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Rencontre avec Lune82, graffeur grec, dans des usines abandonnées d’Athènes…

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Lune82 me conduit jusqu’à l’ancienne usine Kodak, dans les quartiers Nord de la capitale grecque. « Il y a cinq millions et demi d’habitants à Athènes, c’est fou, » m’explique-t-il, en se plaignant des embouteillages sur la route.

« J’ai commencé à graffer à Athènes en 1998. J’avais 14 ans. »

« Malaka ! » lâche Lune82 au volant, à un conducteur qui fait n’importe quoi. Il me traduit cette insulte comme celle qui décrit « les idiots modernes qui conduisent comme des merdes. »

En fond sonore dans sa Seat Ibiza rouge, un groupe local qui mélange rock hardcore et musiques traditionnelles du pays (Villagers of Ioannina City). « Sinon, j’écoute aussi du hip hop, du punk rock et de l’électro des années 90s, un peu de trap. »

On arrive à l’usine. La première fois qu’il est venu, c’était en 2012. « C’est vraiment sympa ici pour peindre. C’est comme à la campagne, regarde autour de toi. »

Il me présente quelques œuvres, et celles des membres de son Crew Use.

« Lune. » Pourquoi ?

« J’ai pensé au mot lunatic, que j’ai coupé au milieu, j’ai changé le A en E car sinon c’est un nom féminin. 82 c’est mon année de naissance. Lune, c’est le nom de mon alter ego. »

« Je ne montre pas mon visage. Les gens ne veulent pas voir mon visage, mais mon art ! Puis j’aime pas trop, avec internet et tout, qu’on puisse me trouver… Je veux garder mon intimité. Mon art parle pour moi. »

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Il continue la visite. Par terre, de vieux négatifs et quelques restes de l’autre vie des lieux. 

« J’aime intégrer des éléments graphiques, des formes, des lignes… Le mouvement constructiviste, le suprématisme et l’abstrait m’inspirent. Tout le monde peut interpréter mes graffs avec son imaginaire, j’aime laisser les gens penser ce qu’ils veulent. »

« Ça peut paraître égoïste d’écrire son nom, mais chaque graff est différent

« Je vais revenir dans cette usine : je bosse sur un spot publicitaire sur Shakespeare en ce moment, avec les cours, pour le British Council. Je vais faire en sorte que le fameux auteur écrive ses poèmes sur le mur. » 

Luna82 est actuellement en école de design. Il a d’autres projets en tête et travaille déjà comme designer freelance. « J’essaye de monter une entreprise avec des amis, qui mêle design et graffiti. »

« Je m’amuse aussi avec les symboles. Parfois je montre l’euro, mais à l’envers. Je suis contre le système monétaire, l’union économique. »

« Je suis arrivé progressivement mon style d’aujourd’hui. En gros, il me faut 3 ou 4 heures pour terminer une pièce. »

« Pour moi le style c’est le 5e élément du mouvement hip hop, son essence en quelque sorte, autours du D-jaying, MCing, B-boying et du graffiti. »

« ‘Mint’ c’est un pote à moi, l’un des meilleurs en wild style à Athènes, je dirais. »

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« Le graffiti Illégal, c’est dans les rues ou sur les trains. Ici, dans une usine abandonnée, c’est presque légal car personne ne va rien te dire. Puis l’endroit restera abandonné jusqu’à ce que quelqu’un le rachète. Et ça peut durer longtemps ! Il y a pleins d’usines abandonnées ici. Beaucoup d’entreprises ont fermé, ou déménagé dans les pays voisins. Athènes est un paradis pour le graffiti ! Ses trains aussi, ils commencent tout juste à les nettoyer. »

« Maintenant, quasiment tout le monde graff. C’est dommage, le style se perd. Ce n’était pas comme ça il y a 5 ans, » avoue Lune82.

« La vue est incroyable ici. J’adore le ciel athénien, enfin, quand il est bleu, pas pollué comme aujourd’hui. »

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Et les habitants dans tout ça ? D’après lui, ils apprécient les pièces travaillées et rejettent les tags et le « throw up » (vomir, écrire vite fait sur un mur).

Il m’emmène dans une autre usine abandonnée. Impossible d’entrer, le trou dans le grillage a disparu et il n’a pas son cutter pour en faire un nouveau.« Quelqu’un a du racheter. »

Du coup, la dernière balade aura lieu dans l’ancienne usine Renault.

« J’ai trouvé ce spot grâce à un jeune qui m’avait contacté sur le net pour me demander des conseils. Il allait à l’école juste à côté et m’a parlé de cet endroit. »

« J’ai eu quelques problèmes avec les flics, je me suis fait attrapé plusieurs fois, mais rien de grave. En général ici ils te laissent partir, te disent de ne pas recommencer. Il faut vraiment que quelqu’un entame un procès pour que les vrais problèmes commencent. Sinon, j’ai été menacé au couteau par des dealers un jour. Mais quand je peins, je n’ai pas d’argent sur moi, donc je n’avais rien à donner. »

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« Celui là, je l’ai fait avec un graffeur polonais il y a trois semaines. »

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Lune82 a beaucoup voyagé dans son pays et rêve d’aller à Stockholm, « meilleure scène graffiti » selon lui, bien que Berlin en soit « la Mecque. »

Avant de se quitter, il me montre un dernier graff qu’il dit « politique » (et donc qu’il ne signe pas) : « la démocratie a commencé ici. » Le mot « commencé » est barré. Remplacé par « terminé. »

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Quelques images d’ailleurs dans la capitale Grecque, où le street art a explosé depuis la crise et où de nombreux messages et visages ornent les murs de différents quartiers, y compris touristiques.

Street A(r)thènes :