Le Mur de Berlin (1)

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Le mur de 3,5 m de hauteur courant sur 155 km autour de Berlin-Ouest n’est plus mais il reste encore dans certains quartiers du nouveau Berlin de grands tronçons où les artistes locaux comme ceux de passage ont laissé une signature, un dessin ou une peinture. Cette pratique du graffiti sur ce symbole de la guerre froide est ancienne : dès les années 70, les premières inscriptions politiques apparaissent avec le mouvement punk puis l’arrivée du graffiti en Allemagne et aux Pays-Bas, au début des années 80, intensifient le nombre de peintures sur les murs côté ouest.

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Ce phénomène s’amplifiera jusqu’à la chute du Mur en novembre 1989. Dans la décennie suivante, cette saignée dans la ville de Berlin va devenir un des spots incontournables en Europe : certains pans du Mur vont rejoindre des collections publiques et privées.

 


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Carcel Ixcotel

L’artiste Miss Veneno que nous vous avions présenté dans une interview précédente s’est rendue au Mexique pour réaliser des ateliers avec des détenus au Mexique dans l’Etat de Oaxaca. Une expérience unique que nous souhaitions partager avec vous… L’art rend libre !

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En 2015, l’association française « Tchapoulines » qui vient en aide à des familles défavorisées dans le bidonville de Oaxaca au Mexique, m’a invitée à les accompagner dans une de leurs missions afin que je réalise une initiation graffiti avec trois jeunes issus d’un milieu défavorisé. Ce fut pour moi l’occasion de découvrir pour la première fois ce pays ainsi que sa culture dont je suis littéralement tombée amoureuse. En octobre 2017, Je prends la décision de retourner à Oaxaca, seule cette fois-ci, dans un cadre plus personnel afin d’y retrouver mes amis rencontrés lors de ce premier voyage. Ce sont pour la plupart des graffeurs ou des graveurs. Yescka est l’un d’entre eux. Je l’ai contacté la première fois pour le rencontrer et peindre avec lui. Nous sommes devenus très ami et avons gardé le contact depuis. Il m’a invité entre temps à exposer à ses côtés lors d’une exposition collective en Californie en 2016 puis j’ai fait de même lors d’une exposition que j’ai monté à Nantes « Ayud’Arte ». Cet artiste pluridisciplinaire évolue à travers le monde pour dénoncer l’injustice grâce son art. Une sorte de révolutionnaire armé de sprays, pochoirs et gouges de linogravure et gravure sur bois.

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Lors de ce dernier voyage, Yescka m’a proposé de peindre avec lui dans la prison pour hommes « Carcel Santa María Ixcotel » de la ville de Oaxaca de Juarez durant El dia de los muertos (La fête des morts). J’ai tout de suite saisi l’occasion de participer à cette expérience inhabituelle. Il s’était auparavant entretenu avec le directeur de la prison pour lui parler de moi en me présentant en tant qu’artiste internationale de passage à Oaxaca. Le jour-J, nous nous rendons dans la prison. Nous faisons entrer le matériel dans un sac à dos (sprays, pochoirs). Après plusieurs contrôles d’identité et fouilles au corps, nous passons les dernières grilles et, à partir de ce moment, Yescka et moi, nous nous retrouvons au cœur de la prison dans la cour principale parmi tous les détenus. Etant donné que ce n’était pas un jour de visite, je vis le regard interrogatif des détenus se poser sur moi. Ma présence n’était pas vraiment prévue.

