
Avec Le Monde de demain, la série TV réalisée par Katell Quillévéré et Hélier Cisterne revient sur les années qui ont vu naître le hip-hop français. En suivant le parcours de Kool Shen et JoeyStarr, mais aussi celui de Dee Nasty, elle raconte surtout une époque où rap, DJing, danse et graffiti se construisaient encore ensemble.
Le personnage de Dee Nasty est particulièrement important dans cette lecture. Son parcours permet de comprendre comment le hip-hop venu de New York va être découvert, assimilé puis réinventé en France. En parallèle, l’histoire de NTM montre comment cette culture va progressivement passer des terrains, des rues et des soirées aux premières scènes professionnelles. On comprend surtout qu’à cette époque, rien n’est encore joué.
Le Smurf, le Trocadéro, Lionel D, les IZB, Nova, le Globo, le terrain de La Chapelle : tous ces noms et ces lieux parlent forcément aux lecteurs de Paris Tonkar. Ils constituent une partie de la géographie du hip-hop parisien des années 80, celle que l’on retrouve également dans les témoignages et les archives de Paris Tonkar et de Vandalisme, publiés chez Massot Éditions.
C’est d’ailleurs l’un des intérêts de la série : retrouver cette ambiance. La présence de véritables protagonistes de l’époque renforce cette impression et donne à la fiction une proximité assez étonnante avec ce que fut réellement cette période. Les vêtements, les radios, les soirées, le graffiti, les lieux de rendez-vous… tout participe à recréer une époque où une poignée de passionnés bricolait les bases d’une culture qui allait devenir mondiale.
La séquence chez Polydor est particulièrement réussie. On y voit le moment où cette culture née dans la rue commence à intéresser l’industrie musicale. Le contraste est intéressant : d’un côté les codes de la rue, de l’autre les bureaux d’une maison de disques qui découvre un phénomène encore difficile à cerner. Tout est là pour comprendre le changement qui va s’opérer.
Le graffiti, même s’il n’est pas au centre du récit, est présent comme il devait l’être à cette époque : naturellement. Il fait partie du décor mais surtout de l’écosystème. Les graffeurs, les danseurs, les DJ et les rappeurs se croisent, échangent et évoluent dans les mêmes lieux. C’est cette proximité entre les disciplines qui donne à la série une vraie saveur pour ceux qui ont connu les débuts du mouvement.
Bien sûr, Le Monde de demain reste une fiction et donc un point de vue sur cette histoire. Certains événements sont condensés, certains personnages sont utilisés pour les besoins du récit. Mais ce n’est finalement pas le plus important. Pour ceux qui étaient là dans les années 80, la série fera remonter des souvenirs, des lieux, des visages et des ambiances. Pour les autres, elle permet de comprendre à quel point tout s’est joué à peu de choses et comment cette génération a construit, presque sans le savoir, les fondations du hip-hop français actuel.
Le Monde de demain est donc autant une série sur NTM qu’un récit sur la naissance d’un mouvement. Une époque où il suffisait parfois d’une cassette, d’une bombe, d’une sono, d’un mur ou d’un rendez-vous au bon endroit pour que quelque chose commence.
