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Entretien avec Erod, rencontré lors de la jam du Springtime Delights festival à La Rochelle…

Peux-tu nous raconter ton parcours…
J’ai débuté en 1992, à 17 ans dans la ville de Vitry-sur-Seine, en plein âge d’or de la culture Hip-Hop.
Je pratiquais le skate: le sport et la rue…J’ai touché ma première bombe de peinture pour réaliser un mur complet dans le garage d’un pote; habituellement on débute par le tag, pour moi ce fût directement la réalisation d’une fresque!
À l’époque, la seule référence dont on pouvait s’inspirer était un magazine nommé «1tox».
J’effectuais beaucoup de lettrages au départ, des blocks, du wild style mais aussi des persos avec des B-boys etc..
Puis est arrivé la 3D, j’ai craqué, comme l’évidence de l’établir à mes lettres! Je l’ai beaucoup développé par la suite, la réalisant en abstrait, et l’associant très souvent à des portraits. L’abstrait m’a ouvert à une multitude de formes car elle offre aucune limite, c’est une continuité me permettant de travailler différemment aujourd’hui. Je me sens moins bloqué, je m’accorde des courbes qu’auparavant je ne me permettais pas. Même au niveau de la 2D, il m’arrive de déstructurer mes lettres, je ne les réalise plus complètement fermées, ce qui me permet de les personnaliser.

Tu as pratiqué du vandale?
À l’époque je pratiquais des sessions sauvages dans les rues de Vitry et différentes villes du 94 comme Ivry. On s’ennuyait le samedi soir, alors après Rapline sur M6, on partait en mission arrache à trois ou quatre pour aller cartonner.
J’ai ensuite déménagé à La Rochelle où j’ai continué le vandale un bon moment.
Dès que je partais en vacances, j’emmenais toujours des bombes et des marqueurs pour me taper des petits spots. J’ai donc cartonné un max de supports, dont les incontournables : métros, trains, cabines téléphoniques…
Pendant cette période très active, je me suis fait arrêter ou contrôler plusieurs fois, avec quelques courses poursuites, (Vitry, Amsterdam, et différentes villes de province) mais j’ai eu beaucoup de chance… Je m’en suis toujours bien sorti, pas d’amendes ni de poursuites judiciaires. Pourtant à La Rochelle ils avaient un classeur avec pas mal de photos!
Je me suis calmé lorsque j’ai commencé à bosser. Il m’arrive parfois de ressortir le fatcap pour le plaisir, j’ai toujours ça en moi! Un petit vice super agréable…
Lors de mon voyage à Miami, j’ai terminé un graff dix secondes avant que les flics arrivent.
C’était dans une rue du ghetto, car pour peindre là-bas c’est infernal! Il faut demander l’autorisation à une galerie, afin d’obtenir le droit de peindre un mur, c’est vraiment le « graffiti business », la perte de l’essence même du graffiti. J’ai fait une deuxième session sauvage, sur une île dans un endroit désaffecté, un gradin pour activités nautiques. L’illégal aux States, c’est à accomplir une fois dans sa vie en tant que graffeur…Une pure sensation!

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©Erod

Qu’est-ce qui influence ton travail? Où puises-tu tes inspirations?
Tout m’inspire…du moment où visuellement, j’ai une émotion.
Ça peut être dans le choix des couleurs, même si les formes me déplaisent; une courbe dans un ensemble, une œuvre dans sa totalité…
La photo d’une femme sur un magazine de mode, le jeu de lumière sur son visage ou sa posture vont m’aiguiller pour une prochaine production.
Les voyages sont évidemment une source d’inspiration très riche. Lors de mon voyage à Miami, j’ai visité les stands d’art contemporain d’Art Basel, en plus des fresques graffiti/street art à l’extérieur; une très forte source d’inspiration pour mes prods à venir.
Je suis très attentif à ce qui s’opère sur les réseaux sociaux, me permettant de prendre la tendance du mouvement et d’être toujours réactif aux nouveautés, même si je ne les suis pas dans mes réalisations.
Vu l’essor actuel du graffiti et du street art, j’aime découvrir les productions d’autres artistes, suivre la création à l’échelle internationale. M’ouvrir également à de nouvelles couleurs, de nouvelles mises en pages…et progresser.
J’ai aussi la chance d’avoir des contacts précieux sur Paris me tenant informé de l’actualité des expositions graffiti, street art…
S’inspirer donc, mais ne jamais copier, la base!

Parle-nous de ta technique…Comment l’as-tu fais évoluer depuis tes débuts?
Au départ comme tout le monde, avec des bombes de mauvaise qualité, dont certaines avaient des caps femelles rendant des traits très larges, incontrôlables…On s’est vite adapté aux nouvelles techniques avec l’évolution des fabricants de bombes, un changement radical à notre pratique; notamment le « noir transparent » pour les ombrages, qui a changé ma façon de peindre sur mur, c’est indéniable!
Concernant les toiles, je réalise des techniques mixtes selon l’effet que je souhaite proposer. Souvent des fonds à la bombe avec des projections, des effets de transparence, du réalisme avec des touches graphiques. Mais le trait de la bombe a toujours été trop large pour effectuer ce réalisme sur petits formats; d’où l’intérêt de m’être mis à l’aérographe.
Je mixe donc l’aérographe, la bombe avec les pinceaux et les stylos de peinture sur mes toiles.

