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Comment es-tu venu au graffiti ou street art  ?
A. G. : Tout simplement par passion. J’ai toujours aimé la nouveauté, ce qui posait des questions, suscitait la curiosité et poussait à découvrir le monde. A l’âge de onze ans, sur le chemin de l’école je découvrais les graffitis qui rythmaient mon parcours vers l’apprentissage. Comme tous ceux intrigués par cette nouvelles forme d’expression, je me suis mis a la recherche d’un blaze et d’instinct j’ai commencé à répéter mon tag. Par la suite j’ai découvert l’univers du pochoir et l’impact des logotypes. Comme dans la publicité, je voulais que mon logo imprime les esprits. Je souhaitais juste crier ma soif d’existence.

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Tes premiers endroits ou tu as posé ?
A. G. : Où je passais le plus clair de mon temps : mon collège. Puis, comme le Petit Poucet, je me suis mis à laisser des traces partout où j’allais. Que se soit des graffitis, des affichettes collées ou bien des pochoirs et encore des dessins à la craie sur les trottoirs de Paris; j’ai été happé par l’art éphémère. La poésie qui s’en dégage me procure beaucoup d’émotion. Peu m’importe l’aspect vandale ou pas. Ce qui compte c’est cette liberté de partage direct et instantané. En 1999, Je me suis focalisé sur l’image d’un oiseau : le corbeau. Pour moi l’aventure street art a vraiment commencé là.

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Comment as-tu eu la reconnaissance du public et des galeries ?
A. G. : La reconnaissance est longue à venir pour un artiste. C’est pourquoi à l’époque j’ai décidé d’inonder Paris de mon logo, pour me faire connaitre. Cela n’avait rien d’artistique, visuellement cela s’apparentait à de la publicité. Mon objectif était de calquer ma démarche sur celle des tagueurs qui défonçaient tout, laissant une trace partout ou ils passaient. En parallèle j’étudiais aux beaux-arts développant un travail sur toile qui pour moi était la meilleur façon de m’exprimer. J’ai toujours été fasciné par les grand maîtres et l’évolution de l’histoire de l’art jusqu’au Pop-art.

Mon travail sur toile se nourrissait de mon expérience urbaine et j’ai essayé d’en retranscrire l’essence.

L’attention du public je l’ai acquise en matraquant la ville, obtenir celle des galeries a été plus difficile. La ville il suffit de l’investir sans rien demander à personne mais pour exposer en galerie, il faut l’approbation du marchand. Cependant actuellement avec l’engouement pour le street art, il devient plus facile d’être représenté en galerie. Pour moi ce qui compte avant tout c’est de faire évoluer ma pratique et mon langage esthétique. Je qualifie ma peinture d’expressionnisme urbain dans le sens où elle se réfère à la quintessence du graffiti.

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Comment gères tu l’offre et la demande ?
A. G. : J’y prête peu d’attention quand je commence une série. Le marché voudrait que je décline encore mon corbeau façon street-art ce qui d’ailleurs serait une position bien plus confortable pour moi d’un point de vu purement marchand. Mais en tant qu’artiste j’aime pouvoir suivre mes envies. Essayer de nouvelle choses, voir me tromper mais à coup sûr me surprendre et proposer une perception esthétique qui, plus le temps passe, se tourne vers l’essentiel de ce qui a fait cette culture graffiti : L’écriture! Pour moi le plus difficile est le choix des créations que je vais réaliser.

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A tes débuts t’attendais-tu à être artiste à part entière ?
A. G. : Étant sans cesse à la recherche de nouvelles façons de transcrire mon ressenti sur ce mouvement et la façon dont il s’inscrit maintenant dans l’histoire de l’art, je me permets d’évoluer librement au sein de ce mouvement. La production de toiles a toujours été plus forte que l’aspect vandale de la pratique. Ce qui m’intéresse c’est la reconnaissance de cette esthétique par les institutions. En 1991 lors de l’exposition « Graffiti Art : artistes américains et français, 1981-1991 » au musée national des monuments français j’ai été très impressionné. De cet évènement à caractère ethnologique, j’ai su retirer l’envie de devenir artiste. Cette possibilité s’est imprégnée en moi pour finalement s’imposer en 1999, date à laquelle je suis rentré au beaux-art de Paris dans l’atelier de Claude Viallat.

 

Les galeries, les ventes aux enchères…
A. G. : Mon rapport avec les galeries n’est pas évident. Après chaque première collaboration, on attend de moi une continuité visuelle. Or il m’arrive souvent après une série d’expérimenter d’autres voies. La problématique reste pourtant la même, elle s’exprime juste différemment. Les galeristes on du mal a accepter ça. Lorsque je suis passé du réalisme à l’abstraction beaucoup de gens n’ont pas compris, ne m’ont pas suivis. J’ai rencontré d’autres professionnels de l’art et de nouvelles collaborations se sont mises en place. Au final chacune de mes séries se répond et se nourrit des précédentes. Les ventes aux enchères sont un autre monde où les côtes se font et se défont. Pour un artiste c’est dur à maîtriser. C’est un peu comme une partie de poker. Cependant ce second marché a fait beaucoup pour la reconnaissance du graffiti car dans un premier temps il a joué le rôle de premier marché faisant les côtes des street artistes. Il a œuvré à la reconnaissance du mouvement et lui a donné une valeur marchande. Certains diront que ça l’a dénaturé. Mais sa reconnaissance a permis une diffusion plus large faisant de cette culture urbaine un courant fertile. Le débat s’élargit et passionne de plus en plus de gens. Pour moi, ça c’est fécond!

Liens :
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http://www.jokerpromotion.fr
http://www.gamard.com

Interview : Cédric Naïmi
Crédit photos : Antoine Gamard

État des lieux du graffiti et du street art - Enquête

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