulée Hommage à Monet pourrait être un bel exemple, plusieurs jours après l’avoir peinte, j’ai retourné la toile et j’y ai vu des Nymphéas. Avant ma deuxième exposition, j’ai fait la sélection avec une proche, une des toiles était très abstraite pour moi,  alors qu’elle a tout de suite vu un visage que moi-même je n’avais pas vu, d’où le titre : Portrait de Femme

Abysses, 2019, technique mixte sur toile, 54 x 81 cm

E105 est aussi le nom d’un colorant alimentaire, le jaune solide, est-ce que cette corrélation ajoute du sens à ton choix ?
Ahahahahahah …!  non !

Est-ce que travailler avec Jonone influe sur ton travail ?
Non, je ne pense pas, même inconsciemment. Nos domaines picturaux sont diamétralement opposés. La seule chose qui pourrait nous rapprocher est que Jonone tend vers l’abstraction et j’ai l’impression que moi aussi.

Pluie Noire, 2019, technique mixte sur toile, 65 x 92 cm

As-tu des projets à venir ?
Oui, faire une troisième exposition qui était prévue du 4 au 17 mai à l’Espace Oppidum. Elle est pour le moment repoussée, elle s’intitulera Abîmes. Ensuite j’aimerais davantage diffuser ma peinture. J’espère que tout ce qui était en place avant le confinement aura lieu.

Pourquoi avoir choisi ce titre ? 
J’ai choisi ce titre pour amener le spectateur à aller voir au-delà de la matière. Je me suis faite prendre au jeu des spectateurs !

Taïga, 2019, technique mixte sur toile, 73 x 92 cm

Abîme ça m’évoque les profondeurs, tu parles d’aller au delà de la surface dans ta dernière réponse, est-ce que ce sont comme des paysages intérieurs ? 
J’aimerais que le spectateur aille voir au-delà de ce que la toile peut représenter en “surface”. J’aimerais pouvoir faire voyager les personnes qui regardent et regarderont mes toiles. La pire chose qui puisse arriver quand on peint est de savoir que le spectateur est lassé par ce qu’il voit. J’aime aussi l’idée que certaines de mes toiles puissent avoir deux sens de lecture, en les retournant.

Finalement quand tu peins, tu veux prendre le spectateur par le bout des neurones pour le faire voyager tout en restant dans son salon. Ca doit être très agréable d’avoir une toile de toi chez soi ! Quels sont les retours des collectionneurs justement ?
Merci Lady. K, J’aimerais atteindre ce but. Oui pour le moment mes collectionneurs ont l’air satisfait de leurs choix. Certains m’ont acheté deux, trois toiles, quelques-uns m’ont envoyé des photos in situ. Je trouve cette démarche très sympa de leur part car j’éprouve encore de la nostalgie à voir partir mes toiles. Je ne sais pas ce qu’elles sont toutes devenues, ça fait partie de cette belle aventure. Parfois je me dis : “peut-être que celle-ci ou celle-là je le reverrai dans quelques années ou plus jamais”.

Ab Extra, 2019, technique mixte sur toile, 73 x 100 cm

Merci pour cette belle interview pleine de poésie, Fleur. 

Interview de Seyb

_MG_6608Un membre des TOP moins connu mais qui peint toujours et avec un réel talent. Une rencontre qui nous plonge dans les premières heures du graffiti français mais aussi dans la scène parisienne actuelle.

Quelle est ton occupation artistique principale et comment fais-tu pour associer le graffiti avec ta vie de tous les jours ?
Depuis 2000, je me suis professionnalisé : je me suis inscrit à la maison des artistes, aux impôts, à l’ADAGP où j’ai déposé mon nom. En fin de compte, j’ai eu une opportunité en 2000 pour travailler avec TF1 sur le Big deal et, pour le coup, j’ai monté une équipe.

As-tu créé le logo de cette émission ?
Oui ! On a retravaillé pour eux en 2003… Je travaillais avec des personnes que je ne vais pas citer et on s’est dit pourquoi pas, il y a des possibilités, on va se professionnaliser et on va peut-être monter des choses, des projets… C’est à partir de cette optique-là que je me suis mis davantage à faire de la décoration, à me mettre dans les fonds et, peut-être même, à m’éloigner à vrai dire un peu du graffiti dit classique pour amener un petit plus en fin de compte, des choses qui existent déjà dans la BD.

