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Interview réalisée en partenariat avec le Meeting of Style France

Shadow

A quel moment as-tu vu tes premiers tags et tes premiers graffes ?
Shadow : J’ai débuté après pas mal de temps sur papier, en rentrant de cours ou en passant devant des fresques de Nasty, Kemp, Mode2 à Paris dans le 19e, en 1995. A force de passer devant des fresques des Mac ou en prenant le RER B avec les couleurs des OBK qui ont quasiment disparu aujourd’hui…

Quand est-ce que tu as commencé à taguer et à graffer ?
Shadow : Je n’avais pas de références en terme de Vandale. Pour moi, faire un tag devant les gens à l’heure de pointe dans le métro me procurait suffisamment d’adrénaline pour m’en contente… Je n’ai pas un gros passé de tapeur pour y prétendre, mais je pense être passé par cette phase indispensable qui est une bonne école pour acquérir la dextérité et le style nécessaire à un graffeur comme les lignes de train ou métro.

Où as-tu peint la première fois ? Et où as-tu posé ton premier tag ?
Shadow : Les première fois, c’étaient des blocs chrome dans le 18e sur la PC qu’on explorait pour trouver des murs à faire en couleurs avec des potes.

Shadow

Quel est ton pseudo depuis le début ?
Shadow : Shadow !! Ça a toujours été le même depuis mes débuts. Peut-être un témoignage d’immaturité à l’époque mais les lettres me plaisent toujours 20 ans après, même si 6 lettres ce n’est pas toujours facile à réaliser rapidement…

Peux-tu nous raconter ton histoire à partir du moment où tu as commencé à peindre ? Qui as-tu croisé à cette époque ?
Shadow : J’ai débuté en 96 mes premiers coups de bombes, sur Paris avec des mecs de mon lycée comme Barth, puis j’ai rencontré d’autres artistes comme Simone, Epsy, Spot, Psaï qui étaient complétement barrés et, avec qui, on improvisait des fresques avec 4 bombes. Puis j’ai rencontré les SAC, Dao, Smo, Sion qui venaient d’une école complètement différente avec la culture de la lettre et de la technique. Tout cela m’a permis d’apprendre dans chaque domaine. C’est ce qui m’a poussé à développer le décor, les lettres et les personnages : le but est d’être polyvalent dans chaque domaine même s’il est impossible d’être parfait dans chacun d’eux. J’ai commencé à faire de grosses compos avec les DBC, et la rencontre de mon papa Seyb avec qui on a continué en binôme.

Quel est selon toi le premier dans ta ville ?
Shadow : Dans ma Ville : c’est Paris ! Donc les références sont déjà bien connues, mais j’ai évolué en regardant les styles, l’impact des couleurs et l’évolution que les bombes permettaient de faire, à l’époque. Des lettrages de Nose en chrome sur des rideaux avaient autant d’impact que ses pièces couleurs dans les terrains vagues de Jaurès dans le 19e. Apres avoir passé pas mal de temps dans les terrains vagues et sur la Petite Ceinture, j’ai halluciné de voir les fresques des ASG avec Deck, Midi et War, impressionnantes dans la taille, la coordination des couleurs et surtout du style et créatif !

Quels étaient les endroits où tu as peint ?
Shadow : Avec les SAC, on a passé beaucoup de temps à peindre dans le 93 sur des murs donnés par la mairie, ce qui m’a permis de m’exercer. C’était la fête… des murs de 60m de long, des parkings en pleine rue où l’on pouvait faire ce que l’on voulait, on y passait tous nos weekends.

Peux-tu nous parler de ton premier crew et de son histoire ? Quelle est la composition de celui-ci ?
Shadow : Mon Premier groupe était CBK créé par Zeri, Draw et Blind dans le 18e. On a fait un peu d’autoroute, un peu de rails mais j’avais déjà choisi mon créneau qui était plus artistique que de persévérer dans le Vandale. Puis 2 ans après, je suis rentré dans le groupe TNB et KD de Cope 2 et Tkid

Shadow

Ce groupe existe-t-il toujours ?
Shadow : Les parcours de chacun nous poussent parfois à faire des choix prioritaires : continuer à se faire plaisir ou gagner sa vie… même si la passion reste intacte !!!

As-tu exposé en galerie ?
Shadow : On me propose souvent de faire des galeries mais je ne vois pas l’intérêt. Pour certains, il est de satisfaire un ego, pour d’autres de profiter de la manne financière. Pour moi, une Galerie est un aboutissement. On ne peut pas se permettre d’être en galerie alors qu’on répond à des codes qui sont ceux du graffiti, donc les mêmes pour tous. Heureusement que certains sortent du lot et ont vraiment un style qui se dénotent des autres… Il est difficile de prétendre à exposer même si on est animé d’une passion… Cela viendra peut être dans quelque temps pour moi mais j’ai besoin de ne pas regarder ce qui se fait pour avoir mes propres influences et ne pas être parasité par des choses que je trouve bien chez l’un ou l’autre ce qui peut paraître parfois égocentrique mais primordial si on veut se créer son propre univers.

Est-ce que tu vis du graffiti art ?
Shadow : Oui j’ai la chance d’en vivre en complément de mon activité de graphiste à freelance. C’est pourquoi les galeries ne m’intéressent pas pour le moment car mon travail de peinture est plus publicitaire que personnel : en répondant à des commandes privées, il est difficile parfois d’imposer sa touche… chaque chose en son temps !

Peux-tu nous donner quelques anecdotes ou des événements bizarres qui te sont arrivés ?
Shadow : Des anecdotes, il y en a mais il faut surtout les vivre, se faire courser par les macs et les putes lors d’une session tag avec des potes à Châtelet la nuit parce qu’on les empêche de bosser durant nos conneries … Ou même se retrouver dans le Bronx devant notre fresque et d’un coup tu vois Cope qui se chamaille avec Tkid pour une vidéo de cul qu’un mec veut leur vendre…
A chaque fois que j’allais dans NY, Cope me baladait dans sa voiture pour me faire la visite de tous ses murs dans le Bronx et il me dit à la fin : « bon tu veux quel mur ? quelles couleurs ? et avec qui ? » comme si la star c’était plus eux mais moi…
C’est ce genre de chose qui te fait dire que le graffiti où le système auquel on a contribué est devenu le « street-art » n’a de valeur qu’à ceux qui ne sont pas initiés…
Ceux qui le vivent connaissent sa vraie valeur et son histoire.

Shadow

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