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Nous sommes habillés de couleurs les plus claires que nous avons pu trouver. Les couleurs sombres sont proscrites car elles rappellent l’uniforme des gardes. Les bijoux, les tenues pouvant attirer l’œil ou provoquer les détenus sont également interdits. Nous n’avons le droit que de garder un peu de pesos sur nous pour pouvoir manger dans la prison. Dans un premier temps, nous prenons connaissance d’un concours de slam réalisé pour les détenus à l’occasion de la fête des morts. Yescka et moi sommes invités à y assister. Nous nous retrouvons donc assis parmi tous les détenus face à un jury composé du personnel de la prison (psychologue, gardiens…) ainsi que le directeur. Les participants au concours se succèdent en lisant leurs textes écrits sur un bout de papier. Une partie des détenus n’ayant pu rentrer dans l’espace où nous nous trouvons reste derrière les barreaux et rient à la lecture des textes. Les prix sont décernés avec la remise en main d’un petit panier contenant des produits de première nécessité. (Shampoing, savons etc).

A l’intérieur de la prison, nous retrouvons César, un très bon ami à Yescka et moi-même, incarcéré à tort dans cette même prison depuis plus d’un an. Les retrouvailles sont fortes. Il n’était pas au courant de ma venue. Lui et d’autres détenus nous attendent. Nous n´avons pas beaucoup de temps pour peindre, les détenus doivent regagner leurs cellules à 17 heures. Vu l´heure tardive à laquelle nous sommes arrivés, nous ne bénéficions que de trois heures pour faire notre peinture. Nous ne perdons pas de temps et nous nous rendons directement sur le mur qui se trouve dans un escalier à l’entrée de l’atelier de gravure de la prison.

Etonnement, la gravure sur bois et plusieurs activités artistiques ou artisanales y sont autorisées. Le directeur de la prison a mis en place, cette dernière année, beaucoup de choses pour améliorer les conditions au sein de l’établissement pénitencier. Nous reprenons l’idée d’une des dernières gravures de notre ami artiste César en l’adaptant à notre style et en y apportant nos idées. Elle représente un cœur (l’organe) dans une cage à oiseaux brisée, laissant s’échapper des oiseaux. La gravure de César s’appelle : « J’ai trouvé la paix au cœur de la tempête ». Nous avons pu grâce à cette peinture mettre en avant le travail de notre ami, soutenir en quelque sorte les prisonniers en nous mettant à leur place le temps d’une journée et en décrivant un ressenti, un état d’esprit qu’ils peuvent avoir lorsqu’ils sont incarcérés et nous avons apporté de la couleur à ces murs moroses.

Les bruits de clés ouvrant les barreaux, les annonces aux haut-parleurs ainsi que les cris des détenus nous accompagnent tout au long de notre peinture. Une ambiance très particulière règne. Les détenus défilent derrière nous, ils s’interrogent et sont en même temps contents de cette intervention. La directrice des ressources humaines est venue prendre quelques photos car nous n’avions pas le droit d’avoir nos téléphones sur nous.

Oscar, un des détenus, s’est énormément impliqué dans la réalisation de la peinture. Deux autres ont aidé à la découpe des pochoirs de Yescka. De cette manière nous avons pu être efficace et terminer plus vite que dans les temps. Oscar a voulu par la suite nous montrer sa cellule. Nous visitons cette petite pièce exiguë dans laquelle nous ne pouvons pas tous rentrer en même temps. La prison est très vieille et n’est pas grande. C’est au tour de César de nous faire découvrir sa cellule… A la vue de cet espace dans lequel évolue mon ami depuis maintenant un an, j’ai le cœur serré. La cellule ne fait pas plus de deux mètres sur deux et ne contient qu’un bloc en béton sur lequel est posé un petit matelas. J’ai l’impression de voir un matelas conçu pour un enfant tellement il est petit. César me fait remarquer accroché sur son mur une photo du graffiti que j’ai réalisé l’été dernier avec mon crew le CNN199 en son honneur. Nous avions repris son travail de graveur pour l’adapter en  graffiti ainsi qu’un portrait du révolutionnaire Emiliano Zapata. Le lettrage disait : « Se fuerte Cesar » (Sois fort César). L’idée que notre graffiti lui donne un peu de force tous les jours dans cet enfer m’a réchauffé le cœur.