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Te sens-tu proche des muralistes ?
Voilà ! Je m’oriente en effet plus vers le muralisme que le graffiti dit classique. Maintenant, je réalise beaucoup de décoration, des commandes, des choses comme ça mais rien ne m’empêche encore – et heureusement pour moi parce que ça reste une passion avant tout – de faire des murs dans la rue, pas forcément payés et sans autorisation non plus.

Cette pratique récente a-t-elle modifié ton approche du graffiti à l’ancienne ?
Oui, complètement ! C’est pour ça que je te disais que je m’éloigne un peu du graffiti parce que je suis honnête avec moi-même. Quand on intègre un peu de lettrages dans le graffiti, on essaie de l’intégrer dans un décor qui ne prenne pas forcément une ampleur parce que ce n’est pas vendeur quelque part… C’est la difficulté, justement ! Quand tu dois rencontrer des responsables de sociétés, les collectivités ou monter des projets avec des commandes publiques, des choses comme ça, il y a toujours en fin de compte des préjugés sur le graffiti : jeunes de banlieue, violence, c’est agressif… J’essaie de montrer un autre aspect.

26011_1406286324992_7293054_nExplique-nous comment tu passes du papier au mur ?
C’est une grosse préparation en amont… Comme tu as pu le remarquer, je ne peins pas non plus avec beaucoup de gens : la difficulté, elle est là aussi ! C’est de trouver une ambiance, une atmosphère et, en fin de compte, la différence qu’il y a entre les gens ça se retrouve aussi sur le mur. Donc pour avoir une harmonie visuelle entre les deux artistes ou plus, c’est la difficulté parce qu’il y a l’ego qui entre en jeu. Il faut vraiment bien tout poser en amont, tranquillement.

Es-tu le chef d’orchestre ?
C’est selon les commandes ! Je pars dans une direction selon ce que l’on va me dire et les couleurs qu’on m’impose puis je vais leur proposer quelque chose qui me tient à cœur.

Où puises-tu inspiration ?
La peinture traditionnelle, les illustrateurs, la BD, les jeux vidéos énormément, les films aussi ! Tout ça, c’est une source d’inspiration pour moi parce que je suis autodidacte, donc je n’ai pas eu une formation dans une école dite classique. Il a fallu que j’apprenne les choses par moi-même.

Peux-tu nous parler du moment où tu prépares ton sketch ?
Je dessine un visuel puis je le modifie selon l’échelle du mur et, à partir de là, je choisis aussi les gammes de couleur, c’est très important. Selon les artistes qu’il y a sur le mur avec moi, on se partage le travail à effectuer. Par exemple, je vais travailler l’arrière-plan, une autre personne va travailler les premiers plans puis on va se mélanger. Il va venir travailler un peu sur l’arrière-plan et moi sur ses premiers plans, comme ça il y a une vraie symbiose.

Avec qui as-tu le plus travaillé ces dernières années ?
J’ai commencé au départ avec Tworode. On a travaillé un peu avec les P19. Tworode est complet, c’est un artiste à part entière et il m’a apporté aussi beaucoup de choses. Ensuite, j’ai rencontré Shadow avec qui j’ai travaillé énormément aussi, il m’a apporté aussi beaucoup de choses. Récemment, j’ai rencontré Alex, même si on se connaissait depuis un certain temps on n’avait jamais vraiment pris l’initiative de faire un mur vraiment en commun. Tous les deux, on a été agréablement surpris parce qu’on est relativement complémentaires. On a des univers différents mais moi ce que j’apporte c’est une ambiance, une atmosphère où souvent malheureusement il n’y a pas de vie. Alex m’apporte la vie dans l’atmosphère que je peux amener donc on a trouvé ça super complémentaire.

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Que penses-tu du tag ?
J’estime que le tag c’est avant tout primordial, c’est dans le graffiti ! Quand j’explique le graffiti aux gens qui n’y sont pas vraiment initiés, c’est ce que je leur dis. C’est une famille, le graffiti, et au début on fait des tags puis on commence à faire un peu de flop, un peu de chrome ; et plus ça va, plus tu commences à faire un peu de couleur. Ceux qui sont motivés à aller plus loin font des personnages, du décor et tout ça… C’est une finalité mais tout ça fait partie de la famille qu’est le graffiti, donc le tag c’est super, surtout à l’époque ! En même temps, c’était une manière de se faire son nom.

