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Coécrit par Jean-Baptiste Barra et Timothée Engasser, Occupation Visuelle traite des graffitis de Santiago au Chili et São Paulo au Brésil sous l’angle de la sociologie visuelle. Les deux auteurs sont partis à la rencontre de graffeurs œuvrant dans l’illégalité pour mieux les connaître et bousculer les stéréotypes qu’ils subissent. Agissant dans l’ombre des artistes du street art que les municipalités valorisent par le biais de commandes visant à augmenter l’attrait touristique, ces graffeurs entretiennent des relations complexes avec la société ; au Chili par exemple, les graffeurs comme Desoo assimilent les commandes de grand murs peints à du « graffiti capitaliste » vanté par les médias qui les opposent aux tags dans une propagande de dénigrement des graffitis réalisés librement. Ce sont d’ailleurs essentiellement les tags – ou les pixos pour la partie sur São Paulo – que les auteurs ont choisi de montrer, et qui comptent parmi les expressions les moins comprises, les moins contrôlables par les gardiens de l’ordre, et donc systématiquement assimilées à du vandalisme. Les tagueurs, eux, se sentent acteurs de l’environnement visuel de leur ville, comme à Santiago où Jean-Baptiste Barra rapporte la parole de Ladrido : « C’est important qu’on voit qu’il y a du mouvement, que nous n’habitons pas la ville seulement pour nous transporter d’un lieu à un autre, mais que nous en faisons partie, et que nous construisons et déconstruisons. ». Les auteurs restituent brillamment le regard que portent les graffeurs et les pixadores sur la ville. Un regard forgé par ceux et celles qui y vivent autrement. « Autrement que ceux qui veulent les cantonner à dormir, travailler et consommer » comme l’explique Timothée Engasser à propos de São Paulo. Les photographies viennent contextualiser les propos en rendant compte des caractéristiques architecturales de chacune des villes, de manière rigoureuse et sensible. À l’heure où quelques stars du street art uniformisent les villes du monde entier avec des fresques immenses aux couleurs guimauves, le livre Occupation Visuelle tombe à point en montrant l’art éclatant du tag en noir et blanc.

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Chronique parue dans Paris Tonkar International #16, disponible ici.