Xavier Magaldi est un ancien graffeur de la scène genevoise… Après un passage par la case graffiti, il commence à peindre sur toile et s’oriente dans des compositions géométiques et mécaniques inspirées par son métier d’horloger. La précision suisse et la chaleur espagnole peuvent résumer l’œuvre de cet artiste serein et inventif.

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Comment as-tu découvert le graffiti
Il commençait à y avoir des signatures en ville, j’étais attiré par ces signes, des mots avec des alphabets un peu bizarres sur les murs. Un jour, je suis passé par un souterrain pour piétons, le passage des Coudriers, pas loin des Avanchets : il était tout graffé, les premiers dataient de 84/85, ça a été le déclic. J’y retournais tous les weekend pour copier des lettres et me faire des petits alphabets. A la maison, sur mon balcon, je bricolais des pochoirs, faisais des fonds sur des A4. Tout cela se passe en 89-90. Ensuite lorsque je suis arrivé à l’école secondaire, je n’étais pas le seul à aimer ce nouveau « truc » et même que pour certains c’était leurs grands frères qui tapaient les graffs du tunnel. C’est devenu sérieux à ce moment-là !

22007755_1527753213958997_3655187411229997370_nPeux-tu nous parler du « mouve » à Genève et de ton premier crew
Beaucoup de passions se sont rencontrées par le biais de la musique, chez les disquaires. L’émission H.I.P-H.O.P. y est pour beaucoup aussi. Il y avait déjà des crews en 83-84 à Genève, cela a commencé par le breakdance avec les « Crazy Gang », la musique et rapidement les tags et le graff, avec une première vague Punk avec les pochoirs. De plus en plus de BBoys avaient ces passions communes et d’autres crews sont apparus « Breakin Force », « Graffiti Breakers », « Street Boys », « Duty Free ». C’était comme une grande famille, au fil du temps, des disciplines et des quartiers, d’autres crew se sont formés : SRG, TRAK « R », CBS, XENOTH, 2MS, EDK, LAS, ASC, TZP, 216, BTS. Moi j’ai intégré un crew : le SRG (Soul Roots Gang) en 1989 et mon premier graff en 1991. Il y avait des jeunes et des plus âgés : break, rap, graff. On feuilletait les classiques… Spraycan Art et Subway art… quelques fanzines également beaucoup de photos des States et de Paris, Alicante, Barcelona, ramenées par des amis. Puis le crew s’est agrandi TRAK R Posse et ensuite le 47STREET.

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Est-ce que ta formation d’horloger couplé à ton parcours dans le graffiti sont les sources d’inspiration qui t’ont le plus influencé
Oui, clairement. Chaque expérience, chaque situation a forcément un impact et cela se ressent dans mon travail. Je fais en sorte d’en tirer les meilleures choses. En effet, mes études horlogerie coïncident parfaitement avec ma grosse époque graffiti, c’est à dire de 1993 à 1998. Pourtant des mondes complétements différents, opposés et complémentaires : deux vies, une légale et l’autre illégale. D’ailleurs, je ne te donnerais pas mon blaze, par pur principe (rires)… Tous ces plans techniques de mécanismes qui se trouvaient dans mes cours, tout cela a eu une influence, j’y voyais du pur graphisme. J’avais déjà fait quelques essais sur papier, par contre l’amener sur mur c’était une autre histoire. J’étais assez puriste donc venir avec des caches, des pochoirs, du scotch était vraiment exclu. Je peignais surtout des wildstyle et des machines en free style. J’ai peint jusqu’en 2000. Cela faisait déjà quelques années que je m’étais acheté un PC, bien boosté pour le graphisme et la 3D. Ça a vraiment donné une autre orientation à ma carrière de graffeur et professionnelle aussi. Pour faire simple, une fois que j’ai obtenu mon diplôme d’horloger, j’ai commencé à travailler dans une société horlogère. Dès mes premiers salaires, je me suis acheté un PC, puis j’ai quitté l’horlogerie pour ne faire que du graphisme. En 2004, je retourne dans la branche horlogère mais avec un autre profil, un autre bagage. En effet, avec ma profession d’horloger et mon expérience d’infographiste, je décroche un poste de designer infographiste dans le département création d’une grande marque horlogère. Le spray, je le reprends en 2010, c’est un ami qui m’invite dans son atelier. Als Tiki’s, lui s’est plutôt Kustom Culture, du pinstriping et la sculpture de tikis dans d’énormes troncs. J’ai sorti mes toiles vierges, j’’ai tout de suite commencé à peindre des engrenages et des mécanismes : le support n’était plus le même, c’était sur un châssis entoilé. Il fallait une transition, je voulais passer à autre chose que du lettrage, j’ai aussi abandonné mon blaze pour ne garder que mon nom. Tout ce bagage horloger, les plans techniques, la géométrie, le graphisme, les équilibres, cela me travaillait depuis longtemps. J’ai cherché un atelier et j’ai commencé à développer.