J’ai eu l’occasion de rencontrer le seul tatoueur de la prison. Dans le couloir où nous avons peint, il s’est approché de moi et m’a sorti de sous sa veste sa machine à tatouer. Il m’explique qu’il l’a fabriqué entièrement avec un briquet qu’il a complètement démonté. Je lui demande si je peux voir son travail et le type à côté de nous soulève la manche de sa veste pour me montrer son bras tatoué. Là, je découvre un travail de dingue et je réalise qu’il a été fait grâce à un pauvre briquet…

En ce qui concerne l’atelier de gravure au sein de la prison : Atelier Graphique Siqueiros.

Le Mexique a une longue tradition graphique. Les crânes de José Guadalupe Posada, les graphismes politiques de l’atelier « Grafica populaire », le graphique du mouvement étudiant de 1968, les gravures du collectif ASARO (mouvement populaire de 2006 à Oaxaca). La capitale de l’état a plus de 50 ateliers dédiés à la production graphique, ainsi que plus de 120 presses pour la gravure dans l’état. Dans ce contexte, il n’est pas un hasard si dans la prison d’état de Oaxaca on peut trouver un atelier de gravure. Le premier de ce type à avoir été monté dans tout le pays. Un projet soutenu par la sous-secrétaire de la prévention et de la réinsertion sociale de l’État, Lic. María Concepción Tovar Monreal, le directeur de la prison, Lic. José López Jarquín, et leurs équipes respectives, qui ont pris en compte l’art qui est généré dans la prison.

De nombreux détenus consacrent un temps à la réalisation de dessins, peintures, gravures sur zinc, sur bois et à la sculpture. Plusieurs d’entre eux combinent ces activités avec la fabrication de sacs en plastique et des ballons de football au sein de la prison. En plus de l’atelier de gravure de César, un atelier de peinture murale réalisé par Yescka et un atelier de dessin réalisé par Jason Pfohl ont été développés. Beaucoup de gens ont participé à l’ouverture de l’atelier Gráfica Siqueiros au sein de la prison. Des autorités, des artistes et des ateliers de la ville ont soutenu et apporté leur contribution avec des dons de matériel. Les détenus eux-mêmes ont aussi soutenu le projet avec des feuilles, des marqueurs et des gouges. Gráfica Siqueiros tire son nom de l’artiste mexicain David Alfaro Siqueiros qui a été détenu plusieurs fois au pénitencier de Lecumberri à Mexico. Au cours d’un de ses séjours, il a réalisé une série de 13 gravures sur bois. Nous avons donc naturellement décidé de lui rendre hommage en donnant à l’atelier ce nom.

Texte et photographies : Veneno

Images : Siqueiros Atelier graphique, Cereso de Santa Maria Ixcotel, Oaxaca

Les personnes ayant participé au projet : Alberto Luján “El Chivo”, Andrés Cancio Cisneros, Andrés Huitron,
C. Carreño, César Chávez,
Fermín Burgoa,
Isidro López Contreras,
Jiménez,
Joel Pérez Hernandez,
Luís Miguel Martínez Aquino, Marcos López Venegas,
Oscar Vásquez Montealegre,
Sergio David Morales Aquino, “El Woody”, Vidal Ambrosio Barrita, Zair Alvarez, Eduardo Aguilar Gamboa et Noemí Langle


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RIP Meo

C’est avec une grande émotion que je viens d’apprendre la disparition de Myles Carter aka MEO COP. J’ai passé beaucoup de temps avec lui à la fin des années 80 et au début des années 90, c’était un gars bien et toujours rieur. Une pensée pour sa famille et ses proches !

Maintenant que tu es parti dans d’autres cieux, je te souhaite un repos éternel !
Repose en paix mon ami.

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It is with great emotion that I have just learned of the disappearance of Myles Carter aka MEO COP.I spent a lot of time with him in the late 80s and early 90s, he was a good guy and always laughing.A thought for his family and loved ones!