Pourquoi t’es-tu mis à poser des tags dans la rue du jour au lendemain ?
Mon premier tag c’était Burst. J’ai tagué au début au marqueur à l’école… J’ai testé une fois une bombe dans la rue, franchement j’étais jeune, c’était au début des années 80 et, finalement, je me disais que ce n’était pas pour moi et que je n’y arriverais jamais. J’ai lâché l’affaire mais j’ai toujours côtoyé des gens qui faisaient du graffiti autour de moi. Petit à petit, j’ai côtoyé énormément les TOP et c’est comme ça en fin de compte que j’ai été amené à faire du graffiti ; au départ, j’ai commencé à remplir les blocks de Shest, Benk et Shark…

Dans quel quartier cela se passait-il ?
J’ai grandi dans le XVIIIe! Les deux vrais gros noyaux durs dans le graffiti et dans le hip-hop, en règle général, c’était Saint-Denis et le XVIIIe. J’ai gravité autour d’énormément de graffeurs mais je m’y suis mis tardivement. J’allais les voir parce qu’il y avait des lieux comme le terrain de Garibaldi qui n’était pas loin la plaine Saint-Denis, Stalingrad qui était vraiment proche et surtout la Petite ceinture. Inévitablement, je savais que ça peignait là-bas. C’est comme ça que j’ai pu voir Basalt avec Banga… Ils peignaient énormément et, déjà, ils apportaient quelque chose de nouveau. C’était un peu leur terrain, donc j’y allais souvent et ça a changé énormément.

Est-ce que tu allais dans le sud de Paris ?
Franchement, je ne dépassais pas mon quartier… Je m’enfermais dans mon quartier en fin de compte, parce qu’il y en a beaucoup qui pensaient qu’il ne se passait rien dans le sud alors que c’était retourné dans tous les sens.

As-tu posé dans le métro à l’époque ?
J’ai fait des tunnels, mais le métro non. Je ne sais pas pourquoi… Est-ce que je suis claustrophobe ? J’aimais bien le côté libre de la rue donc j’ai toujours préféré la rue, les camions, les stores… plutôt que de m’enfermer dans un endroit où c’était plus risqué. Même si à la base aux États-Unis ils sévissaient sur les trains, à Paris on n’a pas cette histoire parce que chez eux tout est aérien. En France, tout est sous terre donc pour moi, par exemple, ce n’était pas mon univers.

Quels sont les auteurs en BD qui sont pour toi des sources d’inspiration pour ton dessin ?
Le premier qui m’a aidé à construire des persos, c’était Crisse. Pendant longtemps, je me suis inspiré de lui et, au niveau des illustrateurs, pour moi le summum c’est John Howe. Il a un jeu de lumière incroyable : les verts, les teintes vert/bleu, le mélange de ses couleurs…

On retrouve cela dans tes murs d’ailleurs, n’est-ce pas ?
Oui, je suis vraiment inspiré par ça. Je regarde beaucoup aussi les photographes, parce que maintenant il y a une grande évolution dans la photographie. Ils retouchent énormément les photos donc souvent c’est de la haute définition. J’essaie de transmettre ça sur certains murs, le côté un petit peu sombre et j’accentue aussi le côté apocalyptique.

Pourquoi es-tu attiré par les couleurs froides ?
C’est difficile de construire ou de donner un côté réaliste dans la fresque avec les couleurs très flashs qui sont utilisées dans le graffiti. Même quand j’utilise le vert, ça reste très lumineux comparé à de la peinture acrylique ou à de la peinture à l’huile. C’est vrai que je ne mets pas trop de couleurs vives !

Quels sont les peintres qui te parlent ?
Le peintre danois Peder Mork Monsted, le peintre paysagiste americain William Bliss Baker pour n’en citer que deux… Je m’inspire énormément de leur technique en fin de compte, de leur manière de poser la lumière ainsi que de leur réalisme…

Si je comprends bien, tu es surtout attiré par la peinture réaliste ?
Ça me parle, ça me touche… Je n’ai pas le niveau pour le faire donc je ne le fais pas, j’essaie juste de faire un mélange, d’apporter un aspect réaliste et BD aussi, une sorte de mixe en fin de compte.

