Chroniques #10

Le Bestiaire fantastique du street art
Codex Urbanus et Chrixcel, Alternatives

Bestiaire street art
Les animaux fantastiques que l’on retrouve surtout dans la littérature jeunesse ou encore dans la bande dessinée sont quasi inexistants de la peinture contemporaine et moderne. Cette thématique est revenue en force avec l’art urbain, que ce soit le graffiti utilisant l’imagerie des comics et de la BD ou le street art ; et le Lowbrow, mouvement pictural né en Californie dans les années 70. Ce livre raconte à sa manière, légère et amusante, sous le regard d’un praticien, Codex Urbanus, l’apparition de ces drôles de bêtes sur nos murs depuis quelques temps déjà… Une bonne lecture si vous aimez les animaux fantastiques en tout genre.

Ma rue par Achbé
Achbé, Alternatives

Ma rue par achbé
Achbé intervient dans l’espace public depuis 2016 et propose une œuvre originale, engagée et percutante qui suscite chez les passants montmartrois, son quartier de prédilection, intérêt et sympathie avant de toucher un public beaucoup plus large sur les réseaux sociaux. Sur le bitume parisien, elle trace à la craie des formules qu’elle photographie. Libérée dans la rue, sa parole se fait image, au sens propre comme au figuré. Elle suit sa propre voie en marge des arts urbains.
Un livre ludique fort sympathique à regarder et que l’on peut offrir aussi.

Visages de Scampia
Davide Cerullo, Gallimard

Visages de Scampia
En 2015, l’artiste Ernest Pignon-Ernest souhaite prolonger à Naples le parcours de son projet « Se torno » qui l’a vu coller sur les murs de Rome et de Matera l’image d’un Pasolini au regard sévère portant dans ses bras son propre corps sans vie. C’est Davide Cerullo, enfant du quartier passé par la criminalité avant de trouver la rédemption dans la poésie, qui va lui ouvrir les murs de Scampia, banlieue populaire de Naples dans laquelle l’artiste voit un univers pasolinien d’aujourd’hui. Le Français découvre son travail photographique saisissant depuis une dizaine d’années la vie du quartier dans ses aspects les plus durs mais également avec l’espoir et la conviction que les enfants seront sauvés par l’instruction. Des textes d’auteurs renommés comme Erri De Luca ou Christian Bobin joignent leur voix à celle d’Ernest Pignon-Ernest pour introduire les photographies de Cerullo. Cet ouvrage est magnifique et nous montre le côté obscur de la société italienne, celle des pauvres et des perdants de la mondialisation. Vous aurez certainement envie de vous replonger ou de découvrir la somme publiée sur Ernest Pignon-Ernest par le même éditeur. L’humain avant tout.

Chroniques #9

Green Art
Linda Mestaoui, Alternatives

Green art

Réunissant plus d’une trentaine d’artistes contemporains internationaux, cet ouvrage s’inscrit dans le courant du land art, mouvement né au début des années 60 aux États-Unis, utilisant le champ infini de la nature comme matériau et support de création. L’artiste, par ses interventions phénoménales en forêt, en ville, à la montagne, ou encore en plein désert, sensibilise le public à la beauté de la nature et à l’urgence écologique. Le Land art demeure hélas encore assez peu connu du grand public pour des raisons de faible médiatisation mais aussi parce qu’il est difficile d’en faire partout et surtout dans les zones très habitées des centres urbains… Ce livre a au moins le mérite de nous offrir un panorama de la scène actuelle avec des photographies magnifiques et un texte très didactique. Une belle surprise !

Guide du street art en France
Collectif, Gallimard

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Après le succès du Guide du street art à Paris, la maison Gallimard lance un nouveau guide concernant dix villes françaises où l’art urbain s’est imposé : Lille, Rouen, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Sète (on se demande pourquoi), Marseille, Lyon et Strasbourg. Une carte indiquant l’itinéraire à suivre, les sites à voir et les bonnes adresses, un parcours fléché, des rubriques détaillées pour en savoir plus et des focus sur des œuvres, des lieux ou des artistes incontournables sont encore présents dans ce petit livre à posséder quand on souhaite faire du tourisme « urbain ». Un petit reproche toutefois : autant de villes dans un même guide nous semble être réducteur car Lyon ou Marseille, pour ne citer que ces deux exemples, possèdent autant de murs peints que Paris… Et à quand un guide sur la banlieue parisienne ?