Now you are in Heaven and wish you an eternal rest!
RIP my friend.

Disek, le graffeur voyageur

Après avoir arpenté le monde pendant deux ans, DISEK pose ses valises à la Réunion. Originaire de Paris, le graffiti est devenu pour lui un échappatoire. Il parcourt les rues de l’île pendant huit mois à la recherche de murs où ces couleurs gravitent entre explosion graphique et méli-mélo de lettres.

– Qui es-tu ? Blaze, depuis quand graffes-tu, d’où viens-tu ?
Disek, j’ai grandi en banlieue parisienne et j’ai commencé à taguer en 1997

– Pourquoi le graffiti ?
Quand j’ai commencé j’étais paumé, j’avais l’impression d’errer dans la société sans y trouver ma place. En éclatant les rues j’avais l’impression de balancer  ma rage sur les murs, de crier « je suis là » à un système qui me snobait. Quand tu vis dans une grande ville c’est vraiment impersonnel, t’es juste un anonyme dans la masse… le graffiti c’est un peu un moyen de pas te laisser bouffer par tout ça, une manière de te sentir exister dans un endroit où tout le monde n’est personne.  Aujourd’hui les raisons qui me poussent à sortir peindre ont changées, mais ça reste un échappatoire.

– En crew ou seul ? et pourquoi ?
A part avec quelques personnes avec qui j’ai mes habitudes, dans la rue je préfère peindre seul. J’ai eu plusieurs crews par le passé, mais aujourd’hui je me suis affranchi de tout ça. J’ai pas besoin d’un truc formel pour savoir qui sont mes amis.

– Depuis quand es-tu à la Réunion ? Et pourquoi ?
Ça va faire huit mois que je suis à la Réunion. Je cherchais un endroit ou me poser après presque deux ans à parcourir le monde. J’avais rencontré pas mal de gens qui m’avaient fait l’éloge de l’ile… le vivre ensemble ça me parlait…  Je me suis dit ça vaut le coup d’aller voir.

– Le graffiti à la Réunion c’est comment ?
Ahah… le graffiti à la Réunion c’est plutôt détendu : jusque-là tous les graffeurs que j’ai rencontré sont bonne ambiance et peindre dans la rue reste quand même assez facile… Il y a vraiment un bon accueil et les gens sont assez ouverts, même quand tu ne fais que des lettres. Évidement  il y a toujours des exceptions, comme ce jour où une fan de street-art zélée et une ancienne galeriste, nous ont « poukave » et envoyé la police..  Ce qui est marrant, c’est de voir que les gens qui n’ont rien à voir avec le mouvement t’encouragent, et que ceux qui gravitent autour, essaient de te mettre des bâtons dans les roues.

– Vandale ou pas ? Pourquoi ?
Perso, l’ile est magnifique et les gens qui y habitent sont plutôt cools, du coup je me vois pas saccager la rue… je trouve que le lieu ne s’y prête pas. On est assez loin des grandes tours de béton et de l’ambiance de merde qui te donnent envie de tout défoncer. Maintenant faire un mur à l’arrache ça reste la partie la plus marrante du truc… mais pour être franc, si tu fais de la couleur, t’as beau taper la rue en pleine journée, à moins de tomber sur un proprio « véner », le risque reste très limité.. t’es pas en train de braquer une banque, c’est juste un peu de peinture sur un mur…

– Ton ressenti sur l’évolution du graffiti en général ?
Le graffiti a beaucoup changé. Le street-art est arrivé et a tout démocratisé. Avant on se faisait insulter dans la rue, maintenant les gens viennent te remercier pour la couleur. C’est aussi beaucoup moins caillera qu’avant, c’est devenu un truc à la mode et ça attire un peu tout et n’importe quoi… pas mal de gens qui n’ont jamais touché une bombe de leur vie mais qui veulent t’apprendre ce qu’est le graffiti.. bref la peinture j’préfère en faire qu’en parler.

Crédit photo : Disek