Est-ce que tu as peint à Stalingrad ?
Non, j’y ai mis les pieds, j’ai vu les gens peindre… J’étais là ! C’était magique, franchement, parce que le lieu se prêtait à la vision qu’on avait tous de New York ; il y avait le métro aérien, ça faisait un peu ghetto, ça ressemblait au Bronx quelque part, donc c’était le délire. Il y avait une atmosphère, une ambiance, on se sentait à part, en fin de compte

Es-ce que tu as fait du smurf ?
J’ai essayé mais ce n’était pas pour moi. Comme je te l’ai dit, même au départ quand j’ai fait mes premiers tags, j’ai trouvé que ce n’était pas pour moi, que je n’y arriverai pas donc j’ai lâché. J’ai vraiment mis un certain temps avant de me remettre dedans, la chance que j’ai eu c’est que j’ai côtoyé des gens comme les membres des TOP qui m’ont expliqué. Après, j’ai fait mon petit chemin, même si je faisais beaucoup de tags et des chromes. J’ai toujours fait de la couleur aussi à côté et je n’ai pas voulu non plus comme beaucoup le font maintenant, m’autoproclamer vandale ou couleur. À l’époque ça n’existait pas, tu faisais aussi bien de la couleur que du chrome, du tag et ainsi de suite. Je trouve que la nouvelle génération a perdu un peu de cet état d’esprit…

Est-ce que Shest t’a apporté beaucoup ?
Il faisait des traits droits incroyables…

On avait l’impression qu’il avait une règle de cinq mètres de long…
Oui, en plus il n’avait pas de scotch ni de carton ! Il n’y avait pas les caps, ni les bombes d’aujourd’hui et c’est pour ça qu’en le regardant peindre longtemps, il m’a apporté énormément…

Comment peignait-il ?
Souvent, il avait sa petite esquisse. Il était quand même très méthodique dans sa façon de faire, il se préparait en fonction du mur qu’il avait repéré.

Le premier Shest que j’ai vu, c’est à Quai de la Gare sur un des murs dégueulasses le long de la voie. Il avait peint uniquement les contours et c’était assez rare à l’époque de ne peindre que des contours sans remplir le block.
C’était un côté économique mais, en même temps, je pense que c’est un des rares qui a commencé à utiliser le rouleau aussi. Juste au rouleau, sans contours et rien que ça, ça tuait tout en fin de compte !

Testait-il pas mal de choses dans son atelier ?
Il testait plein de choses dans son petit atelier ou même dans sa cave, qui d’ailleurs s’était transformée en atelier. Il faisait beaucoup de tests comme ça… Il était étudiant… C’était un ami bien avant de peindre et c’est comme ça qu’au fur et à mesure, je l’ai accompagné puis j’ai commencé à remplir…

Quand a-t-il commencé ?
Je crois que son premier truc, c’était en 1982, je crois… Ah oui, ses premiers tests !

C’est étonnant parce qu’en 1982, il n’y avait pas vraiment de graffiti à l’Américaine à Paris…
Je crois que c’était en rapport avec un vieux quartier dans le XVIIIe qui s’appelait la Moscova et, en fin de compte, il y avait déjà les Mosko et associés qui faisaient leurs pochoirs.

Donc il a commencé par faire du pochoir ?
Oui, je pense que c’est ça… Je pense qu’il a été influencé par ces gars puisqu’il allait peindre souvent là-bas. Il aimait justement ce côté un peu vieux Paris, il y avait de vieux murs. Sa grande influence après ça a été Bando.

Il a commencé par peindre des choses qui n’étaient pas forcément du graffiti et quand apparaît le graffiti à l’Américaine avec Bando, pour lui, c’est la révélation.
Oui, il s’est pris une claque ! Franchement, c’est la révélation et, après, il s’est mis vraiment à travailler la lettre, son style…

À quel moment as-tu eu Subway art et Spraycan art dans les mains ?
J’ai eu les deux en main en même temps en 1989, je pense. Je les ai feuilletés et après je suis allé me les chercher. Pour ceux qui font du graffiti, c’est des bibles comme le tien, Paris Tonkar. Moi, je l’ai ! (Rires)…

On ne se rend pas compte à quel point ça a été des déclencheurs dans le monde entier.
Oui, ça a marqué beaucoup de jeunes, des générations ! D’autant qu’il n’y a rien eu entre Paris Tonkar et la sortie de Kapital en 1998. Ce bouquin a relancé la mode du graffiti ! Depuis cinq ans, il y a vraiment une grande effervescence autour du graffiti, avec des galeries qui se sont ouvertes… Il y a beaucoup de gens du milieu de l’art qui s’y intéressent, ça a ouvert plein de portes.

As-tu été sollicité par ce milieu de l’art ?
Non, parce que je ne cours pas après non plus… Je préfère, à la rigueur, rester dans mon côté muraliste à la Sud-américaine. Quand j’ai commencé vraiment à m’y mettre, c’était fin 1993 et déjà je regardais énormément le FX crew et le FBI allemand avec leurs grosses productions. C’est eux qui m’ont montré qu’avec le graffiti, on pouvait aller très loin, très haut !