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©Erod

Tu associes l’hyperréalisme et la 3D, deux styles où la technique et les exigences graphiques demandent beaucoup de précision, de perfection, parle-nous-en…
Sur mur, je me sens à l’aise, ça fait quasiment 25 ans que je pratique. J’arrive encore à progresser en appliquant à la bombe certaines techniques apprises via l’aérographe, ce qui me permet davantage de précision.
Sur toile, c’est un peu différent, je peux réaliser une toile en trois jours comme en plusieurs semaines…Tout dépend du motif, des imperfections pouvant apparaître selon les peintures et les techniques utilisés. Quand une couleur ne repasse pas, quand un surplus de matière vient s’incruster, lorsqu’il faut travailler les détails au demi-millimètre ou déboucher son aérographe, (la liste est longue), on peut perdre un temps fou simplement pour un détail. L’hyperréalisme peut donc frustrer, comme apporter une énorme satisfaction lorsqu’une toile est enfin terminée!
Au final, j’aime le mélange; la précision du détail rendu par l’aérographe contrastant avec le déstructuré, l’arrache du graff par les bombes. J’adore les contrastes!

Tes visages (très souvent féminins) proches de la photo sont souvent associés avec le mouvement de la 3D, donnant un côté spirituel…
C’est pour représenter le principe de la « loi de l’attraction ». Pour faire simple, nos pensées sont des ondes se transformant en particules, donc en matière. En clair, on attire dans la vie ce à quoi on pense! La pensée façonne l’énergie, le positif attire le positif, et inversement. Du coup, je déstructure mes 3D qui représentent la matière, et j’y ajoute du flouté pour définir les ondes, afin de représenter ce concept apparemment concret. Des expériences scientifiques l’ont prouvé, notamment en physique quantique. Je m’y intéresse depuis quelques années, voilà pourquoi j’induis des petites touches dans mes prods car ce principe me touche réellement.
Concernant les visages féminins, c’est artistiquement plus esthétique à représenter qu’un visage masculin, et je prends du plaisir à dessiner les femmes.

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©Erod

As-tu un rêve de peinture et/ou de support que tu souhaites réaliser?                            J’avais un rêve de peinture, celui de peindre sur la coque d’un bateau et je viens de le réaliser: un chrome sur un petit bateau dans un lieu désaffecté, ce n’est pas colossal, mais ça c’est fait! Suite à ma pièce avec la Cadillac, je souhaiterais me lâcher sur d’énormes fresques avec des thèmes précis, les établir en plusieurs jours voir en plusieurs semaines de boulot et me faire plaisir sans avoir à stresser qu’on me repasse! C’est une suite logique concernant mes aspirations…
J’ai un projet venant d’être validé…Mais je ne peux encore rien dire…

Quel est ton regard sur la scène graffiti?
Il y a tout et son contraire….
La multitude des supports et des nouveaux outils repoussent davantage les limites qu’on pensait établies.
L’association graffiti et street art est parfois louable et souvent pas du tout, on peut disserter, je pense que c’est à prendre au cas par cas. Il existe parfois une récupération du graffiti par le street art qui peut être déplaisante; sans parler de l’égo démesuré de certains par le graffiti game, le graffiti fame; ou des opportunistes en tout genre.
Mais je ne crache pas sur l’évolution du graffiti, car pour progresser, il faut accepter ce développement. Il y a des connections superbes entre street artistes et graffeurs, ça compense les mauvais côtés …
Le fait qu’il y ait un marché aujourd’hui, permet aux graffeurs de peindre sur toiles, d’acquérir une approche différente et de produire des compositions qu’on aurait jamais vu. Il y a vraiment du bon et du mauvais…C’est difficile de se positionner et je préfère me focaliser sur le positif qui en ressort.
Personnellement je suis graffeur; ça fait presque 25 ans que je graffe, les bases me viennent de mon origine de Vitry : les vrais valeurs, les vrais règles que je perpétue depuis le début et que je ne lâcherai jamais! Je ne me considère pas comme un street artiste, je ne réalise pas de pochoirs, ni de collages. Mais je ne crache pas sur le street art pour autant, surtout lorsqu’il n’est pas fait au détriment du graffiti.
Mais je resterai graffeur…quoi qu’il arrive!

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©Emilie Mee

Quels sont tes projets à venir?                                                                                                                Dans l’immédiat, un nouveau site internet qui vient juste d’être mis en ligne. J’ai aussi ce projet que je viens de vous murmurer, une très grosse pièce à venir…Je prépare de nouvelles toiles pour des expos. Je conserve tout ce que j’ai pu acquérir comme techniques jusqu’à présent en ajoutant de temps en temps une touche graffiti à l’ancienne, ma nostalgie des nineties refait surface, j’effectue un peu de lettrages old school sur mon style graphique actuel. J’aspire à de nouveaux voyages à travers le monde, c’est un kiff total de peindre à l’étranger, rencontrer des personnes avec une culture différente et une passion commune. Le graffiti me permet de voyager différemment, je rencontre les intervenants du milieu pour peindre et échanger sur notre passion, c’est riche de rencontres improvisées, tout ça est très important et enrichissant pour moi. J’ai besoin de voyager… Si tout va bien, la prochaine session sera en Asie, mais tout est possible!

Le mot de la fin?
Graffiti saved my life, so, graffiti 4 life!

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