Chroniques #8

Wastelands
Jonk, Alternatives

Wastelands
Ce livre possède deux grandes qualités : la première est d’avoir réussi à montrer le lien quasi charnel entre le terrain vague, la friche, l’usine abandonnée ou encore l’entrepôt désaffecté et le graffiti ; la seconde dans l’approche intelligente de Jonk, photographe et amateur d’Urbex. Une vingtaine d’artistes d’horizons divers parlent de leur travail dans les friches et du rapport particulier qu’ils entretiennent avec ces lieux abandonnés. Les images sont d’une grande qualité et permettent au lecteur de mieux comprendre les propos de ceux qui pratiquent ces lieux à des fins artistiques. Un ouvrage à lire et à conseiller pour ceux qui voudraient aller plus loin dans la compréhension d’une pratique, l’Urbex, et d’une discipline artistique, le graffiti (ou le street art)… Ne pas hésiter à visiter le compte Instagram de Jonk où vous pourrez aussi voir de belles photos.

FAILE, From the Air We Share
FAILE, Musées de Strasbourg

From the air we share
Ce catalogue d’exposition sous forme de livre souple nous permet de découvrir le travail de FAILE. L’idée du programme défini pour cette année par les curateurs de cette exposition consiste à inviter le public, y compris celui qui n’est pas familier des musées, à pousser les portes du MAMCS (Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg). La transformation de ce lieu invite à un nouveau regard, forger celui-ci participe de la démarche de Patrick McNeil (né en 1975 à Edmonton, Canada) et Patrick Miller (né en 1976 à Minneapolis, États-Unis), duo actuellement établi à Brooklyn formant le duo FAILE. Ce sont leurs interventions monumentales dans l’espace public qui ont contribué à leur reconnaissance : la Tate Modern à Londres en 2008, la Place des Restauradores à Lisbonne en 2010, le New York City Ballet en 2013 ou encore Times Square à New York en 2015. FAILE figure parmi les représentants les plus dynamiques de la scène internationale de l’art dit urbain. Cependant, cette reconnaissance est avant tout réelle dans un certain monde de l’art et certainement pas parmi le grand public ni dans celui de la scène d’art urbain non institutionnalisée. Les illustrations en noir et blanc sont magnifiques et cela mérite que l’on s’attarde dessus rien que pour le plaisir de voir de beaux dessins.

Bangkok Street Art
Alisa Phommahaxay, Critères

Opus Délits n°085 Bangkok Street Art
Depuis une dizaine d’années, Bangkok est devenu un spot incontournable en Asie pour les graffeurs et le street art. En outre, les artistes thaïlandais ont su trouver leur propre style : un univers figuratif et très coloré, empruntant aussi bien au bestiaire bouddhiste qu’au folklore local. Toutefois, les nombreux changements et perturbations politiques de la région ont vu émerger, ces dernières années, une forme d’art engagé et contestataire qui s’empare de l’actualité dénonçant les injustices et les dérives des politiques. Ce livre nous permet d’avoir un focus sur la scène artistique de ce pays que l’on connaît que trop souvent hélas pour ces plages et autres lieux de plaisir… Le niveau des fresques est excellent et les images nous le rendent bien. Un voyage graphique qui plaira sûrement.

Petite histoire de la photo
Ian Haydn Smith, Flammarion

Petite histoire de la photo
Du daguerréotype au selfie en passant par les collages et le photojournalisme, cet ouvrage explore à travers cinquante chefs-d’œuvre, les genres, les thèmes et les techniques qui font l’histoire de la photographie. Petite histoire de la photo est un livre très réussi et sa mise en page aérée permet de retrouver les informations facilement. Pour les amateurs de photographies et encore plus pour les néophytes qui veulent en apprendre un peu plus sur tel ou tel aspect de cet art.

Gwaffiti, la mémoire du graffiti aux Antilles
Y. Lara, Nostrategy

"GWAFFITI", la mémoire du graffiti aux Antilles
Enfin, un livre sur le graffiti aux Antilles ! Celui-ci retrace la genèse du graffiti aux Antilles et plus précisément en Guadeloupe. L’ouvrage présente plus de vingt ans d’activisme pictural de rue entre 1988 et 2008 à travers différentes photographies d’époque et de témoignages des principaux activistes. La démarche de l’auteur est pertinente puisqu’elle nous permet de découvrir l’histoire, les artistes majeurs et les murs qui ont marqué cette région que nous ne connaissons pas vraiment. Les images d’archives et plus récentes sont excellentes ainsi que les textes qui accompagnent chaque partie sont précis et informatifs. Un grand bravo et une précieuse lecture.