Est-ce que des graffeurs français t’ont influencé ?
Il y a énormément de talents mais il n’y a pas beaucoup de groupes qui font de la fresque… En France, il y avait les MAC. Ils m’ont influencé et motivé…

Que t’ont-ils apporté ?
Une composition ! Mais eux voulaient aussi transmettre un message au niveau de leur mur.

Tu ne t’intéresse pas aux murs politiques ?
Non, parce qu’il y en a assez, on en parle relativement assez, ce n’est pas à travers les peintures qu’on peut changer les choses non plus. Moi, ce que j’essaie à la rigueur, c’est d’apporter un peu de rêve, c’est tout !

Est-ce qu’il y a un mur que tu n’as pas encore fait mais que tu voudrais faire ?
Personnellement, j’aimerais bien un jour faire un grand mur à New York ! (Rires)… J’aimerais bien. Je n’y suis jamais allé et je n’ai pas encore eu l’opportunité mais je suis en contact avec des New-yorkais du FX crew, pour moi ça serait le summum en fait.

Quel est le mur que tu as peint et qui marque pour toi une nouvelle étape ?
C‘est un mur que j’ai peint avec Shadow en 2007 : on avait fait un tunnel, le toit était cassé, le métro cassé puis on avait intégré du graffiti, une 3D de Shadow et un 2D de moi en orange pour contraster. Depuis ce mur, je me suis dit : « C’est ça, il faut faire ça. »

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Finalement, quand tu vois ton parcours, à quel moment te dis-tu que tu aurais pu faire mieux ou autrement ?
Encore maintenant, je me mets toujours en question, toujours… Je ne suis jamais forcément satisfait d’un mur… Je pense que dans vingt ans, je serai encore en train de m’enrichir visuellement et j’espère évoluer en même temps.

As-tu eu des collaborations avec des peintres qui ne viennent pas du graffiti ?
J’ai eu l’opportunité de rencontrer l’année dernière deux femmes d’un certain âge qui peignent : elles ont un parcours traditionnel et pratiquent la fresque panoramique, le trompe-l’œil et les effets faux marbre… Elles travaillent essentiellement à l’acrylique et je les ai rencontrées sur un chantier. Vu que je travaille sur de grandes surfaces, elles m’ont invité sur un de leurs chantiers à Alfortville. Tout était imposé, c’était sur les droits de l’enfance. Je n’avais pas eu le droit de travailler à la bombe parce que c’était sur les produits bios et, pour le coup, j’ai travaillé avec des pinceaux.

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Est-ce que cela a été enrichissant pour toi ?
Travailler avec ces femmes qui ont une expérience, une autre culture, une autre approche ne pouvait qu’être enrichissant et c’était vraiment une belle expérience. Il y a un peu de moi sur ce mur.

Est-ce que tu as conscience quand, tu voyais Shest ou les autres TOP peindre à Stalingrad ou dans le quartier qu’il se passait quelque chose de nouveau ?
Oui, carrément !

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Et vous en parliez entre vous ?
Non, justement ! C’est bien après, on savait qu’il se passait entre nous quelque chose de magique parce qu’on vivait quelque chose de nouveau. Quand c’est arrivé, il fallait être un peu rock’n’roll ou punk ; il n’y avait que ça, en fin de compte ! Tout d’un coup, on a pu tous s’identifier à cette nouvelle culture qui nous parlait parce que je vivais à Barbès et, culturellement, ça me parlait plus que le rock, que le punk… (Rires)

Est-ce que vous aviez des collaborations avec d’autres crews ?
Ah non, surtout qu’à l’époque c’était très fermé, chaque groupe était très fermé aux autres. C’est vrai qu’on ne se mélangeait que très peu et c’est toujours, mine de rien, un milieu relativement fermé.

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Pour finir, quelle est la dernière fois où tu as peint un graff à l’ancienne ?
C’était à Montreuil… Je faisais une petit balade graff organisée avec l’office du tourisme de ma ville. Je montrais mes fresques dans la ville et j’ai croisé par hasard Wean 3DT qui passait par là avec son petit sac de bombes. On a discuté, je leur ai dit que c’était un activiste aussi… Cinq minutes après, on est parti peindre un chrome en pleine rue sans les spectateurs quand même, juste lui et moi ! Cette rencontre m’a fait super plaisir, c’est encore ce côté magique du graffiti !

Photographies : Seyb


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