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10363669_334694066717084_692683674719610621_nComment te présenterais-tu et d’où vient ton nom « Psychonautes » ?
Je suis un artiste pochoiriste, originaire de La Rochelle, je vis à Cork, dans le Sud de l’Irlande depuis plusieurs années. « Psychonautes » est à l’origine, le nom d’un groupe d’ami d’enfance, c’est pour cette raison que « Psychonautes » est au pluriel, mais je suis bien la seule personne derrière les pochoirs. J’ai conservé ce nom car il reflète bien mon état d’esprit lorsque je réalise des « sketchs » préliminaires et découpe des milliers de triangles pendant des heures.

Peux-tu nous parler de tes débuts et comment as-tu commencé à peindre dans la rue ?
Mes débuts sont liés à mon entrée dans la vie active. Je travaillais tous les jours dans un bureau et j’avais besoin de m’évader par une pratique manuelle en extérieur me permettant de m’exprimer. Je ne sais pas vraiment pourquoi mon choix s’est dirigé vers le pochoir, maintenant je ne peux plus m’arrêter.

993027_236757489844076_2094550779_nTu vis actuellement en Irlande; notes-tu une différence entre la scène graffiti/ street art en France et l’Irlande ?
Les différences sont très importantes, la scène irlandaise est minuscule comparée à la scène française. Tout le monde se connait, c’est une grande famille. En Irlande, le graffiti et le street art sont beaucoup moins développés; il existe très peu de jam, festivals, peu de galeries pour exposer et concernant la peinture, s’en procurer est difficile.
J’aime cet environnement, tout est à créer; j’apprends énormément en parallèle de la peinture; je suis amené à rencontrer des personnes n’ayant rien à voir avec le graffiti, et réaliser des projets auxquels je n’aurais jamais pensé, comme peindre sur les murs d’un opéra national.

601217_203873246465834_1279760212_nTravailles-tu sur d’autres supports que les murs ?
Je travaille essentiellement sur les murs, c’est le support que je préfère. Il m’arrive de réaliser des toiles pour financer des évènements, comme je l’ai évoqué précédemment, l’art urbain est très peu développé en Irlande; il n’est donc pas évident de trouver des sponsors pour financer des évènements.

Parles nous de ta technique, comment procèdes-tu ?
Je réalise un sketch au format A4, je sépare les couleurs à l’ordinateur avant de projeter le résultat, pour dessiner mes pochoirs. Cette étape me permet d’agrandir le « sketch » initial, une fois les dessins tracés sur les pochoirs, je les découpe pendant des heures. La réalisation de mes peintures est un ensemble de trois pochoirs différents. Sur chacun, j’utilise trois couleurs divergentes, afin de créer un effet de relief; où apparaisse des triangles de neuf couleurs différentes.

10881559_335787209941103_6527387311164190106_nTon style est particulièrement reconnaissable avec tes triangles de couleurs, proche du pointillisme. Comment définirais-tu ton style ?
J’ai débuté le pochoir avec une technique classique, très vite je me suis ennuyé, rien ne me différenciait des autres en terme de style. Lorsque je suis arrivé en Irlande, j’étais le seul à pratiquer le pochoir. Je peignais avec des « writers », j’ai beaucoup appris avec eux; ils utilisent des techniques de remplissages particulières: contour des lettres, effets d’ombres, palettes de couleurs criardes …. J’ai adapté leur technique à la mienne: un remplissage composé de triangles, un contour autour du personnage, une ombre projetée sur le fond et des couleurs censées ne pas correspondre les unes aux autres. J’ai également appris à peindre en grand format à leur contact; mes personnages devaient mesurer minimum 2,5 mètres de haut.
Mes réalisations sont proches de la mosaïque, du pixel art et du pointillisme. J’aime cette forme de perspective, dans le sens où deux visions différentes existent en fonction de là où on se trouve. Lorsqu’on est proche cela ressemble à un amas de triangles abstrait et lorsqu’on s’éloigne un visage ou un animal apparait.

1484121_203873169799175_456126525_nOù puises-tu tes influences et ton inspiration ?
En terme de technique, incontestablement auprès des personnes avec lesquels je peins. En ce qui concerne le choix des personnages, je peins beaucoup de skateurs old school des années 70-80; j’évite les clichés avec des pochoirs représentant des personnalités connus du grand public. Je suis également influencé par les pochettes d’album punk et le graphisme des skates des années 80-90.

Quelle est pour toi la différence entre le graffiti et le street art ?
On aime apposer des étiquettes sur toutes les pratiques, je ne suis pas d’accord, cela ne rassemble pas, mais divise, pour moi c’est une même pratique, l’acte de peindre.

Des projets en préparation ?
Je travaille actuellement pour un grand projet, je ne peux pas le divulguer, rien n’est actuellement défini, mais si il se réalise, ce sera un des plus grands murs d’Irlande.
Je suis également impliqué sur un projet avec des artistes venant d’autres pays Européen, pour peindre les murs d’un petit village perdu, dans la campagne irlandaise. Ce projet me tient à coeur, c’est une expérience rare et riche.

Interview Célia Dandois