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Quelles sont tes influences
J’ai toujours trouvé que Futura parlait déjà un autre langage avec ses travaux abstraits, j’aimais vraiment cette idée. C’était déjà au-delà du graffiti. Concernant les mouvements, le cubisme avec ce côté géométrique et tranchant qu’on retrouve dans les toiles de maîtres comme Duchamp, Picasso ou Picabia. Le futurisme pour son dynamisme et l’énergie qu’il dégage.

Un tableau
Sans aucun doute, le « nu descendant l’escalier 2 », de Marcel Duchamp. Tracé cubiste et dynamisme futuriste, le mélange parfait à mon goût. Il est vraiment entre deux mouvements. J’aurais aimé voir plus de toiles dans ce style.

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Dessines-tu une esquisse avant de peindre
Non, très peu. J’ai toujours attaqué les murs en free style, c’est surtout ça qui me plaisait, vivre le moment, créer en direct. Pour être franc, j’ai deux vieux « Black book » et les deux sont vierges à 90%. Je faisais plutôt des recherche de lettres, du tag, des flops… J’ai deux trois feuilles A4 qui doivent traîner : il faudrait que je retrouve tout ça. Mais étonnamment aujourd’hui pour mon travail d’atelier, je crayonne un peu plus souvent, c’est vraiment de l’esquisse pour donner une direction. Du coup cela va surement servir pour illustrer un petit projet de livre que j’ai en préparation.

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Tu titres souvent tes toiles : Mécafuturism 1, 2, 3, 4…
Oui, je trouve que cela s’y prête, ça donne une piste, pour ceux qui aimeraient cataloguer l’abstrait… Tracé cubiste et dynamisme futuriste à cela j’y ajoute une touche mécanique et la précision du dessin technique.

Préfères-tu le vandale, le graffiti en terrain ou le travail en atelier
Les trois ! Personnellement, je suis passé par les trois, des manières différentes de travailler et de s’exprimer. Tout va par période, je me vois mal faire un wholecar maintenant, trop risqué. J’ai trois enfants… Il est indispensable d’être présent et de montrer l’exemple.

As-tu peint des trains
Rien pour ainsi dire…Je n’ai fait que deux wagons, c’était en 1994 en Espagne : ça a fini avec une poursuite, des chiens et la Guardia civil. Ça m’a bien calmé.

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Quelles sont tes dernières expositions en galeries
En Suisse, je suis représenté par la Speerstra Gallery, j’amène donc souvent mes nouveaux travaux en direct, mais ma dernière expo date de cet hiver. Je viens de terminer une chambre de hôtel Windsor à Genève avec la Galerie IdRoom, un concept de chambres peintes par des artistes : Tanc, L’Atlas, Mist, Ceet et Alex Kusnetzov en ont aussi peinte une.

Quelle est ton actualité
J’ai quelques expos cette année. Je continue toujours à développer le travail sur le métal, de plus en plus de sculptures. J’aime bien utiliser l’espace autrement que sur les murs. Dans l’immédiat, je participe, à une expo en mars, « Upcycling ». Avec 12 autres artistes sculpteurs et plasticiens venus de toute l’Europe, cela va être très intéressant « Rien ne se jette tout se transforme.» J’ai développé pour l’occasion des travaux dans ce sens.

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Cela a-t-il un rapport avec l’ours réalisé en « cans » Ursus Bipolarus
Oui, totalement ! C’est une œuvre qui colle parfaitement avec ce concept. Elle y sera exposée d’ailleurs. C’est une belle pièce, de 2 mètres de long 30 kg et 302 cans. Je l’ai créée lors d’un concours organisé pour sensibiliser les enfants et les habitants au tri. Pour nous, les graffeurs cela parait logique de jeter ses « sprays vides » dans les poubelles dédiées aux déchets toxiques, mais pas pour tout le monde.

Si cela était à refaire, que changerais-tu dans ton parcours
Rien, mise à part que les jours soient plus longs.

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Photographies : Xavier Magaldi