Street art, portraits d’artistes 2
Arango Glenn et Tapies, Graffito Books

Street art 2
Ce second opus reprend en partie les mêmes artistes et n’apporte rien de plus à la découverte des artistes qui sévissent un peu partout dans le monde. Pourquoi ne pas choisir de nous montrer de nouvelles têtes ? C’est bien dommage car il ne manque pas de talents dans ce mouvement artistique. Le seul intérêt de cet ouvrage réside dans la qualité des images sélectionnées.

Graffeuses
E. Clerc et A. Derquenne, Alternatives

Graffeuses
Les femmes sont à l’honneur dans ce livre et la sélection des quarante-sept artistes qui nous sont présentées dans ces pages travaillent essentiellement sur les lettres, leur dynamique, leur tracé et l’art de les mettre ensemble. Dans ce milieu « très » masculin, elles sont en minorité mais leur présence est de plus en plus visible grâce à la qualité de leurs peintures et à l’audace de certaines. Lady K ou encore Miss Veneno, deux graffeuses que nous avons rencontrés parce qu’elles marquent cet art par leur créativité et leur implication n’ont plus besoin de montrer pattes blanches pour se faire accepter par les autres graffeurs. Les centaines de photographies attestent du niveau atteint par ces graffeuses. Un focus malin pour réveiller les consciences et donner aux plus jeunes (filles et garçons) de faire la même chose car tout est permis dans le graffiti même d’en faire quand on est une fille ! Un très beau livre réussi.

Le Musée imaginaire de Speedy Graphito
Speedy Graphito, in fine

Le musée imaginaire
Le Musée imaginaire de Speedy Graphito nous invite à un voyage immersif au cœur des références artistiques qui lui ont permis de se construire et de devenir l’un des artistes les plus novateurs de notre époque. La sélection des œuvres et les images qui illustrent ce livre sont un reflet de l’intériorité de cet artiste confirmé et reconnu par de grandes institutions artistiques et muséales. Une balade picturale dans la tête de Speedy Graphito mérite assurément un détour.

Europe street art & graffiti
Nath Oxygène et B. Silhol, Alternatives

Street art europe
Berlin, Londres, Milan, Barcelone, Rotterdam, Marseille s’affirment comme les capitales du street art européen et attirent, par leur vitalité en termes de festivals, artistes et visiteurs passionnés. Mais l’art urbain est également mis à l’honneur pour réhabiliter les quartiers déshérités et insuffler une nouvelle énergie à des régions en perte de dynamisme. Ce tour d’Europe haut en couleurs dans une vingtaine de pays à la rencontre d’artistes de renom est une belle réussite éditoriale. Les photographies et les textes rendent bien l’état d’esprit du graffiti européen…

« Occupation visuelle », graffitis de Santiago et São Paulo

Ce livre-objet édité chez Ombú éditions propose des clés pour appréhender la saturation d’écritures urbaines sur les murs des villes occidentales et latino-américaines. Il est le fruit de rencontres, mais aussi d’un travail photographique et filmique. Il est le lieu d’une réflexion sur les discours qui entourent des pratiques généralement clandestines, sur la criminalisation qui accompagne d’ordinaire l’examen de ces acteurs particuliers dans la ville.

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Jean-Baptiste Barra et Timothée Engasser, tout en étant à l’écoute de ces graffeurs et en restituant leurs paroles, tentent de mettre à distance les stéréotypes liés à ces pratiques et la stigmatisation qui en découle trop souvent. Ces deux regards complémentaires et complices abordent la jungle urbaine et murale, qu’elle soit sur le mode du tag à Santiago du Chili ou sur le mode de la pixação à São Paulo, pour mieux nous faire partager des codes graphiques, nés d’héritages et de traditions méconnus.

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Nul doute que les tagueurs et autres pixadores créent des réseaux complexes où coexistent la compétition tout autant que le partage de ces pratiques scripturales, que nous percevons comme sources de conflit alors qu’elles peuvent être également sources de reconnaissance. Marques identitaires de communautés constituées aux marges des espaces urbains, ces mots et signatures n’arrivent pas forcément à se transformer en slogan mais attestent d’une violence au cœur de nos sociétés. Toute réponse n’est cependant pas de l’ordre de l’effacement lorsque l’on s’attache aux réflexes des institutions en charge de la protection de l’espace public et contre lequel « s’insurgent » les tagueurs : aux côtés des deux auteurs, on ne peut que s’interroger sur les renversements d’images et les récupérations artistiques effectuées par des autorités urbaines, dans le but de recycler, absorber, altérer la charge de contestation incluse dans ces éclats graphiques.

Source : éditeur

Voici deux rencontres filmées, réalisées par les auteurs en amont du livre Occupation Visuelle :

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