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Originaire de l’île de la Réunion, EKO du crew LSA fait partie de ceux qui ont ancré le mouvement Hip Hop dans les années 88. Aujourd’hui il ne cesse de proclamer le graffiti authentique. Un graffeur passionné au point de s’être tatoué son blaze sur la peau…

C’est dans les années 1988 que la culture urbaine et notamment le Hip Hop fait son apparition à la Réunion : danse, rap, dj et graffiti. Connu à l’époque sous le blaze de SAPHIR, EKO est un jeune à la recherche de sa propre voie, faire partie d’un groupe est une nécessité. A l’instar du crew NGS : Nouvelle Génération Suprême avec LOIZO, EKO s’achète des sprays et commence le tag. Le graffiti devient la force d’EKO, comme le soleil l’est pour Superman. Le premier lieu « Hip Hop » appelé LE SQUAT ouvre ses portes sur l’île, il est situé à l’ancien hôpital colonial de Saint-Denis (RE), un lieu où était centralisé : Djs notamment avec DJ D-MASTER, BBoys et BBgirls, rappeurs, graffeurs…  Il passe ses nuits à taguer seul ou en crew. Il créé avec des potes de son quartier le crew SRD : Syndicat du Rap Dionysien :

« Notre premier graff en crew a été toyé (rires), on a quand même continué. J’habitais à Bouvet dans le même quartier que MAXI du crew CEA. DIEU aka KONIX aujourd’hui, faisait aussi partie des CEA (cartonneurs en action). MAXI était le premier tagueur qui a tout déchiré sur l’île. Son blaze était tellement ancré dans la culture visuelle des jeunes que des mecs se sont mis à écrire Maxi sur les murs sans savoir ce que c’était, juste par ce que le mot MAXI était à la mode. Je l’ai donc toyé par pure jalousie (rires). Il est bien sûr venu me voir et au lieu de s’embrouiller, on a sympathisé. Il m’a donc coaché, m’a appris différentes techniques comme les dégradés, etc… C’est là qu’on est devenu potes MAXI, KONIX et moi, je faisais désormais partie du crew LSA. »

Le graffiti fait partie du Hip Hop :

« Dans les années 90, il existait une réelle connexion, tous étaient unis autour de ce mouvement peu importe sa discipline. Quand tu faisais du rap, tes visuels étaient dessinés par ton pote graffeur et sur scène il y avait tes potes danseurs. Dans le graffiti il y avait une réelle volonté de déchirer le centre-ville et la rue elle-même…  Aujourd’hui il n’y a plus de tagueur, à l’époque on sortait avec 10 bombes chacun, juste pour taguer. Voiture, camion, vitre des magasins, on déchirait tout, Saint Denis c’était la guerre (rires).

Aujourd’hui on trouve en majorité des murs au rouleau sur les routes, sous les ponts, dans les ravines, du moins risqué pour ne pas se faire serrer. Et pour ce type de pratique, la Réunion c’est le paradis. Ce n’est pas comme pour le tag vandale, c’est à croire que le pouvoir en place s’en fout. Si on était en métropole les mecs se serait fait serrer depuis longtemps.

Il n’y a plus d’idéologie Graffiti Hip hop à la Réunion. Il y a surtout de la peinture à la bombe. On est passé du gros vandale de masse, à un truc où on vient peindre le dimanche entre potes, on s’amuse et voilà…  Et pire que tout, la Réunion est devenue le pays des bisounours. Je déteste cette mode ou on se choisit un petit personnage sympa pour ensuite le poser partout en espérant devenir la nouvelle star du « street art » réunionnais.  Tout en se réclamant graffeur ! »

EKO avait pour but de tout déchirer à l’époque, être partout… créer des connexions et en apprendre plus avec des graffeurs de métropole, tel WO du crew GAP de Paris:

« On a appris avec lui à se cacher, en mode ninja la nuit, toutes les deux minutes on se cachait. L’objectif était d’être invisible pour la police mais aussi pour une personne lambda. Une fois qu’on avait appris ça, pendant 7 ans, j’ai tagué ou graffé tous les week-ends à 4h du matin de cette manière… »

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Street-Art vs Graffiti :

« Personnellement, je ne suis pas en mode Street-art vs Graffiti. Je dirai juste que le street art ne m’intéresse pas. BANKSY, OBEY ce n’est pas ma came. SEEN, COPE 2, et plein d’autres pour moi sont des légendes.

Je pense qu’il faut malheureusement encore éduquer les gens et les nouvelles générations. Ils doivent savoir que le graffiti ce n’est pas que peindre avec une bombe. Le graffiti pour moi est ancré dans la culture Hip-hop. A l’inverse le street art n’est pas une culture, c’est une étiquette fourre-tout. Limite pisser sur un mur, faire une performance en chiant sur un trottoir, comme c’est fait dans la rue, c’est du street art. Alors que le graffiti c’est avant tout le travail de la lettre. Et même sans lettre, avec juste des personnages ou de l’abstrait, qu’il soit dans la rue ou sur une toile dans une galerie :  il véhicule les codes esthétiques et visuels du hip-hop.

Après, je ne suis pas contre vivre de son art ; demain s’il faut, je ferai des tableaux, mais je ferai du graffiti sur toile, du lettrage, un bboy, du graffiti quoi. Moi ce qui m’énerve c’est le street artiste qui se prend pour un graffeur et le graffeur qui fait du street art en disant qu’il fait du graff.

Les mots ont une importance, et ceux qui nous dirigent le savent très bien. On ne dit plus graffiti, on dit street art, on ne dit plus rap, on dit musique urbaine, ils sont en train d’effacer le hip-hop car il était trop subversif. Sérieux, plus personne ne tague à St-Denis (RE). Chaque mec qui commence rêve d’aller en galerie. Moi je rêvais de tout déchirer par ce que c’était hip hop !

Bref, je représente le graffiti et donc le hip hop, je revendique ça, je viens du hip hop, EKO LSA vient du hip hop. »

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Crédits photos : Eko  LSA